18. Entre ombre et lumière

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« La liberté consiste moins à faire sa volonté qu'à ne pas être soumis à celle d'autrui. »
— Jean-Jacques Rousseau










18. Entre ombre et lumière










Amara









Chaque jour passé ici est une fleur fanée de plus sur la tombe de ce que j'étais. On m'arrache, pièce par pièce, tout ce qui me tenait debout. Ma volonté, ma voix, ma dignité.

Je ne pense plus, on pense pour moi. On me dicte l'heure de mes repas, celle de mes silences, celle de mes sommeils forcés. Je suis un corps sans cap, une vie suspendue, une marionnette désarticulée.

Et pourtant, vivre, ce verbe si simple, n'est-il pas un droit inné ? Aimer, choisir, dire non. Respirer par soi-même, sans laisse ni chaîne. On m'a volé tout ça, sans explication. Et même s'il en existait une...

Quelle cause, quelle justice pourrait oser justifier qu'on arrache à un être humain sa liberté la plus sacrée ?

Mais je sais déjà : mes questions tomberont dans le vide. Ici, l'écho ne répond jamais. Devant moi, il n'y a que des visages fermés, des cœurs de pierre et des regards incapables de compassion. Ils me regardent comme un fardeau à régler, un pion à déplacer, une chose à sceller dans un pacte sans âme.

Mais je ne suis pas née pour obéir à ce sort. Je ne suis pas un sacrifice à offrir sur l'autel de leurs alliances.

Plutôt la fin que ce simulacre d'union.
Plutôt le néant que ces chaînes serties d'or.

Comment pourrais-je dire « oui » à un homme que je n'ai jamais aimé, que je ne connais même pas, et dont tout ce que je perçois m'éloigne de l'envie de le découvrir ? À qui veulent-ils me lier ? À quel gouffre me destine-t-on ?

Ce n'est pas un mariage. C'est une mort lente, une agonie polie sous les apparences d'un engagement.

S'unir à lui, c'est m'éteindre à petit feu. C'est accepter de devenir un fantôme alors que mon cœur bat encore.

Mais moi, je veux vivre.

Je veux aimer fort, rire librement, hurler si je dois hurler. Je veux marcher aux côtés des miens, sentir que j'existe encore. Je veux qu'on me voie, qu'on m'entende.

Je ne veux pas être liée à un inconnu que mon esprit peint en bourreau. Je refuse que mon âme s'effondre dans une prison qu'on appelle destin.

Car moi, je suis la tempête qu'on croyait domestiquée, je suis la braise sous la cendre, et je n'accepte pas cette offrande qu'ils veulent faire de moi.

Je suis encore là, et tant que je respire, je résiste.

Trois coups frappés à la porte me tirent du gouffre de mes pensées avant que mon cerveau ne surchauffe et n'explose. Quelques secondes passent. La poignée tourne, et le visage familier de Nicole apparaît dans l'encadrement. C'est la chambre qu'on m'a attribuée aujourd'hui.

Je ne sais pas pourquoi, mais un infime sourire traverse mes lèvres avant de disparaître aussitôt. Peut-être ai-je peur de montrer la moindre émotion... ou peut-être redoute-je pire encore : m'attacher à quelqu'un. À des gens qui, volontairement ou non, participent à mon sort. Je ne peux pas supporter l'idée de créer des attaches ici. Je sais trop bien que ça ne me mènerait qu'à ma perte. Et après tout... je fais déjà partie des perdants.

Nicole entre, sans ouvrir complètement la porte. Elle avance vers moi, à pas feutrés, le regard d'abord fixé sur mes yeux, puis sur mon visage. Quand elle arrive à ma hauteur, elle baisse légèrement la tête.

AMARAOù les histoires vivent. Découvrez maintenant