Point de vue de Mira
Dès que j'ai fermé la portière du taxi, que les roues se sont mises à rouler en direction de l'aéroport, j'ai pleuré toutes les larmes de mon corps.
Pas discrètement. Pas dignement.
J'ai pleuré comme une gosse qu'on arrache à ce qu'elle connaît, à ce qu'elle aime.
Mais cette fois, c'est différent. Je ne fuis pas.
Je pars. Pour moi.
Et pourtant, même si j'ai pris cette décision en conscience, même si je sais que c'est ce qu'il faut, je me sens vide.
Je suis seule.
Seule, dans un pays qui ne me ressemble pas, qui ne me connaît pas, et que moi non plus je ne connais pas.
New York, c'est impressionnant, bruyant, étourdissant. Tout va trop vite.
Et moi ? Moi je suis juste une étrangère avec une valise, un accent et un stage.
Ça fait une petite semaine que je suis ici. Juste une semaine.
Et pourtant j'ai l'impression que ça fait déjà des mois.
Les premiers jours, je me suis effondrée chaque soir. Je faisais semblant que ça allait dans mes appels avec les gars, avec Aya, avec Rayan.
Mais dès que je raccrochais ? Silence. Vide. Chaleur étrangère d'un petit studio impersonnel.
Et cette sensation de n'appartenir à rien.
J'ai dû apprendre à me taire parce que mon accent me trahit, parce que même quand je parle bien, ils le remarquent.
Je me suis surprise à éviter les longues phrases, à répéter en boucle des expressions toutes faites, des "I see", "that's cool", "sure".
Comme si parler trop, c'était prendre le risque de leur rappeler que je ne suis pas d'ici.
Que je suis différente.
Heureusement, Rayan m'avait toujours forcée à bosser mon anglais. Il m'insultait moitié en anglais depuis qu'on avait treize ans, donc bon... merci Rayan, je suppose.
Mais même en comprenant tout, même en m'exprimant sans faute, ce n'est pas ma langue.
Ça ne sera jamais ma langue.
En arabe, je peux pleurer en parlant. Je peux faire de l'ironie. En français de même.
Je peux exprimer ce que je ressens sans y réfléchir.
Ici ? Ici je dois chercher mes mots. Et parfois, je me perds en les cherchant.
Je me suis retrouvée à marcher dans la rue un soir, entourée de gens, de lumières, de klaxons, et pourtant plus seule que je ne l'ai jamais été.
Et dans ma tête, je me disais juste : "Personne ici ne me connaît. Personne ne m'attend. Personne ne sait qui je suis."
Je leur parle tous les jours. C'est mon petit rituel. Je les appelle en visio pour entendre leurs voix, voir leurs conneries.
Et même si je ris, même si ça fait du bien... il y a toujours une case vide sur mon écran.
Tarik n'est jamais là.
Ils disent qu'il dort ou qu'il est sorti mais je sais très bien ce qu'il fait : il m'évite.
Et franchement ? Ça fait mal.
Pas parce qu'il me manque — enfin si, il me manque — mais parce que c'est toujours moi qui me casse la gueule pour des gens qui, au fond, ne savent pas aimer sans fuir.
Et moi ? J'en peux plus de courir derrière des fantômes.
Le stage se passe bien, en vrai. Enfin... bien dans le sens où je ne fais pas de bourdes.
Ils sont gentils. Certains même adorables.
Mais ils parlent vite, ils rient de références que je ne comprends pas. Et surtout, ils trouvent encore drôle de me sortir des conneries du genre :
"Oh la la... Oui oui, baguette !"
"C'est comme ça qu'on fait à Paris, hein ?"
"You French girls are so chic!"
Je souris. Je ris parfois. Je fais genre. Mais à l'intérieur, ça me gratte. Parce que je suis pas française.
Pas vraiment ou du moins pas comme eux l'imaginent.
Et en même temps, je suis certainement pas américaine non plus.
Je suis ce mélange qu'aucune case ne sait nommer.
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Tarik & Mira - Pnl
AksiElle, renfermée et triste Lui, renfermé et haineux La tristesse et la haine peuvent créer l'amour ?? Tarik et Mira....
