Chapitre 7
Kaz
Kaz Brekker détestait qu'on le contredise. Rien ne le mettait plus en rogne. Il avait déjà brisé des os pour moins que ça et ce, sans le moindre remord. Mais il avait décidé de faire preuve de souplesse et patience avec Inej, tant que les choses allaient dans ce sens là.
— Prier et espérer ne sont pas la même chose, répliqua Inej tandis qu'ils cheminaient côte à côte dans les rues du Barrel.
Ces derniers jours, il arborait un sourire triomphal, allant même jusqu'à percer sous le masque de sa ténébreuse autorité. C'est qu'elle le mettait de bonne humeur. Elle et l'argent qu'elle leur avait rapporté. En moins de deux mois, elle avait triplé leur gains. Haskell en avait eu des palpitations. Kaz l'avait senti s'incliner devant lui et ce, pour la première fois. Si Inej était capable de ce prodige, il n'allait pas risquer de lui faire quitter le navire.
— Les deux sont une perte de temps, souffla-t-il, les yeux rivés sur la découpe d'une rangée de mâts en marge de l'horizon.
Inej leva les yeux au ciel.
— Alors il n'y a pas une once d'immatériel dans ta vision du monde ?
— Pas un gramme.
Le bruit de sa canne martelait les pavés, accompagnant les saccades de ses pensées.
— Tout est utilisable.
— Même les gens ? hasarda-t-elle.
— Même les gens, t'es mieux placée pour le savoir que quiconque, non ?
Inej baissa la tête. Il l'avait senti hâter le pas lorsqu'ils étaient passés non loin de la Ménagerie. Les rues de la West Stave la rendaient nerveuse, impossible de lui en vouloir pour ça. Il avait finit par comprendre que sa tendance à préférer les chemins par les toits n'avait rien d'un hasard. Elle marchait la tête basse, prostrée par le silence, probablement noyée de mauvais souvenirs. Kaz s'en voulu de les lui avoir remis en tête.
Il se râcla la gorge, en passe d'une confession pour se racheter.
— Parfois, je crois en la chance. Celle qui t'a placée sur ma route, par exemple.
— D'esclave, je passe à criminelle. Tu appelles ça de la chance ?
— Pour moi, oui.
Elle soupira, en proie à une langueur placide, calme et résignée. Kaz fronça les sourcils.
— Tu feras pas ça toute ta vie, Inej. Dans quoi un an, deux ans, tu rachèteras ton contrat. Et je suis sûr que tu trouveras facilement ton chemin loin d'ici.
Elle leva les yeux vers lui, flammes de candeur incandescentes.
— Et toi, tu partiras un jour aussi ?
— Va savoir.
Ils approchaient du bout de la rue. Kaz consulta sa montre. D'ici quelques minutes, les hostilités allaient commencer.
Jesper et Big Bollinger apparurent à l'angle de l'immeuble. Pile à l'heure. Ensemble, ils cheminèrent jusqu'à la lisière du territoire des Razorgulls. Kaz resserra ses mains sur sa canne.
Ses trois corbeaux se tenaient face à lui, prêts à exécuter ses ordres. Jesper hocha la tête, doigts sur son pistolet de nacre. Bollinger arborait son air de truand apte à couper des gorges. Kaz planta ses yeux sur sa nouvelle araignée.
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Le corbeau sur la rampe
Fiksi PenggemarDepuis lors, Inej s'était sentie tomber, prise dans une valse de flots déroutants, entre distance et présence, discussions et silences, ouverture et barricades. Kaz Brekker menait la danse d'une relation qui chaque jour lui devenait plus claire.