« La connaissance s'acquiert par l'expérience, tout le reste n'est que de l'information. »
— Albert Einstein
22. L'union des ruines
Ice
Je dégouline de sueur. Ma peau brûle encore sous l'impact des dernières séries. Trois heures d'entraînement intense et pourtant... ça ne suffit jamais. Rien n'apaise vraiment ce qui remue à l'intérieur de mon esprit.
Un bref coup d'œil à mon téléphone : 6 h 45. Trop tôt pour le reste du monde, trop tard pour que je m'autorise une pause.
Je ramasse ma serviette, traverse la salle de sport vide. L'odeur familière de métal chauffé et de gomme usée s'accroche à mes narines. Les néons encore allumés jettent une lumière blafarde qui découpe mon ombre sur le sol. Mes pas, lourds et précis, résonnent contre le carrelage sombre.
Je pousse la porte et m'engage dans le couloir, alors que mon souffle est encore irrégulier. L'air frais du manoir s'écrase contre ma peau brûlante, soulevant un frisson involontaire le long de mon dos. La maison dort encore. Elle retient son calme comme une bête tapie.
Je me dirige vers ma chambre pour prendre une douche. J'en ai besoin. Pour laver la sueur. Pour effacer la veille. Pour oublier ce que je ne devrais pas penser. Et surtout... pour me débarrasser de son visage, qui revient, encore et encore, au moment où je suis censé être le plus froid.
Je serre les mâchoires, accélère le pas.
Arrivé dans mon aile, je pousse la porte d'un geste automatique, déjà focalisé sur la douche qui m'attend. Les murs sont encore plongés dans ce silence dense que seuls les lieux trop grands savent garder, un silence qui écrase, qui oblige à se concentrer sur chaque respiration, chaque pas, chaque pensée que l'on ne veut pas laisser s'échapper. J'avance, les muscles encore contractés, la sueur refroidissant sur ma peau comme une armure qui se fissure.
Puis, en contournant mon lit, dans l'angle de ma chambre menant à ma salle de bain, mon pas se suspend.
Le geste meurt avant même d'avoir eu le temps d'exister vraiment, comme si mon corps s'était souvenu d'un danger invisible avant que mon esprit ne le formule.
Et le danger... c'est elle.
Elle est là, étendue sur le sol comme si le monde avait décidé de la déposer à mes pieds. Sa robe blanche me rappelant la veille, s'étale autour d'elle en un halo froissé, un contraste trop pur dans cet espace qui ne l'est pas. Ses cheveux bruns se déversent derrière elle, en une cascade indomptée, le long de son dos, épousant la courbe de son épaule, respirant avec elle dans un rythme paisible qui n'a rien à voir avec le chaos qui me traverse.
Elle est illuminée, mordue par la lumière du matin filtrant par la fenêtre voisine.
Elle dort sur le côté, tournée vers le mur, me refusant, sans en avoir conscience, l'accès à son visage. Une partie de moi en est soulagée. L'autre, irritée sans raison.
Une tension sourde remonte le long de ma colonne, lentement, mais avec précision. Je ne m'attendais pas à la trouver ici, encore moins ainsi, au sol, dans mon espace, vêtue de blanc... un blanc qui évoque davantage un linceul qu'un idéal de vie.
Je reste là, immobile, l'air accroché à mes côtes, incapable de décider si je dois avancer... ou m'éloigner. Une part de moi veut détourner les yeux, par principe, par discipline. L'autre reste clouée à cette image, capturée malgré moi.
Une mauvaise idée.
Elle est une mauvaise idée.
Et pourtant, je ne bouge pas.
Je sens ma mâchoire se contracter, un réflexe pour contenir ce que je n'ai jamais eu à nommer. Ce n'est pas sa place. Pas ici. Pas dans ma chambre, dans mon territoire, là où je garde tout sous contrôle.
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AMARA
RomanceAmara, étudiante en psychologie, tente de survivre à une vie fragmentée entre les silences lourds de sa mère, les démons de son passé et ses propres fêlures. À Brownsville, au Texas, où l'ombre de l'illégal plane en silence, tout semble figé dans un...
