Malaïka
Je continue d'apprendre à être Mikaïla j'en suis lessivée. Rodrigue a décrété que tout le monde doit m'appeler Mikaïla histoire de m'y habituer. Je sombre chaque jour un peu plus dans la confusion, dans le désespoir, j'ai l'impression de ne plus savoir qui je suis. Mon cœur saigne du quotidien qui m'est infligé. Je me sens dépérir, je sens mon corps s'acidifier de douleur, mais je ne pleure plus.Depuis mon passage à tabac, je repenses souvent à ma grand-mère paternelle. Elle interdisait catégoriquement à ma mère de lever la main sur moi. Quelle ironie, elle ne voulait pas que l'on me touche et là, et là je suis pire qu'un sac de boxe. Elle vit à Namur, je ne sais pas si elle a apprit ce qui s'est passé, j'espère qu'elle est en vie, et c'est l'espoir de la revoir qui me fait résister, qui malgré la peur, la honte, la tristesse, la colère, la haine, la douleur, me donne la force de me lever, de subir en silence cette aliénation.
Ingrid arrive derrière moi, je ne l'ai pas vu venir, alors je sursaute, comme à chaque fois depuis près d' une année, mes sens sont en alerte en permanence et mon cœur tambourine dans ma cage thoracique à chaque événement inattendu. Son semblant de gentillesse a disparu avec a énième tentative d'évasion. Depuis, ils sont un peu tous moins chaleureux.
-On reprend ! me dit-elle d'un ton sec.
Et là devant ce miroir, ma main trace sur mes sourcils avec ce crayon de beauté marron. