XIII. Délires

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Résignée, je le fis entrer. Je pris place dans le fauteuil face à lui.

- Alors Alex? Dis-moi ce que je t'ai raconté et qui semble t'avoir tant perturbé, soupirai-je en levant les yeux au ciel.

Il sembla mal à l'aise et commença à tapoter le plancher du bout du pied. Je me souvins aussitôt de la scène sous la table, lorsque je l'avais laissé à son insu me caresser le mollet. Après un instant de réflexion, il se lança:

- Voilà: vous m'avez parlé de vos parents et de votre sœur.
- De mes parents? Mais qu'est ce que je t'ai raconté sur mes parents?
- Rien de bien méchant ni trop personnel, ne vous inquiétez pas. Vous avez évoqué des vacances que vous passiez enfant dans les gorges du Verdon.
- Et c'est ça qui t'a tant travaillé?
- Ça non. J'ai même trouvé ça touchant. C'est plutôt la suite qui m'a... Comment dire.... Interpellé.

J'avais un mauvais pressentiment: il était de plus en plus nerveux. Malgré tout, je ne pouvais cesser de l'admirer.  Peut-être le terme semblait-il exagéré, et pourtant je le contemplais comme on peut contempler une œuvre. "La nature est injuste" pensais-je, "la plupart des gens sont quelconques, tout juste jolis pour quelques uns, laids pour certains, et de temps à autre, elle concentre tout son art sur une personne." Ce visage si bien sculpté, ces lèvres si pleines, cet air de gamin sauvage que lui conférait cette chevelure brune indisciplinée, tout semblait réfléchi dans l'objectif d'atteindre une sorte de perfection esthétique.

- Alex, je suis désolée de te parler comme ça, mais il va falloir que tu accouches. Tu es bien placé pour savoir que j'ai eu une journée plutôt épuisante.
- D'accord. Mais avant d'aller plus loin, sachez que je n'invente rien, et que vous avez sans doute dit toutes ces choses sous le coup de l'étourdissement.
- OK, OK. Donc?
- Par exemple, vous m'avez dit... Que... Vous aviez envie de moi.
- Quoi? Jamais j'aurais pu dire un truc pareil!

Évidemment oui, j'aurais pu dire un truc pareil. Je me sentais à la fois honteuse et coupable vis-à-vis de Paul. Je le laissai poursuivre afin de savoir jusqu'où j'avais été dans mes délires.

- Pourtant vous l'avez dit. Vous êtes même entrée très en détails sur ce que vous vouliez que nous fassions tous les deux...

Comme d'habitude, je sentis que je devenais pivoine.

- Bon. En admettant que j'aie pu dire ce genre de choses, j'étais de toute façon dans les choux et j'aurais pu dire n'importe quoi d'autre. Le sujet est clos, merci à toi et à bientôt.

Il se leva et se dirigea vers la porte. Je l'accompagnai, il sortit. J'allai refermer lorsqu'il fit soudainement volte-face et m'attrapa par le cou. Il me glissa dans l'oreille:

- Dommage. J'aurais aimé que cela ne soit pas qu'un soi-disant délire de votre part...

Puis, reculant:

- A la rentrée prochaine alors, remettez-vous bien!

Une fois la porte fermée, je m'écroulai au sol, la tête entre les mains, me refaisant le film des dernières heures. J'attrapai soudainement mon portable.

-Allô Paul?

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⏰ Dernière mise à jour : Aug 04, 2015 ⏰

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