Chapitre 19

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Le repas est animé par les rires de nos parents et les bruits des couverts qui raclent contre l'assiette. César, comme par hasard, est assis juste en face de moi. Je dois faire tout mon possible pour l'ignorer. Aucun de nous deux n'a pris la parole depuis le début du repas. On fait comme si de rien était. C'est presque gênant. Je soupire en jouant avec la peau de mon poulet. Ça arrive vraiment qu'à moi de me retrouver dans ce genre de situation. Je vais commencer à croire que le destin en a après moi.

- Mahïa, j'ai entendu dire que tu étudiais dans le même lycée que César, est ce que l'établissement te plaît ?

L'attention est maintenant sur moi et je me sens soudain mal à l'aise. Je fais mon possible pour ne rien montrer. Je me racle la gorge et je me force à sourire.

- Oui, parfaitement.

Il hoche la tête en souriant.

- C'est une école très prestigieuse ! Qu'est ce que tu aimerais faire plus tard ?

- Je voudrais être écrivaine.

Le visage de Nate se crispe. Il pensait sûrement que j'allais dire médecin ou avocate. Sa réaction me fait sourire. César me regarde enfin, surpris mais pas déçu. Il a plus l'air... intéressé ? Curieux ?

- Écrivaine ? Qu'est ce que tu veux écrire ? Des thèses ? L'histoire des grands hommes politique ?

Il se met à rigoler.

- Dans ce cas j'espère que t'écrira un livre sur moi... Ça te permettra de t'éviter la misère !

Je bouillonne intérieurement. Je savais très bien à quoi m'attendre avec ce genre de personne. Mais j'imaginais pas tomber sur un narcissique qui se croit au dessus de tout le monde. Je suis presque triste pour César, qu'il est un père rempli de préjugés et de manières. Je répond sarcastique.

- Bonne idée ! Ça s'appellera « Quand l'argent apparaît, les neurones disparaissent. » !

Le visage de Nate se décompose. Bien fait, connard. César retient un rire et ma mère me fusille du regard. Mais je m'en fiche, il faut qu'elle comprenne que je n'ai pas à changer qui je suis pour plaire aux autres. Mon beau père me sourit.

- C'est une très bonne idée Mahïa ! Je connais plusieurs maisons d'éditions qui pourront t'aider si jamais !

- Merci.

Mikaël semble vraiment intéressé par le sujet car il me pose pleins de questions. Pas que ça me dérange mais je n'arrive pas à oublier la manière dont le père de César a juger ce que je voulais faire. Je bouillonne intérieurement.

- T'aimerais écrire quel genre de livre ?

- Des romances psychologiques qui parlent de sujets sensibles.

Nate rigole.

- C'est toujours la même chose et l'amour n'existe même pas. C'est seulement pour faire rêver les gosses.

Je lui lance un regard noir.

- Si on ne rêve pas, il n'y a plus d'espoir. On ne pourrait plus vivre. C'est bien nos rêves qui nous poussent à donner le meilleur de nous même et à nous surpasser ?

Ma répartie n'a pas l'air de lui plaire vu le regard noir qu'il me lance. Mon beau père réagit directement pour pas qu'une dispute éclate. Il me sourit de toutes ses dents.

- Ça a l'air très intéressant, j'ai très hâte de lire tes premiers romans !

Sa réponse me calme mais pas assez. Je n'ai plus envie de manger. Je supporte plus personne, je veux juste rentrer chez moi. J'ai envie de pleurer. Personne à le droit de juger ce que je veux faire. De me prendre pour une moins que rien parce que je veux faire ce que j'aime. C'est injuste. Les conversations reprennent leur cours comme si de rien était. Puis alors que César allait se resservir des patates, son père attrape violemment son poignet.

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