33. Séquestration.

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Chapitre 33 : Séquestration

Un mois.

Le pire était l'ennui. Inévitable, puissant, envahissant. L'ennui rongeait tout. Dans une cellule pourvue de seulement un lit, une chaise et un minuscule cabinet de toilette, il n'y avait rien à faire, en particulier quand lesdits murs étaient imprégnés d'argent. Cela l'obligeait à rester au centre de la pièce un maximum de temps et donc limitait ses déplacements déjà peu possibles vu la restriction de la place. Il y avait bien le journal et les pamphlets habillement dissimulés à l'intérieur, mais très vite, Harry les connaissait par cœur.

Il n'y avait aucun moyen de savoir depuis combien de temps il était enfermé. Aucun repaire temporel, si ce n'est les trois repas par jour et le roulement des gardiens, mais rien ne lui prouvait que cela n'était pas subtilement prolongé. Il tentait de s'orienter grâce à la gazette et aux nombres de repas, et il était affligé de constater que cela ne faisait qu'environ 1 mois et 2 semaines qu'il était enfermé. Une petite voix négative persiflait alors: "Plus que 10 mois et 2 semaines". Cette petite voix négative amplifiait sa rage d'être enfermé et sa douleur d'être séparé de Draco et il tentait de l'ignorer, de la faire taire, mais cela devenait de plus en plus difficile au fur et à mesure que son emprisonnement perdurait.

Il avait eu la visite d'Alrick après une semaine d'incarcération, contrairement aux deux jours promis. Ce recul dans l'horaire prévu par le calice lui avait déjà signifié qu'il ne sortirait pas après trois mois, comme l'avait annoncé l'avocat. Il avait un air sombre alors que lui et un représentant officiel de l'accusation s'étaient présentés pour prendre son témoignage. Chacun y était allé de sa kyrielle de question et Harry avait répondu en toute honnêteté. Il n'avait pas eu l'impression de mentir une seule fois en tout cas, mais après le départ d'Alrick à tête reposée, il se rendit compte que le mythomane professionnel avait si bien orienté ses questions que, sans toutefois paraître en être totalement fan, Harry n'avait fait que complimenter Lucius Malfoy.

Nul doute après cette démonstration de manipulation qu'Alrick parviendrait à ses fins, mais quand... Harry l'ignorait et son impatience n'en était pas ravie.

La première pleine lune en solitaire avait été une torture. Harry comprenait maintenant l'importance cruciale d'avoir un alpha pour l'aider à passer ce cap et il nourrissait envers Remus un certain respect. Comment l'homme avait-il pu souffrir ainsi chaque mois depuis son enfance, cela dépassait l'entendement. Harry savait par avance qu'il n'aurait pas tenu: il aurait juré allégeance au premier alpha de passage pour cesser cette torture indescriptible. La transformation en elle-même avait été atroce, bien plus pénible qu'à l'habitude, mais surtout l'entente générale qu'il avait avec son loup avait semblé s'effacer. Quand la créature avait compris qu'elle était séquestrée dans une pièce aux murs d'argent, loin de se calmer, elle avait simplement disjoncté: elle avait tenté de griffer les murs, avait mordu les barreaux devant la porte, couru en cercle à s'en épuiser... Quand Harry s'était réveillé le lendemain, ses pieds et ses mains étaient en sang, sa bouche et ses dents douloureuses d'un acharnement totalement inutile.

Il avait reçu quelques soins, heureusement, de la part d'un médicomage acariâtre et à peine concerné. Si ses plaies étaient maintenant refermées, cela s'était fait lentement, bien plus que nécessaire. Harry s'était suffisamment blessé par le passé que pour savoir reconnaître un soin efficace d'une pratique médicale bâclée. Il était certes prisonnier, certes un loup-garou, mais il avait au moins espéré que son dernier service rendu à la communauté sorcière eut été important. L'impression de n'être finalement qu'un moyen pour une fin lui fut insufflée avec puissance et il commença à se demander si cette incarcération n'était pas plutôt un moyen détourné de se débarrasser de lui, le temps que les politiciens rassemblent les quelques miettes de pouvoir qu'ils pouvaient glaner dans cette reconstruction ministérielle surgissant après la guerre.

Alpha potentielOù les histoires vivent. Découvrez maintenant