Chapitre 39

1.1K 74 20
                                        


PDV EXTÉRIEUR

Devant cette maison qui lui donne la nausée, Fanta hésite un instant. Elle pousse la porte d'un pas lent, le visage fermé ; tout en elle proteste contre cet endroit qu'elle hait, ses murs, ses odeurs, ses habitants.
« C'est obscur, ça pue la pauvreté et la mauvaise foi. Comment supportent-ils de vivre là ? » se répéta-t-elle, le mépris bouillant derrière ses dents.

Elle est persuadée que Habib Sall l'a fait venir pour le médaillon : voilà la raison de ces rendez-vous nocturnes. Elle sait qu'en s'alliant à lui elle s'est mise en danger ; elle le sait et elle l'accepte; convaincue que le jeu en vaut la chandelle.

Une voix rauque la salue dans l'ombre :

- Toujours aussi rayonnante, fit entendre Habib Sall.

Ces mots la rassurent et la figent à la fois. Elle revoit leur dernière rencontre : son regard glacial, ses silences menaçants...

Elle s'efforce d'afficher un sourire :
- Mon cher ami, comment vas-tu ? dit-elle, faussement enjôleuse.

Habib la toise, un sourire grimaçant relève ses traits fatigués.
- Comment veux-tu que j'aille, belle Fanta ? Répondit-t-il d'un ton qui coupe l'air.

Elle fait mine de s'inquiéter pour sa mine blême. Il ricane sans chaleur, et Fanta sent, malgré elle, un frisson de peur.

- ...Tu sais pourquoi tu es là ? lança-t-il soudain.

- J'attends que tu me le dises, répondit-t-elle, serrant les poings derrière son dos.

Habib écrase sa cigarette dans le cendrier puis la fixe avec insistance.
- Hum. Tu es là pour rembourser ta dette, annonça-t-il lentement, lourdement.

Ces mots agissent sur elle comme un coup. La sueur perle sur son front ; elle maîtrise toutefois sa voix.

- ...Suis-moi, dit-il en se levant, sa canne claquant sur le carrelage.

Il avance, elle le suit à pas hésitant, chaque pas fait naître dans son esprit des scénarios noirs. Habib, pour adoucir le ton, laisse échapper une phrase mielleuse :

- Rassure-toi, ma beauté, je ne te ferai pas de mal. Tu m'es encore utile.

Fanta ne sait pas si elle doit y voir une promesse ou une menace.

Il la conduit dans l'obscurité du sous-sol. La lumière est faible ; une silhouette est assise au centre de la pièce. Le cœur de Fanta rate un battement quand elle distingue une tête bandée, une bouche scotchée, des membres entravés à une chaise par de la corde grossière.

- Mais... mais... que... qu'est-ce que c'est ? balbutia-t-elle, la voix tremblante.

Habib sourit, un sourire sans chaleur.
- C'est exactement ce que tu vois, répondit-il. N'es-tu pas contente ? C'est toi qui as conduit cette situation, ma beauté.

- Non ! Je n'ai rien à voir avec ça ! rétorqua-t-elle, se défendant aussitôt.

Avant qu'elle n'ait fini, il attrape son cou d'une main surprenante de violence ; ses yeux sont rouges, la colère tremble dans sa voix.

- Si tu avais respecté ta part du marché et rendu le médaillon, je n'aurais pas eu à faire ça, gronda-t-il, la pression de sa main augmentant.

- S-s'il te plaît... a-arrête...! Supplia-t-elle en suffoquant, étranglée par la peur et la douleur.

Il desserre enfin son emprise et recule pour reprendre contenance, comme on reprend son souffle après une crise.

- Je ne peux pas la garder ici longtemps, murmura-t-il d'un ton calculateur. Une camionnette viendra dans quelques minutes. Tu la conduiras dans votre ancienne maison, à Dias. Et n'essaies pas de me mentir, je sais qu'il n'y a que toi qui as accès à cette maison depuis la mort de ton mari.

HONNEUR PERDUOù les histoires vivent. Découvrez maintenant