XIII. Moi, cougar.

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Je retournai m'asseoir à mon bureau en maugréant.

- Bonjour madame.

Je sursautai. Un jeune homme se tenait à mes côtés. Grand, une tignasse très brune en bataille, la peau dorée et une barbe de trois jours, il me regardait avec toute l'intensité de ses yeux noirs. Quel âge avait-il? Une vingtaine d'année peut-être? On sentait qu'il commençait tout juste à prendre conscience de son (énorme) potentiel sexy. Je fixai bêtement ses lèvres qu'on eût dit gonflées par le désir. Instinctivement, je réfléchis à ma tenue, mon maquillage, ma coiffure. Seule ombre au tableau: il m'avait appelée "madame". Je tentai de me concentrer sur la situation. J'aurais pu passer ma matinée à le contempler ainsi...

-Oui?

Quelle réponse pertinente, étoffée, brillante! Mais j'étais incapable de faire mieux tant qu'il me regardait ainsi.

- Je suis Alex. Votre apprenti en alternance à partir de la rentrée prochaine. Je venais me présenter et vous saluer.

MON apprenti! Il m'appartenait donc? Cette idée me réjouit au plus haut point.

- OK. Je vous fais faire le tour des bureaux pour vous présenter si vous voulez.

Il me suivit. En passant devant Maria, je pris un malin plaisir à ironiser:

- Je vous présente Maria, notre secrétaire. Toujours souriante, elle a un mot sympathique pour chacun d'entre nous tous les matins. Un bonheur de travailler avec elle, vous verrez.

Elle me lançait des regards noirs mais avec une certaine retenue. Sans doute avait-elle peur de réveiller à nouveau la folle en moi.

Puis j'allai le présenter à Bruno.

- Voici Bruno, notre directeur. Je te présente Alex, qui sera notre apprenti à partir de septembre.

Sans un regard, Bruno s'exclama:

- Un apprenti? Ah ben tant mieux! On a un tas de merdes en retard qu'on doit traiter. Tu tombes à pic mon petit. Je ne me souvenais pas avoir dit oui pour accueillir un stagiaire mais j'ai eu une bonne idée finalement.

Maria nous observait méchamment à travers la vitre.  Je fis exprès d'opposer un large sourire charmeur à Bruno et, tout en minaudant, je rectifiai:

- Un apprenti Bruno, pas un stagiaire.
- Ouais OK si tu veux. A plus alors.

Je raccompagnai Alex sur le palier.

- Merci à vous de m'avoir défendu.
- Tu peux me tutoyer. Dans le monde de la pub, tout le monde se tutoie tu sais.

Il me tendit la main. Lorsque je la saisis, ce fut comme une onde de choc qui éclata dans mon ventre. Sa main enveloppait totalement la mienne. J'avais cette impression folle qu'elle était brûlante. Il l'avait prise fermement et semblait de pas vouloir la lâcher. Ces deux secondes me parurent des heures. Je trouvai totalement irrationnel qu'un contact aussi bref et formel qu'une poignée de main puisse me faire cet effet. Je comprendrai plus tard que la rationalité n'aurait de toute façon pas de place dans notre relation.

Tout le reste de la journée, il me fut impossible de me concentrer sur quoi que ce soit d'autre.

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