Chapitre 34 : On trouve toujours un solution

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Je m'élançai dans la noire allée éclairée par ces gigantesques lampadaires silencieux qui s'élançaient presque au-delà des gratte-ciel. J'avais peur de ce qui m'attendait et de l'état dans lequel j'allais retrouver Peter. Des voix parvinrent à mes oreilles.

Je courus dans leur direction et découvrit les deux hommes en costume noir, au milieu d'une allée, leurs lunettes de soleil vissées sur leur nez bossu. L'un d'eux enleva ses lunettes et me fit un sourire. Il avait des cheveux argentés comme si on avait placé des paillettes sur ceux-ci.

-Alice ! Nous t'attendions ! dit-il avec entrain sans quitter son sourire. Je me présente : Ramirez.

-Où est Pan ?

-Suis nous, très chère, s'exclama-t-il avec un sourire narquois pendu aux lèvres.

Les deux hommes passèrent par une porte lugubre qui donnait sur un couloir dont les lumières grésillaient. Une grille était sur notre passage ; l'homme aux cheveux pailletés posa sa main sur un boîtier qui ouvrit la grande herse. Nous passâmes silencieusement à travers celle-ci. Je me posais une seule question : Peter Pan était-il sain et sauf ? Je ne demandai pas aux deux silhouettes menaçantes. Je n'aurais pas eu de réponse réelle, de toute manière.

Nous passâmes devant ce qui ressemblait à des cellules de prison. Wilson m'a appris que les gens en prison sont des personnes mauvaises qui sont enfermées pour avoir commis des meurtres et autres crimes. Mais pourquoi ces personnes qui m'ont pris Pan sont elles en liberté ? Et moi qui croyait que mon monde relevait du chaos, je constate que celui-ci ne vaut pas vraiment mieux.

Il y avait une chaise derrière un bureau en métal au bout du long couloir. Le grand gaillard aux cheveux gris s'assit et commanda à son acolyte de partir. Et son associé partit à l'autre bout du couloir.

-Très chère. Nous connaissons tous deux la raison de ta venue. Tu veux que je te rende Peter Pan, n'est-ce pas ?

-Oui, c'est cela.

-Eh bien, que tes désirs soient des ordres.

Il appuya sur un bouton rouge et un des murs se souleva, laissant place à une cellule bien dissimulée derrière une vitre. Il y avait un garçon chétif et meurtri assis sur un lit, la tête regardant le sol avec une certaine tristesse.

-Peter !

Il leva le regard et ses yeux prirent un tout autre air : ils pétillaient. Il alla du plus vite qu'il put vers la vitre qui nous séparait.

-Oh mon Dieu ! déclarais-je. Que t'ont-ils fait ?

-C'est la procédure, expliqua Ramirez, Pan est un vrai dur à cuire.

-Pourquoi faites vous de telles choses ?

-Eh bien, ma très chère Alice, nous avons besoin d'une arme bien plus forte que toutes celles déjà expérimentées et inventées par l'être humain. Nous avons besoin de lui et de tous tes petits camarades. Nous avons besoin de vos pouvoirs. Alors, petit à petit, nous vous les prenons jusqu'à ce que vous soyez entièrement normaux. Mais je ne garantis pas que dans tous les cas vous sortiez vivants de l'opération

-Vous êtes des monstres ! lui crachais-je.

Il se leva de sa chaise avant de poursuivre son discours des plus déconcertants.

-Vois-tu, lorsque nous t'avons découverte, nous n'avons plus ressenti de quelconque besoin à infliger de querelles à tes amis.

Il prit un air sombre qui me glacera toujours le sang.

-Non, tu es assez puissante pour anéantir la Terre à toi seule. Et c'est ce que je veux ; je veux le chaos le plus total, la nuit la plus sombre que cette Terre n'a jamais connue, une nuit qui n'en finira jamais. Tes pouvoirs tout entiers seront à moi et aussi ceux de ton  Peter Pan.

-Vous ne ferez pas de moi une arme. Je suis Alice. Peut-être ne suis-je pas la vraie, l'héroïne, celle que tout le monde attendait que je sois, mais je suis là, devant vous, et je compte bien faire de ce monde un lieu un peu meilleur.

