— Ça ne me concerne pas.
— Tu l'as déjà dit. Et je t'ai déjà répondu : « oui, je sais ».
— Alors dans ce cas, pourquoi viens-tu me harceler sur mon propre territoire avec ton gorille armé jusqu'aux dents ?
Le commandant Warrius Zero ferma les yeux et se força à inspirer calmement. Nom de Dieu, quand ce foutu pirate avait décidé de ne pas comprendre, il ne faisait pas les choses à moitié ! En face de lui, bras croisés, Harlock affichait une expression butée de nature à décourager toute velléité de poursuivre le dialogue. Zero n'était cependant pas décidé à lâcher l'affaire aussi facilement. Il en avait vu d'autres, et il était hors de question qu'il se soit déplacé pour rien, pirate têtu ou non.
Un peu en retrait, Grenadier foudroyait le pirate du regard. Le mercenaire avait modérément apprécié le qualificatif de « gorille » et semblait prêt à appliquer la stratégie qu'il avait exposée à Zero peu avant leur rencontre avec Harlock (« Je le ceinture, je le menotte, on l'embarque, et vous allez voir qu'il va nous filer un coup de main, commandant. »). Tant qu'à faire, Warrius préférait ne pas avoir à en arriver là, d'autant qu'il doutait que la méthode soit efficace – on parlait d'Harlock, tout de même.
— Je te l'ai déjà dit aussi, répéta le commandant terrien pour la... au moins troisième fois, si ce n'était la quatrième. Je suis en mission, je suis, comme tu l'as fait remarquer, « sur ton territoire », je tiens à rester discret, je n'allais pas descendre ici avec toute une escouade et j'ai donc besoin de l'aide de quelqu'un qui connaît bien le milieu.
Harlock renifla avec dédain.
— Discret ? ricana-t-il. Tu n'es pas discret. L'armoire à glace qui t'accompagne n'est pas discrète. Et... – Harlock fit un geste agacé vers le comptoir du bar, au-dessus duquel s'étalait, outre une belle collection de bouteilles suspectes, les avis de recherche des hors-la-loi les plus cotés du moment (dont le sien, à la meilleure place) – ... je ne suis pas discret !
— Tu le seras encore moins si tu t'emportes, constata Zero, peu impressionné.
Ce n'était pas non plus comme si Harlock craignait de se faire arrêter ici, hein... La planète échappait depuis toujours à tout contrôle. Elle s'était développée en totale anarchie, sans qu'aucun gouvernement, aucune administration, aucune armée, aucune force de police ne parvienne jamais à y prendre racine. Royaume des mafias, des cartels et des gangs de toutes sortes, l'endroit était tellement mal famé que même les chasseurs de primes qui travaillaient habituellement avec le gouvernement indépendant terrien rechignaient à s'y rendre (c'était la raison pour laquelle Zero avait dû écumer lui-même une bonne douzaine de bars putrides avant de trouver celui que fréquentait Harlock, d'ailleurs), et le capitaine du Death Shadow jouissait d'une réputation suffisamment solide pour qu'aucun imbécile ne se risque à le provoquer.
— N'empêche que si tu cherches un indic, je ne suis pas la meilleure personne pour te renseigner, grogna Harlock, le visage fermé.
— Je n'ai pas besoin de renseignements, répondit Zero. Je les ai déjà. En revanche, j'ai besoin de l'avis d'un expert pour approcher le gars que je suis venu chercher.
Harlock se renversa sur sa chaise avec une grimace dégoûtée.
— Ouais, ouais... lâcha-t-il à contrecœur. Bennie Boy Hitman, dit « l'Empaleur de Carthage ». Du gros poisson. Pas mes affaires. Du tout. Rien à voir avec ce type.
— Je ne te demande pas de faire affaire avec lui, juste de me dire comment l'approcher, rétorqua Zero. Son QG est fortifié, gardé jour et nuit par une petite armée personnelle, nous nous sommes cassé les dents sur le cryptage de son réseau informatique et il semble qu'il ne sorte jamais de chez lui.
— Oh, non... Il a largement de quoi s'occuper à l'intérieur... murmura Harlock distraitement.
VOUS LISEZ
Anecdotes interstellaires
FanfictionLa vie à bord de l'Arcadia est loin d'être une partie de plaisir tous les jours. Traqué par la majorité des forces armées galactiques, qu'elles soient illumidas, mécanoïdes, ou qu'il s'agisse de mercenaires opportunistes, le vaisseau pirate est plon...
