Je m'appelle Ludovic et je suis un Invalide.
J'étais un adolescent extraordinairement ordinaire à l'époque.
J'avais des amis, une famille et beaucoup d'amour ... je n'en restais pas moins naïf et imprudent. Et cette naïveté et cette imprudence m'ont...
Oups ! Cette image n'est pas conforme à nos directives de contenu. Afin de continuer la publication, veuillez la retirer ou mettre en ligne une autre image.
LUDOVIC
— Bienvenu à la maison, mon chéri, dit ma mère en ouvrant la porte de la maison de manière solennel.
J'avance jusqu'à l'intérieur et je m'arrête au milieu du salon pour analyser l'endroit. Ces murs, ces meubles ... ils me dégoûtent.
Nous sommes le 21 octobre 2017, et depuis un peu plus d'une semaine, je vis avec ma mère. Lorsque je suis entré dans la maison où j'ai fait mes premiers et derniers pas, je n'imaginais pas que ça me ferait autant ... autant rien. Ça ne me fait rien. Joie ? Appréhension ? Excitation ? Non, rien du tout. Cette baraque est un mixte de « normalité » et d'hôpital déguisé. Ma chambre n'est plus ma chambre. Ma chambre pourrait carrément porter un numéro sur sa porte tant elle ressemble à celle que j'avais à Colombe. Mon lit est le même qu'en enfer. Un vieux lit pourri d'hôpital, avec le triangle inutile qui pend au-dessus du coussin.
Pendant la semaine, ma mère a eu droit à toute une formation pour s'en sortir son boulet de fils. Pascale, mon infirmière à domicile, viendra l'épauler pour quelques tâches. Il paraît qu'elle est cool, d'après les gens du Centre.
— Je ne veux plus dormir dans ma chambre, dis-je à ma mère qui me lave dans notre nouvelle douche toute équipée pour l'handicapé que j'suis.
— Mais pourtant tu l'adorais avant ... songe-t-elle à voix haute.
— Oui, je l'adorais, reprends-je. Je l'adorais avant, avant que ma vie devienne de la merde.
— Ludovic, parles mieux s'il te plaît. Elle n'a pas changé tant que ça ... même si j'ai l'impression que certains objets ont disparu à l'intérieur ...
— On dirait la chambre où mamie est morte il y a trois ans, rétorqué-je. Les draps puent la grand-mère crevée.
— Hey, Ludovic ! me réprimande-t-elle en me donnant une petite tape sur le crâne.
— Arrête de faire comme si tu étais touchée, maman ... tu t'en fous de ta mère ! m'exclamé-je.
— Et toi, tu t'en fous de ta mère ? s'indigne-t-elle.
Je soupire et pendant les quelques secondes où je me tais ... je me mets à pleurer subitement.
— Ça va être ça ma vie, maman ... ?
Mes larmes sont un signal d'alarme pour elle, alors elle coupe l'eau et se met devant moi, me prend les mains en descendant sur ses genoux.
— Non, non, non ... hey, calme-toi, mon chéri ... calme-toi ...
Je pose ma tête contre le mur de la douche et je pleure. J'évacue la frustration et la peur devant ma mère. Elle est totalement impuissante, car personne ne peut vous faire suivre une formation pour pallier à ça. La dépression atypique, c'est être heureux de rentrer chez soi avant de constater que ce chez-soi n'existe plus, et c'est ravageur. Ma mère prend ma tête entre ses mains et me murmure.