Chapitre 42

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OULIMATA

J'ai une boule au ventre depuis que je suis montée sur ce car. Il roule tellement vite que j'en tremble.

j'aimerais dire au chauffeur de ralentir un peu. Mais m'écouterait-il? 

La vitesse a l'air de plaire aux autres  passagers. Ils sont certainement impatients de rentrer chez eux, retrouver leur famille.

Quant à moi, je suis pressée de retrouver mon beau village, mais angoissée de devoir affronter ce que j'ai laissé derrière moi, il y'a des années.

Maman, papa, ma famille maternelle et paternelle, mon chez moi, tout me manquent.

Je me rappelle comme si c'était hier, quand papa m'a renié. Quand j'ai déshonoré ma famille.

M'accepterait-il enfin? M'a-t-il Pardonné ? Et ma mère, est-elle guérie?

Il est temps pour moi d'affronter ce problème, et de le régler.
Je dois faire la paix avec mon passé. Je ferai l'impossible pour que mon père et ma mère me pardonnent.

Je glisse le vitre, l'air pure caresse mon visage, tout en faisant flotter mon voile en soie.

Mes yeux sont hypnotisés par les arbres, qui donnent l'illusion de rouler. Un sentiment de sérénité m'envahit.

Je ferme lentement les yeux pour plonger encore et encore dans ma réflexion.

Qu'est-ce que je leur dirai quand on se verrait? Parviendrai-je à me faire pardonner ? Me reconnaîtront-ils?

« On est arrivé »!

- Madame, vous attendez quoi pour descendre? Pesta l'apprenti, le visage renfrogné.

Je jette un coup d'œil dehors, le garage est plein de monde. Il n'y a plus que moi dans le car.
Je m'en suis même pas rendue compte.

Mes jambes refusent de m'obéir un moment.
Tous mes sens tremblent.

Une envie de rebrousser chemin me saisit.
Le regard noir de l'apprenti qui s'impatiente, me fait réagir.

Je rassemble le peu de courage que j'ai pour descendre délicatement.

Mon pied droit se pose sur ma terre natale, puis la gauche. Ce sable rouge m'avait tellement manqué.
Mon beau village, te voilà : Dembacane.

Une larme échappe de mon œil gauche.
Une larme de joie mélangée à de la mélancolie.

Une odeur saine titille mes narines. L'air est pure ici.

Je remets enfin les pieds ici, plus déterminée que jamais.

Je remarque toute de suite quelques petites changements.

Je vois qu'ils ont descendu toutes nos bagages, qui ont voyagé sur le toit du car.
Je cherche les miennes, les rassemble à côté.

- OULIMATA...OULIMATA...!
Je me retourne lentement, le cœur battant.

C'est Mama Diorbo qui se dirige vers moi en courant , avec un grand sourire qui étire ses lèvres.

- Tu as fais un bon voyage? S'enquit-elle souriant de plus belle. Elle me prend dans ses bras.

- Oui, Alhamdoulillah! Répondis-je d'une petite voix fatiguée et surprise.

- Tu as l'air épuisée. Dembacane est trop loin de Dakar. Rentrons vite pour bien te reposer. C'est toi que je suis venue chercher. Déclara-t-elle.

- Je n'ai dit à personne que je venais, comment tu as su? Posai-je déconcertée.

HONNEUR PERDUOù les histoires vivent. Découvrez maintenant