Je suis frustrée de ne pas avoir écrit, depuis si longtemps. Et je suis frustrée d'écrire ce soir. J'ai mille choses en tête et c'est étouffant. Je me sens brûler mais j'ai tellement froid. J'ai trop de choses à dire, à défaut de ne savoir par où commencer, je finirai par me taire.
Est-ce que tout est destiné à finir en feu ? Tout le temps, sans aucune autre alternative, sans autre chemin divergeant ? Est-ce que c'est comme ça que ça fonctionne, avec un début et une fin triste ? Est-ce que tout fait parti de ce cercle infernal sans fin, qui dure depuis toujours et pour toujours ? Est-ce que... c'est une fatalité ? Est-ce qu'un rayon de lumière, aussi infime qu'il puisse être, se transformera inévitablement en rien ? En plus rien. Est-ce que c'est vraiment ça ? Et est-ce vraiment comme ça qu'on est sensé vivre et survivre et se consumer ? Et le noir et le blanc ne seraient-ils finalement pas que la même et unique couleur ? Et est-ce que ce qui nous fait vivre ne serait pas ce qui nous fait mourir ? Est-ce que cet oxygène qui nous semble indispensable ne serait pas notre poison qui nous maintiendrait dans cette vie sans sens ni but ? Est-ce que ça ne serait pas plus beau après ? Plus doux, plus chaud, plus agréable, plus fort. Même s'il n'y avait rien ? Est-ce que ce ne serait pas ça, la vraie douceur ? L' « après ». Je rêvais d'étincelles, de vibrations et de chaleur, mais si tout vient à disparaître, si tout n'est qu'éphémère, alors à quoi bon au final ? Pourquoi nous battons nous ? On construit pour que le temps détruise. On donne pour que ça ne soit que perdu. Et même, hors mis individuellement parlant mais en tant qu'espèce, en tant que groupe vivant et existant, qu'apportons-nous de positif à ce monde ? À la planète sur laquelle nous vivons ? Aux autres formes de vies existantes ? Quelle trace laisse nous à part du négatif ? N'y aurait-il pas que de plus belles choses sans nous, si nous n'avions jamais commencé à exister ?
J'ai la tête qui tourne, la gorge sèche et les yeux qui ne pleureront pas. Malgré tout, j'ai le bout des doigts qui crépite, avec quelques frissons. Comment fait-on pour respirer déjà ? Ou alors c'est peut-être ça qui me donne le faux sentiment de douleur. Ou le surplus de ce soir. Ou les pensées. Ou n'importe quoi d'autre, après tout, pourquoi pas.
Ça aurait probablement été une jolie fin, ou une comme je les aime du moins. Mais j'ai pris goût. J'ai envie d'écrire tant qu'il y a des mots et de la douleur. Après tout, qui sait combien de temps ça durera. Qu'est-ce que c'est dur de parler, d'écrire, d'exprimer. J'ai l'impression que ça ravive un peu plus le brasier. Quel joli mot, brasier. C'est difficile de trouver les mots, des adaptés et qui traduiraient au mieux ce qu'il y a vraiment. C'est frustrant aussi ça, les mots le sont également. Quand est-ce que la vie a-t-elle commencé à me paraître plus angoissante que... la « non vie » ? A quand une soirée autour d'un feu, sans trop de vêtements, sans trop de vent ? Quand est-ce que ça a cessé de briller dans les yeux ? Ou quand est-ce que ça a commencé à de nouveau aller mieux ? Est-ce qu'il existe quelqu'un qui sera là, à qui je dirai tout ça comme ça viendra, plutôt que l'écrire pour moi même ? Est-ce que ça représente vraiment quelque chose, pour moi ou pas ? Et puis, quand est-ce que c'est redevenu compliqué les autres ? Ah oui. Le fameux possible cercle. Puis tu te remets à me manquer mais je préfère ne pas y penser, évidemment. Qui pour une soirée sous la flotte avec un liquide quelconque qui aura pris l'eau ? Et à quand ! Et si ce que je disais était vrai et qu'il n'y avait donc aucune importance, alors à quand la liberté, la folie ? Où es-tu, mon ma fou ? À quand prenons-nous la voiture ou n'importe quel moyen de transport pour partir où le vent nous guidera ? La tête est ronde, on ne peut que retomber sur nos pas. Retomber n'est pas choisi n'importe comment. Suis-je la seule à faire encore attention aux mots ? Emmenez moi au fond des bois, crier et pleurer tout ce que j'ai. Faites que mes larmes fassent pousser des arbres, des montagnes. Creusez mon corps pour enlever ce mal. Fondez moi à la terre, au ciel, à l'eau. Faites de mon corps des cendres ayant animé le plus beau brasier que vous n'ayez connu. Ne pleurez pas mon départ mais considérez le comme mon plus beau cadeau. Et faites que je ne sois pas un phœnix. Boumboum boum. Écran de préveille. C'est le premier moment où je m'arrête non pas pour chercher un mot mais quoi dire. Tout venait si naturellement. Black-out, je me suis perdue un instant. Des étincelles. Avez-vous déjà effleuré la peau de quelqu'un d'autre ? Concentrés uniquement sur ce contact qui n'est presque qu'imaginaire. Un mouvement léger, lent. C'est une des plus belles sensations physiques qui m'a été donné de ressentir. Suis-je la seule à faire encore attention aux détails ? À me souvenir de paroles insignifiantes. Parfois j'effleure ma propre main, naïvement j'essaie de retrouver les étincelles. Ahaha dois-je me sentir obligée de dire que ça ne marche pas ? Combien de temps cela fait que je n'ai pas écouté un autre cœur battre, près de mon oreille ? C'est soit très apaisant, soit extrêmement douloureux. Parfois les deux en même temps. Suis-je folle ? Je m'y sens un peu ce soir. Heureusement que j'étais frustrée d'écrire ! Est-ce que je cherche une fin ? Ou une façon grotesque de terminer. Ou peut-être pas après tout. Je pourrai passer jusqu'au matin à écrire des mots que personne ne comprendra sûrement, quand bien même quelqu'un les lira. Ça ne m'apporte rien, certes, mais qu'est-ce que ça me retire ? Quelques heures d'un sommeil rattrapable. Qui lui même ne m'apporte pas grand chose en soit. Regardez l'heure ! Hop, vieux souvenir. Fin de parenthèse. Je pensais à quelque chose mais c'est parti. Dommage. J'allais dire quelque chose de stupide. Dommage aussi, ou tant pis. Ma façon d'écrire a changé, non ? Paranoïa. Deuxième joli mot. Une paranoïa dans un brasier n'a aucun sens, ni aucune beauté. Mais un brasier dans une paranoïa... J'ai été triste quand j'ai appris que le bleu de l'eau n'était que le reflet du ciel. Est-ce vrai, au moins ? Je m'en fiche. Comment fait-on pour parler ? Parfois je me dis que ça aurait peut-être été plus facile si j'étais née muette, ou si j'avais perdu ma langue. Quoi que, je n'aurais pas pu prononcer de jolis mots. Mais ça n'aurait pas forcément été plus facile de mettre des mots. Est-ce que je tourne en rond ? Ils se deviennent compliqués d'ailleurs. Je me sens un peu plus creuse. J'ai des notes et des souffles. Qui pour les mélanger aux siens ? Pas de leçon de moral, des mots maladroitement choisi pour partager quelque chose.
Des heures dans la nuit du premier au 2 mars 2019.
