« Ne vous découragez pas, c'est souvent la dernière clef du trousseau qui ouvre la porte. »
— Paulo Coelho
17. Rien à perdre
Rayo (Hugo)
L'odeur familière de ma clope me colle à la peau. La fumée me brûle l'œil à chaque fois que je la pince entre mes doigts pour l'aspirer jusqu'au fond de mes poumons. Ça m'aide à relâcher un peu cette tension qui me raidit le corps. Un bien amer, je dirais. Mais nécessaire. J'en ai besoin comme un toxico qui se gratte les veines en manque de sa dose. Je crois que j'ai pris l'habitude d'habituer mon corps au mal. Il en redemande, encore et encore, malgré les dégâts qu'il encaisse en silence.
La clope est une bonne compagne. Éphémère, certes. Mais fidèle. Elle te tue lentement, oui. Discrètement. Un peu comme les femmes.
J'en ai pas connu tant que ça, à vrai dire. Vingt-quatre ans de vie et un palmarès qui brille pas spécialement. Mais celles que j'ai croisées... elles m'ont jamais apporté grand-chose. Enfin, si. Y'en a une. Une seule. Mais ça, c'est une autre histoire.
Je suis pas du genre à foutre tout le monde dans le même sac sous prétexte qu'une m'a brisé ou manipulé. Non. Je suis assez lucide pour savoir que c'est con. Chaque personne est différente. Mais j'ai aussi compris un truc : entre la clope, mon arme et une femme, y'en a deux qui me causeront moins d'ennuis.
La clope me bouffe à petit feu. L'arme peut m'éteindre net. Mais une femme ? Elle te fait exploser de l'intérieur. Lentement. Férocement. Et ça, c'est un truc que j'ai pas envie de revivre.
Mais faut pas se méprendre. Affirmer que j'aime pas les femmes serait un putain de mensonge. C'est juste que je préfère les éviter. Par précaution. Ça évite de briser des cœurs... et de se faire prendre pour un con.
Le sexe ? Ouais, je m'en sers. Quand le besoin cogne trop fort dans le bas-ventre. Mais ça s'arrête là. Ça prend pas de place dans mon quotidien. Mon esprit, je préfère l'aiguiser sur d'autres choses. Des choses utiles. Vitales.
Et puis, y'a moi. Mon silence. Mon flingue. Et ma putain de clope.
Ah non, il y a aussi cette grande famille à laquelle je suis collé jusqu'à la fin de mes jours. Un peu tordue, ouais. Mais c'est la mienne. Sans elle, je saurais même pas qui je suis. C'est du genre relation toxique, version familiale. Là où le pouvoir écrase, où l'organisation passe avant tout. Plus importante que nos propres vies.
On la protège, coûte que coûte. Elle... et les femmes de notre sang. Sans poser de questions. Sans broncher. Parce qu'au fond, c'est devenu notre normalité. Mourir pour elle, c'est pas un sacrifice. C'est un réflexe.
Et là, après l'annonce du viejo, tout le monde est encore sous le choc. On s'y attendait pas. À la base, on s'était tous ramenés pour parler de la mort de la chamaca. Enfin... c'est ce qu'on croyait.
Il nous a bien eus. Comme d'habitude.
Toujours imprévisible, ce vieux. Même ses rides n'arrivent pas à le freiner.
S'il m'avait demandé, jamais j'aurais approuvé une telle chose.
Je crois pas qu'il se rende compte de ce qu'il fait. Il envoie Zayden aux flammes... alors même qu'il est l'enfer incarné. Et c'est bien ça le problème. Les flammes d'une femme, c'est souvent ce qui finit par faire tomber un homme. Même les plus solides. Même les plus froids.
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AMARA
RomanceAmara, étudiante en psychologie, tente de survivre à une vie fragmentée entre les silences lourds de sa mère, les démons de son passé et ses propres fêlures. À Brownsville, sa ville frontalière, tout semble figé dans une routine précaire... jusqu'à...
