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L'ingrate me déshabille du regard sans daigner m'adresser un mot. Je garde mon calme malgré tout. Toujours les bras croisés, j'attends qu'elle se décide à parler.

- J'ai toujours rêvé te voir dans cet état: toute tachée de sang et avec ces yeux-là prêts à tuer. Après tout, c'est ce que tu es non? Une criminelle!

Comme toute réponse, elle n'a que mon mépris. Mais elle peut bien lire dans mon regard ma satisfaction à l'avoir entre mes mains. Quelques bonnes minutes s'écoulent dans un silence presque mortel, dérangé uniquement par nos respirations haletantes.

Mes jambes ne tiennent presque plus. Je suis fatiguée. J'ai à peine dormi durant ces deux jours. Je me laisse tomber sur l'autre chaise, en face d'elle, dépourvue de force.

- Tu étais mon amie. Lâché-je tout bas.

Dans un éclat de rire, elle répond:

- Oh! Mais je le suis toujours, Emma. Je l'ai toujours é...

Une gifle avec le peu de force qui me restait la fait taire. Elle s'essuie les lèvres qui dégoulinent de sang et furieuse, elle continue:

- Nous n'avions jamais été amies et tu le sais mieux que moi. Je t'ai toujours haï .Oui, depuis toujours et ce, du plus profond de mon être. Tu ne sais pas combien atroces et difficiles ont été ces jours passés avec toi à te tolérer, à jouer cette farce merdique. Tu avais tout et tu voulais me voler ce qu'il me restait.

- Moi? dis-je debout, ai-je été jalouse de toi? Ou de ce que tu possèdes? Mais p*tain, nous étions les mêmes: des filles riches qui n'avaient rien à envier à personne.

- C'est ce que TU pensais. Mon père a dû se sacrifier pour nous donner un nom qui soit respecté par tous dans ce pays alors que le tien avait déjà tout: la richesse, le pouvoir. Mais tu croyais quoi? Que je me suis rapprochée de toi juste comme ça ? Ah ma chère, ta tête de riche n'a donc jamais réfléchi qu'au fait en Haïti on est tous des parasites ? J'avais besoin de toi pour être celle que je suis aujourd'hui...

- Fini le discours! Crié-je. Tout ce que tu dis est insensé. Ton père est le maire de cette ville et son deuxième mandat termine cette année. Ne viens pas me dire que nous n'appartenons
pas à la même classe. Au contraire, c'est toi qui m'as dépossédée. J'ai perdu mes parents, ma richesse avec. Il ne me restait que...

J'essuie du revers de la main les larmes que je ne peux empêcher de couler:

- Il ne me restait que Georges. Seulement lui et tu me l'as pris! Mais... Mais comment as-tu pu Annie? Comment ?!

Elle semble pensive un moment puis réponds:

- Ah bon? Parce que c'est moi qui te l’ai volé? Fais travailler ta petite tête et rappelle-toi où et comment tu as rencontré Georges. Je t'écoute.

Les souvenirs me reviennent comme une gifle qui brûle ma peau en me donnant des petits picotements partout. C'est vrai. J'ai rencontré Georges pour la première fois chez
Annie, lors de son 23ème anniversaire. Je ne me suis jamais demandé pourquoi il y était invité, ce n'était pas important pour moi. Ce mystérieux inconnu m'avait attiré. Ses yeux me fascinaient et j'avais à peine hésité à m'approcher de lui.

- C'était mon anniversaire, pas le tien. Mon invité, pas le tien. Et c'est mon homme...

Ses mots me blessent et me font revenir à la réalité. A ma triste réalité.

- Tais-toi! Lui ordonné-je.

- Non, Emma. Je ne vais pas me taire sans t'avoir rappelé tout le mal que tu m'as fait et ta véritable identité. Tu crois pouvoir me faire la morale, me disant que je suis la cause de tes malheurs ? Comme ça, tu vas me dire aussi que c'est moi qui te frappais? Qui te laissais seule la nuit pour aller trouver une autre? Qui te portais la plus grande haine ?...

Mon bien, mon mal [TERMINÉ]Des histoires addictives. Découvrez maintenant