Chapitre 4

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Le soir-même, alors que la lune brillait d'un bleu profond dans le ciel, Sofia ne faisait que de tourner en rond dans son lit, l'esprit rongé par un flux de pensées et de flashs comme si son cerveau lui signifiait qu'elle devait se souvenir de quelque chose d'important, quelque chose qui nécessitait juste un peu d'aide pour refaire surface. Mais rien n'y faisait, elle n'y arrivait pas. Dès qu'elle se voyait mentalement à quelques centimètres de ce qu'elle tentait d'approcher, alors qu'elle tendait le bras pour l'attraper, cela disparaissait aussitôt, sans qu'elle puisse l'atteindre ni même l'effleurer.


En pleine nuit, quelqu'un toqua doucement à la porte de la chambre du Maître. Cette pièce se trouvait à l'autre bout du couloir, au deuxième étage. On pouvait encore y voir de la lumière à travers la serrure due aux bougies allumées à l'intérieur.

Donn-Sleibhe était debout, face à la fenêtre fermée qui donnait la meilleure vue sur l'ensemble de la place principale. Il ne dormait que très peu, mais il fut étonné de recevoir de la visite ; encore plus quand il vit un visage encadré par de longues mèches de cheveux bruns apparaître en ouvrant la porte après qu'il l'ait verbalement invitée à entrer. Comme par réflexe, il reprit rapidement sa forme humaine.

— Tu ne dors pas ? s'étonna-t-il alors qu'il avait la réponse sous les yeux.

La brune répondit en secouant la tête de droite à gauche. Elle portait un simple pyjama en coton de couleur vert pastel. Donn-Sleibhe soupira doucement, mais il était impossible de savoir s'il était désabusé ou bien ravi de la situation. Il s'installa dans son lit et indiqua de la main à Sofia de le rejoindre, ce qu'elle fit après un petit temps de réflexion.

La jeune femme n'avait pas peur de lui, loin de là, mais elle n'avait jamais partagé ainsi le lit d'un quasi-inconnu, même si elle savait qu'il n'y avait rien de sexuel dans cette situation.

— Qu'est-ce qui te tracasse ? se lança Donn-Sleibhe au bout de plusieurs minutes de silence.

— Est-ce que tu réalises que ce monde existe ? Que tu existes ?

Le Maître resta sous le choc de ce qu'il venait d'entendre, il ne savait pas ce qu'elle voulait dire par là, mais il se sentit démuni. Il ne s'attendait pas à cela.

— Tu n'as pas idée du nombre de psys que j'ai consultés, poursuivit Sofia. Ils ont tous essayé de me convaincre que tout cela n'avait jamais été réel, que c'était mon imagination, mais le cerveau est incapable de créer de lui-même des images ; je le savais.

L'homme habillé d'un t-shirt noir et d'un pantalon léger de la même teinte avait conscience que Sofia avait une grande imagination et avait déjà rêvé et écrit sur des créatures démoniaques semblables aux Ombres ; il se souvenait aussi de ces articles de journaux qu'il avait découverts chez elle, avec ces questionnements qu'elle avait mis par écrit. Évidemment, aucun Terrien ne l'aurait cru, ce qui était rassurant pour les Nablas, mais désolant pour la jeune femme qui, durant toute son adolescence, avait dû avoir un lourd suivi psychologique ; de quoi détruire un être en pleine construction de sa propre personnalité. Ce qu'il ne savait pas, c'était qu'elle avait été diagnostiquée amnésique, schizophrène et souffrante de troubles délirants.

— Je pense que tu idéalises beaucoup trop cet endroit. Ce n'est pas une existence agréable qui nous est réservée ici. Les Terriens pourraient appeler cet endroit l'Enfer, ils auraient presque raison. C'est une sorte d'équivalent, ajouta l'Ombre en voyant le visage troublé de la jeune femme.

— Pourquoi restes-tu à Daemonium alors ?

— Bonne question, avoua-t-il en tentant de trouver une réponse.

DaemoniumOù les histoires vivent. Découvrez maintenant