4

27 2 11
                                        

Cela fait 3 mois depuis que Georges et moi vivons ensemble. J'ai pu être employée à la banque comme comptable. Quant à lui, il travaille dans un garage comme mécanicien, lieu qu'il dit être très éloigné du quartier. Réservé et toujours renfermé sur lui-même, Il ne veut non plus que je cherche à savoir où c'est. Ce sont ses affaires, je n'ai nullement le droit de m'emmêler. Je ne veux
pas m'imposer aussi rapidement. Du moment que ça n'ait aucun impact sur notre mariage, j'accepte
les décisions qu'il prend. Je le comprends. Je fais tout mon possible pour le comprendre. Certaines fois, je vais jusqu'à me demander si je ne manque pas à mon devoir de femme. Certes, je lui accorde toute mon attention mais je vois bien que ce n'est pas suffisant. Nous nous sommes
peut-être mariés trop jeunes. Ah! Je ne sais pas. Je ne sais plus. Georges est tellement sensible! Si je n'étais pas sa femme ou si je ne le connaissais pas avant, j'aurais pensé qu'il est méchant, qu'il ne
respecte pas les femmes. Chacun manifeste son amour à sa manière. Des fois, il est tendre, gentil,
attentionné, romantique. Cependant, il ne suffit que d'une simple erreur ou d'une mauvaise journée pour qu'il n'ait plus sa bonne humeur. Une bonne femme, je pense, une femme amoureuse est celle qui accepte tout et qui est prête à tout pour sauver son mariage. Et je suis cette femme-là. Pour rester avec lui, je saurai faire de ma raison une serpillère. Je saurai me taire lorsqu'il lui faudra parler. Je ferai de l'impossible la facilité. Je
suis une guerrière amoureuse. Je le suis pour mon mari. Je le suis pour Georges. Nous avons nos défauts et nos qualités. Ce qui fait vraiment la force d'un couple c'est cette
complicité que nous partageons. Aimer c'est non seulement savoir remplir son sac des diamants de
l'autre mais tout aussi accepter de se blesser contre les pierres qui se trouvent sur son chemin. Je
n'ai point peur de me blesser pour Georges, encore moins de blesser autrui pour lui.

***

J'essaye par tous les moyens de faire plaisir à mon mari. J'exécute ses moindres désirs, me rends
disponible lorsqu'il a besoin de moi. Je sais qu'il a toujours été taciturne mais j'espérais que notre mariage le changerait, qu'il serait un peu plus ouvert avec moi, me parlerait de sa famille. Le douloureux souvenir que mes parents l'aient rejeté me donnait l'envie de connaître les siens, je
pensais chercher le réconfort perdu chez ma mère en ma belle-mère dont malheureusement Georges m'a évité la connaissance. Peut-être que c'est de ce manque dont il souffre. Il ne mentionne jamais son nom dans nos conversations. Je veux savoir pourquoi, je veux me rendre utile, faire plaisir à mon mari, le rapprocher de sa famille s'ils avaient des différends.

A peine que j'aie fini de mettre les couverts, on frappe à la porte. Ça doit être lui. Je me dépêche
d'aller ouvrir.

- Ah! Bonsoir, lui dis-je en lui faisant signe d'entrer, merci d'être venu.

- Bonsoir. Je ne pouvais pas refuser, j'ai tellement hâte de voir mon petit-frère. De voir Ce qu'il est devenu. Ça fait si longtemps!

Il m'offre un sourire auquel je réponds. Les deux frères se ressemblent peu. Georges paraît
beaucoup plus jeune. Quant à lui, ses traits sont durs et semblent un peu plus mature. Le retrouver n'a pas été une mince affaire. J'ai commencé mes recherches samedi dernier. Je me suis entretenue avec Simon, le tatoueur du quartier, un ami proche de Georges-le seul que je connais- pour lui
demander quelques informations. Il refusait de m'en parler craignant la réaction de Georges après.
J’ai dû lui promettre que je ne lui en parlerais pas. Simon m'a donné l'adresse des Thomas. Je m'y suis rendue mais il n'y avait aucune trace d'eux. Je me suis alors adressée à un homme qui m'a informé qu'ils avaient laissé la ville pour Port-au-
Prince après que leur fils ait quitté la maison et m'a indiqué, par la suite, l'adresse d'un certain Emmanuel- le seul de la famille qui vit encore à Jacmel- qui devait être le grand frère de Georges.

Mon bien, mon mal [TERMINÉ]Des histoires addictives. Découvrez maintenant