Je soupira en relevant le menton avant de continuer :

-J'ai traversé les mondes, accumulé les pertes, je suis devenue folle, je suis devenue une personne que jamais je ne pensais être. Et vous savez quoi ? Je sais maintenant pour quelle satanée raison Absolem m'a envoyée au pays Imaginaire. Je sais quel était l'objet de la prophétie. Et je connais la raison pour laquelle il m'a fait don de son coeur pour me sauver la vie. Mais le pays dont je devais débarrasser le chaos mené par un tyran n'est ni le Pays Imaginaire, ni le Pays des merveilles. C'est bien ce monde. C'est ce sort qui m'est réservé. Je vais sauver mes amis. Je vais être une bonne personne, pour une fois dans ma vie. Je vais les sauver de vous. Je veux qu'au moins, eux, retrouvent leur famille parce que je n'ai pas eu cette chance ! Je n'ai jamais connu mes parents et je ne les connaîtrai jamais. Mais cela m'importe peu parce que ma vraie famille, ce sont tous ceux qui m'ont épaulée lorsque j'étais au fond du gouffre. Ces personnes sont celles avec qui j'ai connu mes plus belles péripéties, ceux qui m'ont aimée lorsque je n'étais plus rien qu'un amas de chair dépourvu d'âme, ceux qui ont été présents parce que mes parents, s'ils piétinent encore ce foutu monde, sont des gros lâches de m'avoir abandonnée. J'aurais pu être une gosse normale avec eux mais leur égoïsme extrême leur en a empêché ! C'est pourquoi j'ai une d'offre à vous faire, pour sauver ma famille.

-Quelle est ton offre ?

-Je vous offre mes pouvoirs si vous jurez de laisser mes amis et Peter Pan tranquilles. Il vous faut le renvoyer au Pays Imaginaire.

-Cela me semble être une offre fort intéressante.

-Alice ! Non ! Ne fais pas ça ! Je t'en prie... cria Peter

C'était la toute première fois que Peter pleurait de cette manière. Je me retournai, les yeux humides :

-Il le faut. Tu sais où sont mes amis. Dis-leur que je suis en sécurité et laisse leur un espoir de vivre normalement. Il faut que tu leur mentes en disant que je suis dans un endroit sûr. S'il te plaît.

-Je t'en prie... Trouvons une solution, comme nous le faisons toujours !

-Il n'y a pas d'autre alternative.

-Il doit bien y en avoir une !

Il me fixait de ses yeux maquillés de cernes violettes. Il était à terre, tant il était accablé par mon choix. Je m'assis auprès de lui et colla ma main contre la sienne :

-Pan. Il n'y a rien de plus incroyable que ce qu'il nous est arrivé, ne trouves-tu pas ? Mais voilà, les choses se sont toujours arrangées. Cette fois-ci, je doute que nous deux soyons heureux. Fais en sorte qu'au moins l'un de nous deux le soit. Je fais ça pour toi, je fais ça pour une centaine de gosses qui n'ont plus de famille et qui vivent dans un sous-sol à attendre qu'un nouveau gamin désespéré vienne les rejoindre. Je t'aime comme cela arrive si rarement. Mais n'est-ce pas ça, l'Amour ? Faire des choix qui finiront bien seulement pour la plupart d'entre nous ? Sauve-toi, je t'en prie.

-Je... Je t'aime. Et cela demeurera à jamais, sanglota-t-il. Je ne peux pas te laisser partir de cette manière ! Tu mérites tellement mieux ! Sois heureuse ! Ne me laisse pas, parce que tu es la seule raison qui me pousse à me battre contre la mort !

L'homme assis sur la chaise commanda à deux gros bras de venir me chercher. Ils m'empoignèrent comme une tarée qui arrive à l'asile et me traînèrent au sol.

-Je t'aime Peter Pan... Je t'aimerai toujours. On est des gosses perdus. Pour toujours et à jamais. Et je me souviendrai. Toujours.

Les hommes vêtus de noir me prirent chacun un bras et m'emmenèrent dans les tréfonds du bâtiment. Peter Pan hurlait et je pleurais. Je ne pouvais m'arrêter. Je découvrais ce qu'était un véritable sacrifice. Je ne retournerais plus jamais chez moi au Pays des Merveilles. Je ne toucherais plus jamais la peau de Peter Pan. Mais je servais à quelque chose. En échange d'un serment qui pourrait très bien être vite brisé.

Il n'y a pas d'histoire plus funeste et maussade que celle d'Alice et Pan.

FIN

***
Voilà, c'est terminé. J'espère que cette histoire que j'ai entièrement créée avec mon esprit tordu vous aura plue. Maintenant dites-moi si la fin vous a plu, bien qu'elle soit triste ! (J'ai pleuré un peu en l'écrivant). Notre aventure touche à sa fin ! L'épilogue arrive d'ici quelques jours 😊
Merci 🙏🏻😄

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