5

35 2 5
                                        

- Qu'est ce qui ne va pas, chérie ?

J' ouvre les yeux et j'aperçois le visage inquiet de Georges.

- Pourquoi tu cries? Me demande-t-il.

Je m'assoie sur le lit pour lui répondre:

- J'ai fait un cauchemar. Désolée de t'avoir réveillé, chéri.

- Tu as rêvé de quoi?

- Je ne sais pas. C'était un peu flou. C'était comme si je voyais ma tante dans un trou où des souris rongeaient sa peau. Elle me demandait de l'aide mais... Je ne sais plus ce qui s'est
passé après.

- Ne te prends pas la tête avec ça.

Il me prend dans ses bras et je me rendors.

Je m'apprêtais à aller travailler quand j'entends quelqu'un frapper à la porte. J' accours.

- Emma! Crie Annie le visage abattu en se jetant dans mes bras.

Ça fait presqu'un siècle qu'on ne s'est pas vues. Depuis que je suis allée vivre avec Georges dans la maison qu'elle nous a donnée, elle ne m'a jamais rendu visite et moi non plus, je ne me rends plus chez elle de peur que mon mari ne se mette en colère car il n'a pas l'air de l'apprécier. Ça fait tellement du bien de la serrer contre moi.

- Emma! Je suis tellement désolée, ma chérie.

Je l'invite à entrer mais elle refuse. Elle a les yeux pleins de larmes. Mais qu'est-ce qui a bien pu la mettre dans cet état? Elle m'inquiète.

- Annie, dis-moi ce qui se passe.

- Je ne sais pas comment c'est arrivé. Je n'étais pas là. C'est mon père qui m'en a informé. Je n'y ai pas cru au début, je ne voulais pas y croire. J'ai dû aller vérifier par moi-même,
sanglote-elle.

Elle retient son souffle quelques secondes, essuie ses larmes et continue:

- Elle est morte!

- Qui ça ? Je lui demande en la fixant droit dans les yeux.

Elle fuit mon regard.

- Annie, regarde-moi. De qui tu parles?

Elle me prend dans ses bras et dit:

- Ta mère est morte, Emma.

Suite à ces paroles, je la repousse.

- Com...comment est-ce arrivé? Je balbutie. Comment?

- Elle a été tuée...

Une larme descend sur ma joue droite. La seule qui réussit à s'échapper. La douleur est si profonde
que je ne parviens pas à pleurer. Je sens comme une flèche me transpercer le cœur, me fendre
l'âme. Je ne saurais décrire une telle douleur. Le pire! Je ne l'ai pas perdue, on me l'a enlevée! Je comprends maintenant ce que signifie le rêve que j'ai fait. Comment est-ce qu'on a pu faire du mal à elle? Elle avait ses défauts certes mais elle ne méritait pas cela.

Je n'en peux plus. Je me sens anéantie. Je veux crier, c'est mon seul échappatoire. Je bouscule Annie et me mets à courir en poussant de grands cris. Je peux entendre les passants se demander si j'ai perdu la tête et Annie me suppliant de m'arrêter mais ce n'est pas eux qui m'intéressent. Je nous revois, ma mère et moi, préparer le dîner pour mon père, aller faire les courses ensemble ou encore nous endormir entrelacées quand mon père était en voyage. Tout un film de souvenirs défile devant moi au cours de ma course. Je me rends compte de combien je l'aimais et comment, ingrate, je l'ai remerciée d'avoir pris soin de moi : c'est en l' abandonnant !
J'esquive une montagne de déchets- ce genre-là qui nous serve parfois à donner notre adresse depuis que nous, haïtiens, avons pris l'habitude de cohabiter avec ces saletés- puis une flaque d'eau boueuse. Je passe devant des marchands et bouscule leurs marchandises et ne me préoccupe
guère des jurons qu'ils peuvent me lancer. Même les enfants ne sont pas épargnés. Je n'entends plus Annie derrière moi. Par contre, mes jambes s'affaiblissent. Je me laisse tomber près d'un bar qui est fermé. Je ne peux même plus crier, je n'ai plus de force.

Mon bien, mon mal [TERMINÉ]Des histoires addictives. Découvrez maintenant