On arrivait déjà en septembre. J'ai fait mes valises et je suis partie m'installer dans une chambre pas loin du lycée. Au début j'appelais Gaby tous les jours, des fois Djamel pour avoir des nouvelles de Mom', qu'il n'avait pas. Puis les appels se sont espacés. J'étais très occupée à jouer la comédie, à travailler comme une malade pour obtenir mon orientation en première, à me refaire des copines, juste des copines, pas des amies comme Gaby. A La Toussaint, je suis rentrée : Gaby avait choisit le week-end d'Halloween pour se marier ; elle disait c'était le bon moment pour se déguiser. Qu'il n'y avait pas plus effrayant que de se marier à 17 ans. Quand on se parlait au téléphone, on se marrait bien.
Gaby avait consenti à se convertir ; pour elle, catholique ou musulman, c'était du pareil au même, le même dieu. Son père était toujours contre ce mariage et il n'avait toujours pas le droit de l'approcher. Elle a choisi l'oncle de Mouloud comme parrain pour l'accompagner à la mairie puis à la mosquée.
La veille elle invita toutes les copines à la cérémonie du henné ; en fait ce n'était rien d'autre qu'une soirée d'enterrement de jeune fille, en plus convivial et plus enfermée, puisque ça se passait dans la maison de la mariée ; en l'occurrence chez les parents de Mouloud. Ils sont allés dormir chez un frère pour nous laisser l'appartement à disposition. Mouloud faisait comme nous : il enterrait sa vie de garçon... mais dans les bars et en boîte, en bon musulman. Bon je dois dire que pour nous aussi, ce ne fut pas très « hallal » : comme la tradition le veut, il y eut bien la coupelle de sucre, et beaucoup d'assiettes de confiserie diverses, les vrais œufs dans le henné, et les faux en chocolat à côté... tout cela pour porter chance, mais il circula quelques bouteilles d'alcool avant de commencer la cérémonie proprement dite. Zohra, une grande cousine de Mouloud était l'artiste chargée de cérémonie. Elle se tenait un peu à l'écart, ne se mêlant pas à nos libations alcooliques et se retira rapidement dans la cuisine pour préparer son matériel.
C'était un peu surréaliste : pas un seul garçon, que des filles sur leur trente et un : coiffées, maquillées, habillées comme pour le mariage... sauf que ce n'était pas encore le mariage et que la robe de ce soir-là Gaby ne la remettrait surtout pas demain ! Et comme les garçons n'étaient pas là, toutes les excentricités que la bienséance interdisaient étaient autorisées : les robes hyper moulantes, hyper sexy, limite pute et quelques gothiques, puisque c'était Halloween, les talons à rallonges, les maquillages façon « pouffe » ou zombie et idem pour les coiffures, les bas à résille déchirés et les décolleté push off avec les seins qui sortaient de la robe... elles étaient graves les filles, mais Gaby avait une magnifique robe verte, façon Scarlett O'Hara ; rien d'oriental... sauf la couleur ! Une parure d'agate était nattée dans ses cheveux noirs et une grosse pierre tombait dans son décolleté généreux. Je dois dire qu'elle était très belle et que c'était d'un étonnant bon goût... par rapport aux autres filles... et les tenues qu'elles arboraient parfois ! Je me suis sentie un peu ailleurs, décalée avec ma robe princesse et mes ballerines, dans cette soirée où les filles papotaient entre elles, oscillant entre chiffons, bijoux et garçons. Par contre quand la cérémonie a commencé, j'ai été scotchée par la beauté des entrelacs de henné, aussi verts, que la robe que l'artiste dessinait. Des lianes de feuilles descendirent de ses bras et s'épanouirent en fleurs sur ses mains. Du même vert assorti à la robe. On m'a dit que le lendemain ils seraient devenus rouges orangés. Un semi de paillettes est venu colorer ses mains en fleurs, terminées par une pose d'ongles scintillants.
Je croyais qu'on allait en finir là mais Gaby a commencé à se déshabiller : d'abord la sur-robe qui laissa apparaître le bustier agencé en plis et dégagea un jupon de dentelle. Une fille se précipita pour délacer le bustier ; sifflements et youyous des copines s'élevèrent et se modulèrent quand elle dégagea lentement ses seins généreux et découvrit son ventre rond. Le jupon glissa sur ses hanches révélant une espèce de jupe en arceau plastique qui avait pour but de donner l'ampleur à la robe. Cet objet incongru cassa la magie de ce déshabillage par son ridicule agencement. On voyait sous la cage plastique ses grosses fesses déborder d'une petite culotte blanche et ses larges cuisses prises dans des bas blancs. Gaby nous expliqua qu'elle voulait faire un cadeau à son futur mari : Quand elle se fut libérée de sa cage, Zohra se pencha sur son nombril. Un buisson naquit sous son pinceau qui jeta de longues branches sinueuses vers les seins, s'enroulant autour des tétons bruns qui se transformèrent en fleurs provocantes ; des paillettes argentées furent posée sur chacun imitant un givre sur les fleurs. Une liane descendit vers le sexe et se perdit dans la forêt pubienne en une pluie scintillante d'or et d'argent tandis que deux branches s'enroulaient autour de ses hanches s'attardant autour des fossettes des reins en un semis multicolore et descendaient vers ses fesses pour se perdent dans l'ombre de leur fente.

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Mom' pour la vie
RomansaEléna a quinze ans quand commence son histoire. C'est la rentrée. Dans la cour du lycée, les yeux de toutes les filles sont braqués sur Mohamed, dit Mom'. Le thème du passage de l'adolescence est traité avec beaucoup de justesse. La vulnérabilité...