21. L'illusion du lien

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(Un sondage vous attend à la fin du chapitre. Merci d'y répondre, c'est important. <3)


« Je sais que je ne sais rien. »
— Socrate







21. L'illusion du lien








Amara








Adam fronce les sourcils un instant, puis se gratte la barbe poivre et sel, son expression se faisant neutre. Mais derrière ce calme apparent, je devine un petit sourire discret, presque invisible, celui d'un homme qui s'attendait à ce que je réagisse ainsi. Il reste silencieux, observateur, comme s'il pesait mes paroles dans sa balance intérieure.

Des pas résonnent depuis le couloir qui mène à la chambre d'Ice. Je relève la tête et les aperçois : Ice suivi de ses frères, son cousin, Shade et Narciso. Ils avancent avec assurance jusqu'à atteindre ma hauteur et s'arrêtent.

Le regard d'Ice se pose sur moi. Ses sourcils sont froncés, ses traits froids et immobiles. Ses yeux bleus me scrutent, porteurs d'un message silencieux, menaçant, que je n'arrive pas à déchiffrer mais qui me glace instantanément le sang.

Les autres hommes observent aussi. Luca et Hugo affichent un air indifférent, presque détaché, tandis que Narciso reste réservé, neutre. Isaac, lui, ne peut masquer son émerveillement, ses yeux brillants de joie. Et puis il y a Shade...

— Bambi, t'es magnifique ! lance-t-il en s'approchant de moi, un sourire large et sincère illuminant son visage.

Ses mots me touchent profondément. Il n'y a aucun mensonge dans son ton, aucune fausseté. Shade m'avait tant manqué, son absence ces derniers jours s'était fait ressentir comme un vide. Mon regard se tourne vers lui, et malgré le tumulte autour de moi, je sens un souffle de chaleur m'envahir, un éclat de réconfort dans ce chaos qui m'oppresse.

Je n'ai pas le temps de répondre à Shade, que la porte d'entrée s'ouvre dans un souffle d'air froid. Et là, je les vois. Tía Esmeralda d'abord — vive, haletante, les joues rosies par l'émotion — puis ma mère, plus lente, presque flottante, comme si ses pas n'étaient pas vraiment les siens.

Tía ne me laisse pas le temps de respirer. Elle court vers moi et me prend dans ses bras avec toute la force de son cœur, comme si elle voulait effacer d'un seul geste les semaines d'absence, les angoisses, le manque.

— Tu m'as tellement manqué, murmure-t-elle contre mon oreille.

Je ferme les yeux et lui répond à voix basse :

— Toi aussi, Tía. Toi aussi.

Quand je me détache d'elle, mon regard se tourne vers ma mère. Et tout s'effondre. Son visage est impassible, son regard vide, noyé dans une mer sans reflets. Je comprends tout de suite. Elle vient de prendre son médicament. Tía me le confirme d'un simple regard, suivi d'une caresse lente dans mon dos. Une caresse qui dit je sais.

Et moi... je ne sais plus quoi ressentir. Un mois sans la voir, et pourtant, rien n'a changé. Peut-être parce que son absence, je la porte depuis vingt et un ans. Elle me manque, oui — mais pas comme une mère devrait manquer à sa fille. Elle me manque comme un rêve brisé qu'on n'arrive pas à enterrer.

Son regard glisse sur moi sans s'arrêter. Détaché. Éteint. Même sous l'effet des médicaments, je devine cette ombre familière dans ses yeux : ce dégoût, cette distance. Rien ne peut le masquer. Et malgré tout, une part de moi — la plus stupide sans doute — espère encore. Espère un mot, un geste, n'importe quoi.

AMARAOù les histoires vivent. Découvrez maintenant