Le lendemain, en fin d'après-midi, Sofia était, comme à son habitude, au Memorium, en train de chercher discrètement des informations supplémentaires sur les événements qui se seraient déroulés ces vingt-trois dernières années. En effet, Solemnia s'était enfuie avec Donn-Sleibhe à seize ans et le bébé était né quelques années après alors il s'agissait de cette période-là.
D'ailleurs, Sofia évitait au maximum le Maître depuis qu'elle avait appris qu'il avait tué cette enfant pour une raison complètement égoïste : Scota – celle qu'il aimait – avait donné naissance à un enfant dont le père n'était pas Donn-Sleibhe.
Au même moment, ce dernier était dans la pièce annexe du Memorium, en compagnie de la Gardienne. Ils buvaient le thé, mais s'étaient isolés pour discuter en privé car l'homme au plumage noir avait remarqué le changement de comportement de Sofia depuis ce matin et trouvait cela vraiment étrange alors il était venu se confier à Annie, comme il l'avait toujours fait.
— Tu dramatises toujours, Donn. Ce n'est encore qu'une jeune femme. À son âge, on a besoin de s'affirmer, surtout quand on est constamment entourée d'hommes, le rassura-t-elle en remettant correctement sa robe blanche.
— Je ne sais pas, Annie. Il y a quelque chose qui cloche, affirma-t-il, le regard dans le vide.
— Peut-être que le problème ne vient pas d'elle, mais de toi.
— De moi ? s'étonna le Maître en relevant les yeux vers son interlocutrice.
— Elle t'a changé. Depuis qu'elle est là, tu n'es plus le même. Elle a apporté ici une sorte de... touche d'humanité.
— Tu as raison, elle est incroyable, répondit-il en regardant le contenu de sa tasse en souriant.
— Il y a un lien très fort entre Sofia et toi, vous êtes étrangement connectés, c'est impossible de le nier. Elle te fait confiance depuis le début et toi de même, tu es allé jusqu'à la ramener ici. Je... Je n'ai jamais douté que tu finisses par la récupérer. Tu étais celui qui devait la retrouver, avoua la Claire d'une petite voix.
Réalisant ce qu'elle venait de dire, Annie leva les yeux vers son camarade qui avait l'air satisfait, voire même soulagé de l'entendre de la bouche de quelqu'un d'autre.
— Mais elle n'est pas Augusteen, lui rappela la Gardienne avec insistance, faisant tomber immédiatement le sourire de l'homme face à elle.
— Si tu le dis, répondit vaguement le Maître dont on pouvait voir les épaules se tendre à travers son t-shirt à manches courtes noir.
— Ne joue pas à ce jeu-là, Donn. Tu sais que ça pourrait être très dangereux. Augusteen est partie il y a longtemps déjà. Sofia n'est pas l'enfant que nous avons connue.
— Je sais, mais... elle était tout pour moi.
— Comme Solemnia.
— Et je les ai perdues toutes les deux...
Annie fixa sa tasse, désolée pour lui, elle ne savait quoi répondre. Elle aimait beaucoup Solemnia, elle les avait perdues elle aussi, mais elle avait conscience que sa peine n'avait pas autant de valeur que celle de son ami.
Le soir-même, Donn-Sleibhe avait appliqué l'un des conseils qu'Annie lui avait donnés : laisser plus de libertés à Sofia. Il l'avait donc autorisée à rentrer seule jusqu'à la Maison du Maître, à condition qu'elle se couvre bien pour masquer son odeur et son absence de plumes. La brune avait été ravie, même si le Maître, quant à lui, était très inquiet et avait pris sur lui pour rentrer avant.
VOUS LISEZ
Daemonium
FantasyRetrouvée amnésique à dix ans, Sofia n'a jamais réellement su d'où elle venait. C'est à dix-neuf ans qu'elle va faire une rencontre qui va radicalement changer sa vie. Cet étranger à l'air si mystérieux semble bien mieux la connaître que n'importe q...
