Point de vue de Rayan
J'arrive toujours pas à y croire. Trois mois. Trois putains de mois.
Et j'ai toujours cette boule dans la gorge.
Cette douleur qui remonte sans prévenir dès que je ferme les yeux. Dès que j'entends son prénom. Dès que je reviens dans ce quartier qui pue l'absence.
J'ai pleuré. J'ai hurlé. J'ai cogné contre tout et n'importe quoi. Mais rien ne ramène Mira.
Je crois que j'ai jamais autant pleuré de toute ma vie.
Je pleurais en silence les premières nuits, la tête contre mon oreiller, comme un gosse, sans pouvoir m'arrêter.
Puis j'ai pleuré debout, devant le miroir, en me regardant sans comprendre comment j'avais pu la laisser partir.
Et surtout, sans jamais lui avoir dit à quel point je l'aimais cette petite conne.
C'était ma sœur. Ma petite sœur. Et même si je passais mon temps à la tailler, à la faire chier, à me moquer d'elle...
Putain ce que je l'aimais.
Je l'aimais fort. Sans limites. Comme un grand frère qui veut tout affronter à sa place.
Mais j'ai échoué. J'ai été là sans être là. Je l'ai protégée, mais jamais assez.
Je l'ai vue souffrir à cause de notre père, à cause de Tarik, à cause du monde entier. Et j'ai rien pu faire.
Et le pire dans tout ça ?
C'est que je l'ai perdue sans lui dire adieu.
Aya aussi est brisée. On essaie de se soutenir, on se raccroche l'un à l'autre comme deux survivants après un naufrage.
Mais c'est pas pareil. Aya, elle l'aimait comme une sœur.
Moi... moi, c'était ma sœur. Mon sang. Ma vie. Mon passé. Mon enfance.
J'ai pas réussi à appeler ma mère.
Moi, Rayan, celui qui porte ses couilles dans toutes les situations, j'ai pas été foutu de lui annoncer que sa fille était morte.
J'ai juste pas eu la force.
Je me suis barré de la maison. Tous les souvenirs me tuaient à petit feu.
Sa voix qui résonnait dans le couloir. Ses fringues qui traînaient dans le salon.
Son odeur qui traine encore dans l'air et surtout dans sa chambre.
Même les gars, je les reconnais plus.
Personne n'ose passer devant l'endroit où elle s'est effondrée. C'est comme une zone fantôme. Un cimetière invisible.
On baisse tous les yeux quand on en parle. On évite le sujet. Mais ça plane partout.
Nabil, lui, a arrêté de vivre. Il fume toute la journée, assis sur les marches, la tête baissée, répétant que c'est de sa faute.
Il dit qu'il aurait dû crever à sa place. Et franchement, je sais qu'il le pense vraiment.
Mais même s'il était mort à sa place... ça n'aurait rien changé.
Parce que Mira, elle aurait détesté vivre en sachant ça.
Et Tarik...
Y a même pas de mots.
Il parle plus. Depuis trois mois, pas un mot. Rien.
Il fume, il regarde dans le vide, il dort à peine, il mange plus.
On dirait un fantôme. Un putain de spectre qui hante encore les lieux.
Même quand son père est venu, même quand René s'est pointé par surprise, prêt à serrer son fils dans ses bras...
Tarik a pas levé les yeux. Pas un regard. Juste du vide. De la haine. Du silence.
Nabil a essayé d'expliquer à René, et il a compris. Il a dit qu'il allait lui laisser le temps de cicatriser.
Mais moi je sais. Je sais qu'il cicatrisera jamais. Parce que moi non plus.
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23h.
Toujours ce foutu hall. Toujours les mêmes visages fatigués.
Et toujours Tarik dans son coin, silencieux, en train de tirer sur son cinquième joint.
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Tarik & Mira - Pnl
AksiElle, renfermée et triste Lui, renfermé et haineux La tristesse et la haine peuvent créer l'amour ?? Tarik et Mira....
