Chapitre 43

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Pov Gaby

Lukas me rend visite tous les jours. Les minutes se sont transformées en heures. On discute de sa vie en Ukraine et de ce qui aurait pu être la mienne. Il a une famille qui l'attend, une femme et des enfants. Il s'est construit une vie et il est heureux. On se balade dans les jardins de l'établissement. Certaines fois, on marche sans dire un mot, seule sa présence est rassurante. Mes séances de psychanalyse se passent toujours de la même manière, je n'en vois plus le bout. À chaque séance, je pense participer à la dernière, et je me trompe sur toute la ligne. Peut-être que ce psychiatre voit que je ne joue pas franc-jeu. Je ne suis probablement pas si douée.

Lukas me prend dans ses bras pour la dernière fois, il doit rentrer chez lui. On se fait mille promesses pleines de faux-semblants. Il se peut qu'on ne se revoit plus jamais. Je le vois s'éloigner dans le couloir en direction de la sortie. J'entre dans ma chambre, m'assois sur mon lit et je médite. Combien de temps vais-je continuer ainsi ? Je ne trompe personne, mis à part moi-même. Je souffle lourdement, je déteste mon état, j'aimerais pouvoir régler mes états d'âme en un claquement de doigt. Je me relève et me dirige vers la salle de bain. Je prends le temps de m'observer. Il reste encore quelques stigmates des violences passées, mes joues sont de moins en moins creuses. J'attache mes cheveux en un chignon coiffé-décoiffé, j'applique du baume sur mes lèvres, le seul produit cosmétique autorisé et je me dirige vers ma séance de psychanalyse.

— Asseyez-vous.

Je m'installe à ma place habituelle, mon visage tourné vers la fenêtre.

— Comment allez-vous ?

— J'ai encore du chemin à faire.

J'observe le psychiatre se redresser sur sa chaise.

— Qu'entendez-vous par « encore du chemin ».
En mimant les guillemets de ses doigts.

— Le chemin vers la guérison sera long.

Il prend des notes sur son carnet.

— Comment gérez-vous vos cauchemars ?

— Je ne les gère pas, je les accepte.

Il pose son stylo.

— Et vos envies de suicides ?

— Je suis déjà morte.

Il pose son cahier de notes sur son bureau, se lève et s'assoit en face de moi.

— Je pense qu'il est temps, docteur, de vous libérer.

— Pourtant, je vous ai dit tout ce qu'il ne fallait pas dire.

— C'est ce qu'on attend d'une patiente, qu'elle affronte ses démons.

— Je n'y arriverai pas en dehors.

Aujourd'hui, c'est moi qui m'oppose à ma sortie. Ici, je suis en sécurité, mais dehors, qui sait ce qui m'attend ?

— Je fais passer votre dossier au staff. Je vous invite à préparer vos affaires.

La séance n'a duré qu'une vingtaine de minutes, je rejoins ma chambre et je m'allonge sur le lit. Le staff aura lieu demain, et je sortirai dans la foulée. Le psychiatre me verra en consultation dans son cabinet privé.

Deux jours plus tard, ma valise en main, je franchis le seuil de la maison de repos, un taxi m'attend juste devant. Il se saisit de ma valise, la range dans le coffre. Pendant le trajet, le chauffeur me pose des questions, je réponds brièvement, je n'ai plus l'habitude d'entretenir une conversation. Je demande au chauffeur de faire une halte au cabinet. J'entre dans le hall et appuie sur le bouton de l'ascenseur. Les portes s'ouvre sur le couloir que j'ai tant foulé. Je pénètre dans mon cabinet, une odeur de renfermé me saisit, les volets sont fermés, j'ouvre celui de la salle d'attente où autrefois des dizaines de patients attendaient leur tour.

Je me dirige vers mon bureau, tout aussi poussiéreux et sans chaleur, à la hauteur de ce que j'étais. Le téléphone fixe sonne, je décroche.

— Allo.

— Bonjour, société de sécurité privée, une alarme de détecteur de mouvement s'est déclenchée.

— C'est mon cabinet.

— Voulez-vous qu'on envoie une équipe ?

— Non inutile.

Un carton est posé au sol, j'avais demandé à la secrétaire de ranger mes affaires, mais tout est à sa place. Je me saisis du carton et je décroche mes diplômes et les range. Je récupère les affaires qui ont une valeur affective : la montre de mon père que j'ai fait encadrer, une photo de mes parents.

Je referme la porte du cabinet et grimpe dans le taxi avec mes affaires sur les genoux. La voiture s'arrête devant ma maison, il pose la valise sur le seuil de la porte d'entrée, il encaisse sa course et s'en va. Une voisine vient à ma rencontre.

— Bonjour Gabriella.

— Madame Andrews.

— J'ai entendu parler de ce qui vous était arrivé. Je suis contente de vous revoir.

J'ouvre la porte d'entrée et m'engouffre à l'intérieur avec mes affaires et je m'écroule en larmes.

The Dark BikerOù les histoires vivent. Découvrez maintenant