Edmund.
La nuit s’étendait sur la plage comme une promesse silencieuse, étouffant le monde sous son manteau d’ombres. Seul le ressac des vagues troublait le calme apparent, un rythme constant qui contrastait avec l’affrontement brutal qui se déroulait sous la pâle lumière de la lune.
Edmund se tenait là, figé sur le sable froid, les poings crispés, incapable de détourner les yeux du combat.
Alayne.
Elle était un ouragan.
Ses cheveux bruns, éclaircis sur les pointes, fouettaient l’air tandis qu’elle esquivait une attaque de Nyx, son corps pivotant avec une grâce féroce. Ses vêtements étaient tachés de sable et de sueur, mais cela ne l’arrêtait pas. Son regard brûlait d’une rage qu’Edmund n’avait jamais vue en elle. Et cette rage…
Il savait d’où elle venait.
Nyx, quant à elle, n’avait rien perdu de son aura impénétrable. Son sourire narquois flottait sur ses lèvres, ses yeux, veets perçants brillaient. Elle n’avait pas d’arme. Les ombres dansaient autour d’elle, s’agrippant à sa silhouette comme des serpents prêts à frapper.
Mais Alayne ne reculait pas.
Elle tenait sa dague noire d’une main ferme, la lame scintillant sous la lune. Un croissant de lune en diamant ornait son pommeau, reflet cruel du destin : cette arme avait appartenu à Nyx autrefois. Maintenant, elle était entre les mains d’Alayne. Et elle s’en servait contre son ancienne propriétaire.
Un sifflement fendit l’air lorsqu’Alayne se jeta en avant, sa dague traçant un arc rapide vers la gorge de Nyx. Mais cette dernière n’était plus là. Elle s’était évaporée, son corps se dissolvant dans les ombres un bref instant avant de réapparaître à quelques pas.
— Pas mal, souffla Nyx. Mais tu peux mieux faire.
Alayne ne répondit pas. Elle attaqua de nouveau, et cette fois, Edmund vit les larmes sur son visage. Elles coulaient librement, traçant des sillons humides sur ses joues. Mais ses yeux… Ses yeux étaient ceux d’une guerrière.
Un éclair de douleur traversa Edmund.
Il ne l’avait jamais vue comme ça. Pas avant cette nuit.
Elle ne pleurait pas pour Nyx.
Elle pleurait pour lui.
Parce qu’il l’avait brisée. Parce qu’au moment où ils avaient été sur le point de se rapprocher, il avait tout gâché.
"Je ne sais pas ce qu’il en est de moi."
Il avait cru ces mots innocents. Il avait cru qu’ils lui laisseraient le temps de comprendre, de mettre de l’ordre dans son esprit. Mais ils l’avaient blessée bien plus qu’il ne l’avait imaginé.
Et maintenant, elle déchaînait cette douleur dans son combat.
Nyx attaqua enfin, ses ombres fendant l’air comme des griffes invisibles. Alayne esquiva de justesse, se jetant sur le côté, roulant dans le sable avant de se redresser d’un bond. Mais déjà, Nyx était sur elle, plus rapide qu’un souffle de vent.
Un choc violent retentit lorsque la main de Nyx heurta le poignet d’Alayne, envoyant la dague voler un peu plus loin. Edmund retint son souffle.
Désarmée.
Mais Alayne ne s’arrêta pas.
Elle frappa du pied dans le sable, soulevant une gerbe aveuglante avant de plonger sur Nyx, ses doigts s’agrippant à son bras. Elle tenta de la projeter au sol, mais Nyx, plus grande, plus forte, lui bloqua le mouvement et la repoussa sans effort apparent.
Alayne recula d’un pas, haletante et Edmund savait qu’elle pleurait encore. Il voyait sa poitrine se soulever trop vite, la douleur briller dans ses yeux.
Et il se haïssait.
Parce que, pour la première fois, il comprenait que ce n’était pas Nyx qu’Alayne combattait.
C’était lui.
— Si c’est de la haine qui te pousse, alors tu es faible, murmura Nyx.
Ce fut comme un déclencheur.
Alayne bondit, plus rapide que jamais. Elle feinta à droite, puis à gauche, avant de récupérer sa dague dans un mouvement fluide. Un éclair noir fusa dans la nuit lorsqu’elle attaqua de nouveau, et cette fois, Nyx ne recula pas assez vite.
La lame mordit sa chair.
Une fine traînée rouge apparut sur le bras de Nyx, et pour la première fois, Edmund vit de la surprise dans ses yeux.
Un silence tomba sur la plage, aussi lourd que les vagues elles-mêmes.
Nyx baissa les yeux vers sa blessure, puis vers Alayne.
— Enfin, souffla-t-elle.
Et contre toute attente, elle sourit. Un vrai sourire, cette fois. Un sourire qui n’avait rien de cruel.
Alayne, elle, était immobile, tremblante.
La dague glissa de ses doigts et tomba dans le sable.
— Je… je ne veux pas de ça, murmura-t-elle, la voix brisée.
Nyx pencha la tête sur le côté, puis s’approcha lentement. Alayne ne bougea pas.
— Alors arrête de fuir, dit Nyx avec douceur.
Un éclat de lune illumina son regard.
— Et arrête de lui en vouloir pour ce qu’il est incapable de dire.
Alayne sursauta, ses lèvres s’entrouvrant comme si elle allait répondre, mais aucun son ne sortit.
Edmund, lui, sentit son cœur se tordre.
Parce que Nyx savait.
Parce qu’elle avait tout vu.
Alayne se détourna brusquement, serrant les bras autour d’elle comme pour se retenir de s’effondrer. Elle passa près de lui sans s’arrêter, et il sentit son souffle tremblant lorsqu’elle passa si près qu’il aurait pu tendre la main et la retenir.
Mais il ne le fit pas.
Parce qu’il ne savait pas s’il en avait encore le droit.
Il la regarda disparaître dans la nuit, laissant derrière elle Nyx… et lui, seul sur cette plage, avec le poids écrasant de ses regrets quand Caspian et les autres la suivirent vers la mer, ou elle se dèbarbouilla de la sueur et de ses quelques plaies. Impuissant, il regarda Lucy toucher son bras avec inquiétude.
Le roi fut trop loin pour entendre ce qu'elles disaient, mais il put voir Alayne hocher la tête et Eustache fixer la dague qu'elle avait remit contre sa cuisse.
- Je voulais empêcher la prophétie de se réaliser, murmura la femme.
Edmund resta silencieux, sentant que ce n'était pas là fin. Nyx hesita un moment avant de soupirer.
- Ce combat ma fait comprendre que ce que Jadis redoute, est plus fort que tout. Et nécessaire pour se sentir vivant.
Il fut surpris par son changement. Elle avait l'air d'avoir changer, dans son comportement et manière de penser.
- Et que si Jadis ne peut l'accepter, elle ne pourra pas évoluer.
Ses yeux bruns s'équarcillerent quand il comprit. Pour s'assurer, il lança un regard interrogateur à la femme qui hocha la tête, résignée. Dans ses yeux verts, il put voir de la tristesse et détermination.
- Comptez sur moi.
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Ma Force
FanfictionCelui que vous croyez loyal, Celle que vous pensez morte, Reussira a ouvrir la porte, et aura la victoire finale à moins que soit retrouvée, la ficèle que tout le monde croyait perdue, qui se trouve quelque part detenue, Et que l'arme la plus redout...
