Vienne, avril 1898,
Le lieutenant Arpad Ferenczy, séduisant officier Hongrois, est chargé par l'impératrice Elisabeth d'Autriche: Sissi, de ramener d'Angleterre une mystérieuse jeune fille. Qui est en réalité Veronika dont l'existence peut menacer...
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La jeune femme hésita. Arpad n'apprécierait pas de la voir s'éclipser avec le comte, fut-ce pour un court instant. D'autre part, il ne se préoccupait pas d'elle, la dédaignant ostensiblement.
« Pourquoi pas ?" fit-elle.
Elle n'était pas fâchée de fuir l'atmosphère suffocante entretenue par les parfums des femmes, la sueur et la cire de bougie. En comparaison, le vestibule représentait un havre de fraîcheur. Veronika appuya sa joue contre la hanche d'une statue de marbre.
« Ma Vénus, la renseigna Nicolas. Elle vous ressemble un peu avec sa longue chevelure et ses formes épanouies. »
Quelque chose dans sa voix suggéra à Veronika de retourner dans la salle. Elle passa outre. Une double volée de marches permettait d'accéder à une galerie qui faisait le tour du hall. Les tableaux couvraient les murs au point de les cacher tout à fait. Pas de portraits d'ancêtres comme à la Hofburg, mais des toiles de Maître. Le Tintoret, Bruegel, Raphaël et Le Lorrain se côtoyaient. Veronika qui connaissait surtout les peintres anglais écouta les explications de son hôte avec un plaisir manifeste. Ils atteignaient l'angle droit de la galerie quand Nicolas dit d'un ton grave :
« Vos yeux levés vers moi avec cette expression d'adoration me donnent envie de vous embrasser.
— Eh bien ! Faites-le !
Veronika reconnut à peine le son de sa propre voix tant celle-ci était sourde, chargée d'intonations séductrices. Trop de femmes jouent les coquettes, avait déploré Esterhazy. Était-ce le cas en ce moment ? Non, mais son jeune corps affamé d'amour réclamait son dû. Nicolas Esterhazy l'interpréta-t-il de cette façon ? Elle sentit deux bras l'emprisonner, une bouche se poser sur la sienne qui s'entrouvrit pour accueillir le baiser. Une fragrance végétale – vétiver ou cuir de Russie – mélangée à une odeur plus complexe l'enivrait. Elle ferma les yeux et chercha d'instinct à recréer la sensation de plénitude absolue éprouvée lorsqu'Arpad l'avait embrassée. Elle y serait peut-être parvenue si Nicolas n'avait brusquement lâché ses lèvres pour enfouir sa tête entre ses seins. Une langue tiède s'insinua dans le sillon avant de poursuivre sa promenade sur les globes. L'abondante tignasse brune chatouillait sa peau tendre, y faisant naître des frissons à la limite du soutenable. L'illusion vola en éclats quand des mains avides prirent le relais de la bouche. Le décolleté fut abaissé sans souci de déchirer la dentelle qui le bordait. Une fièvre semblait avoir saisi le comte alors que Veronika recouvrait lentement ses esprits.
« Non, je ne veux pas, dit-elle d'un ton ferme, repoussant Nicolas. »
Dieu merci, elle n'était pas une de ces créatures sans muscles qui hantait les salons, mais une vraie fille de la campagne. La vigueur de son geste envoya Nicolas contre le mur. Il la dévisagea, surpris. Elle lut dans son regard de la frustration et en même temps, de l'admiration.
« Vous avez eu raison, dit-il, passant la main dans ses cheveux pour les remettre en ordre. Nos rapports doivent rester au stade amical.