« La véritable tragédie n'est pas la souffrance, mais la peur de la souffrance. »
— Épictète
20. Coco
Amara
Qu'est-ce que ce message signifie exactement ?
Je le relis pour la dixième fois, peut-être plus. Les mots dansent sous mes yeux, se brouillent un instant, puis reviennent me frapper avec la même intensité :
« Si tu veux échapper à ce mariage, viens seule au sous-sol. Je peux encore te sauver. »
J'ai l'impression qu'il s'agit d'un piège. Tout en moi me hurle de me méfier. Mais il y a cette autre part, plus silencieuse, plus désespérée, qui me pousse à aller voir de mes propres yeux.
Et si c'était vrai ? Et si quelqu'un, quelque part, voulait réellement me sortir de cette cage dorée ?
Honnêtement, la première personne à laquelle j'ai pensé, c'est Nicole. Je ne sais pas pourquoi... Peut-être parce que, parfois, son regard me trahit, qu'il y a dans ses silences une forme de compassion qu'elle ne dit jamais. Mais très vite, la raison reprend le dessus : Nicole travaille pour cette famille depuis des décennies. Elle les connaît, elle les sert, elle les protège. Je ne la vois pas trahir les Rios. Et encore moins Ice. Il y a entre eux quelque chose que je n'arrive pas à définir — une confiance tacite, presque filiale.
Je reste là, debout, le papier tremblant entre mes doigts. Mon cœur bat si fort que j'ai l'impression qu'il va se décrocher. Je le sais au fond de moi : c'est une erreur. Une de celles qu'on ne rattrape pas. Mais je suis épuisée de vouloir bien faire. Épuisée d'obéir, d'avoir peur, de me taire. Alors oui, peut-être que je vais tenter le diable. Peut-être que ce message est ma dernière chance... ou le piège parfait pour m'achever.
Je tourne en rond dans la chambre, le regard accroché au papier froissé, quand une petite voix me tire brusquement de mes pensées.
Je sursaute.
Catalina est là, plantée dans l'encadrement de la porte, les paupières encore lourdes de sommeil. Ses cheveux emmêlés lui donnent des airs d'ange égaré.
— Amara... tu te maries aujourd'hui ?
Sa voix est douce, hésitante, presque timide. Je ravale le nœud dans ma gorge et force un sourire.
— Hum... je crois que oui, princesita.
Elle s'approche, les yeux pétillants malgré la fatigue, et déclare d'un ton émerveillé :
— Alors c'est toi la vraie princesse aujourd'hui !
Un rire m'échappe, fragile, presque étranglé. Je tends la main et lui caresse la joue.
— Non, la vraie princesse, c'est toi.
Son sourire s'illumine, pur, sans ombre. Et pendant une seconde, juste une, tout ce chaos autour de moi disparaît.
La porte frappe soudainement. Le bruit me fait sursauter, comme si mon cœur avait manqué un battement.
Avant même que je puisse dire un mot, plusieurs personnes entrent en trombe dans la chambre. Le papier encore dans ma main me brûle presque la peau. Par réflexe, je l'écrase entre mes doigts, le plie à la hâte et le glisse dans mon soutien-gorge. Personne ne doit le voir.
Une femme avance la première, les bras chargés, et dépose un mannequin de couture au centre de la pièce. Trois autres la suivent, portant une robe blanche suspendue à un cintre de velours. Je n'ai pas besoin de réfléchir pour comprendre. C'est ma robe. Celle que Kristen m'a fait essayer. Celle qu'on a ajustée à ma taille, comme si chaque couture devait sceller mon destin.
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AMARA
RomanceAmara, étudiante en psychologie, tente de survivre à une vie fragmentée entre les silences lourds de sa mère, les démons de son passé et ses propres fêlures. À Brownsville, sa ville frontalière, tout semble figé dans une routine précaire... jusqu'à...
