3. Désillusion

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Je me lève, la balancelle sur laquelle j'étais assise se cogne violemment contre le mur derrière.

« -QUOI ?, je suis révoltée, mais c'est quoi encore comme blague, on est pourtant pas le 1er avril que je sache ! »

Mes yeux violets flamboient, je le sais, quand je suis surpassée par les émotions c'est ce qui me trahit.

« -Vi',commence ma mère, ne t'énerves pas comme ça.

- Que je ne m'énerve pas? Comment voulez-vous que je le prenne bien ? Je vais entrer en terminale avec ma meilleure amie, c'est sensé être la plus belle année de ma vie, c'est surtout ma dernière année en tant qu'humaine, les nerfs lâchent, mes yeux me brulent je ne vais pas tarder à pleurer, je vous DÉTESTE. hurlais-je. »

Ma mère tente de me retenir par le bras mais je le tire sèchement. Je m'enfuis dans la forêt dont ils viennent en les prévenant dans ma course, que c'est eux qui devront l'annoncer aux jumeaux!

Je cours le plus vite que je le peux, malgré ma vitesse phénoménale, les moindres détails de ce qui m'entoure m'apparaissent clair comme de l'eau de roche. Je ne sens pas les branches, qui me fouettent, je ne sens pas la pluie qui commencent à tomber au dessus de la cime des arbres.

Je finis par m'arrêter, pas par épuisement mais juste parce que je suis lasse, des heures que je cours sans but précis, juste avec la rage au ventre comme moteur. Dans la nuit noire j'entends tout, les petits animaux nocturnes qui détalent sur le sous bois, le hululement d'une chouette, le battement des ailes d'une bande de chauve souris. Tout cela m'apaise bien plus que la course que je viens de faire.

Sans préavis je m'affale par terre, la tête entre les genoux. Mes larmes se sont taries, mes yeux sont rouges et gonflés, mon nez ne coule plus. Je ne suis plus que consternée et déprimée.
Adieu mon année de rêve, adieu l'équipe de cheering, adieu magnifique forêt, adieu à tous les lieux que je connais depuis toujours...

Maintenant je ne sais plus à quoi m'attendre. Devrons-nous nous cacher ? Me ferai-je à un nouveau lycée ? Retrouverai-je des amis aussi incroyable qu'ici ? Rien que de penser à devoir faire mes cartons je suis désespérée!

Est-ce que l'on déménage pour toujours? Non impossible.
Mais alors pour combien de temps? Un mois, 6... un an ??

Est ce que je pourrais aller au lycée ? Si ça se trouve on déménage à perpète les olivettes. Si ça se trouve on va aller en ville, le cauchemar ! Du béton partout sans animaux nul part. Ou pire une ville ensoleillée du Sud ! OH MY GOD ! Non, non, NON ! Je ne veux pas vivre seulement la nuit. J'en mourrais.
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Je ne sais pas quelle heure il est, sûrement tard dans la soirée voir même le début de la nuit.

«- Pfooou. »

Je ne suis pas plus avancée qu'auparavant. Si je veux des réponses, il va bien falloir que je retrouve les traitres : mes parents.

C'est le cœur en berne, le moral à zéro mais avec un brin d'espoir en tête que je me remets en chemin, je ne me presse pas, je suis la piste que j'ai laissé à l'aller. Finalement j'ai plus tourné en rond qu'autre chose, en moins d'une heure, j'entrevois déjà les lumières vives de la maison.

Je goutte sur le sol, les habits trempés et collés au corps. J'ai les cheveux tels un chaton mouillé et les yeux tels un panda. J'entre par la baie vitrée de la terrasse. Mes chaussures pleines d'eau elles aussi, couinent de façon agaçante sur le parquet. Personne dans la maison ne peut louper que je suis de retour, d'ailleurs ma chère Iris n'attend même pas que je referme derrière moi pour s'accrocher à moi comme une moule à un rocher.

Je la réconforte, mais moi même je suis bouleversée, toutes les deux nous nous faisions une joie d'être ensemble au lycée, j'avais même réussi à convaincre Aaron que ça aller être cool d'être tout les trois dans le même établissement.
Iris dans mes bras je lui caresse ses longs cheveux tendrement alors qu'elle sanglote silencieusement.

« -chuuut ma puce, ne t'inquiète pas.. lui chuchotai-je »

Elle renifle disgracieusement, mais même en pleure elle est magnifique. Iris finit par descendre et cherche du réconfort avec Aaron, il a toujours était très tendre avec elle.

« - alors c'est vrai ? On s'en va ? me demande-t-il.

- désolé Aaron je n'en sais pas plus que toi sur ce coup là

- rooh font chier, ronchonne mon frère.

- je vais leur demander de s'expliquer. Je te tiens au courant, lui dis-je en ébouriffant ses cheveux noirs

- eh mais stop, arrêtes tu vas me décoiffer !

- je crois que c'est trop tard beau gosse, ricane Iris.»

Ça y est Iris retrouve le sourire, son jumeau a compris mon subterfuge et se détend. Pour ma part c'est d'une démarche assurée malgré mon allure de chaton battu que je retrouve papa et maman dans la cuisine. 

Ils m'ont entendu arrivé, je les vois tous les deux adossés au plan de travail inutile, les bras croisés, les yeux déterminés.

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