"La blessure est l'endroit par où la lumière entre en vous."
— Rûmî
15. Éclairs et vérités
Amara
— Amara... despierta, por favor. (Amara... réveille-toi, s'il te plaît.)
Quelque chose effleure ma joue. Une caresse, timide, accompagnée d'une voix douce, presque effacée. Mais mes paupières restent closes, lourdes comme des pierres. Est-ce la fatigue, ou cette tentation de sombrer pour de bon, de rester là, à mi-chemin entre l'oubli et la paix ?
Une odeur boisée flotte autour de moi, subtilement. Une senteur brute, chaude, avec des accents de cèdre ou de vétiver peut-être. Je ne sais pas. Je n'arrive pas à la déchiffrer, mais elle me réconforte. Comme si cette odeur, sans nom ni visage, avait le pouvoir de poser un voile chaud sur mes épaules nues.
Alors je m'y accroche. Un peu.
Juste un peu.
Si tu étais là, Mâdar, tu m'aurais grondée... doucement, mais fermement, comme tu savais si bien le faire.
En persan, Mâdar, veut dire "maman". Mais pour moi, c'est plus qu'un mot. C'est mon cœur qui t'a rebaptisée ainsi, parce que même si tu es ma grand-mère, tu as été bien plus qu'une abuela. Tu as été ma maman. Celle qui m'a élevée, aimée, protégée. Celle qui croyait en moi quand je ne croyais plus en rien, qui posait une main fraîche sur mon front brûlant quand je tombais malade, qui me bordait le soir, même quand j'avais grandi. Tu étais cette présence rassurante dans un monde trop bruyant. Tu étais l'amour pur, inconditionnel. Le seul que j'ai connu.
Et pourtant... on m'a arrachée à toi. On m'a volé la seule ancre qui me rattachait encore à ce monde. Alors à quoi bon continuer, Mâdar ? À quoi bon respirer s'il n'y a plus personne pour entendre mes silences ? Si je ne peux plus courir vers toi, pleurer dans tes bras, sentir ton odeur de lavande et de jasmin ? C'est le fond de ma pensée, même si je prie en secret pour que ce ne soit pas vrai. Aujourd'hui, j'ai besoin de toi, plus que jamais. Je coule, Mâdar, et personne ne plonge.
— Princesa ?
La même voix. Plus proche, cette fois.
Mes paupières cèdent enfin. Une lumière pâle. Un plafond. Puis un visage. Catalina. Penchée au-dessus de moi, le regard chargé de soulagement, elle sourit. Alors je souris aussi. Mais mon sourire est faux, fragile, cassé sur les bords. C'est un masque, pour la rassurer, elle. Pour éviter qu'elle voie ce que je traîne à l'intérieur : mon cœur qui saigne, mon âme en vrac.
Mon corps encore engourdi, tandis que mon esprit s'agite. Chaque battement de mon cœur cogne contre mes tempes comme un avertissement. Le monstre peut surgir à tout moment. Il faut que je sois prête, vigilante. Mes yeux balayent la pièce, en quête de repères, de danger, ou de sortie, alors que les souvenirs me frappent en cascade. L'entrepôt. Les pleurs. Les cris. L'odeur de peur. Le froid.
Puis, une petite main douce se pose sur la mienne. Je tourne la tête vers Catalina, qui serre doucement mes doigts. Et je comprends, que ce n'est plus l'entrepôt, ni les chaînes invisibles. Il n'y a plus les autres femmes, plus les enfants. Il ne reste plus rien de cet endroit macabre.
Mais alors... où suis-je vraiment ? Et surtout : combien de temps me reste-t-il avant que l'enfer ne recommence ?
J'essaie de sourire lorsque les yeux insistants de Catalina plongent dans les miens. Même si ce sourire sonne faux. Même s'il est fêlé. Juste pour lui offrir un peu de lumière dans cette vie bien trop sombre.
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AMARA
RomanceAmara, étudiante en psychologie, tente de survivre à une vie fragmentée entre les silences lourds de sa mère, les démons de son passé et ses propres fêlures. À Brownsville, au Texas, où l'ombre de l'illégal plane en silence, tout semble figé dans un...
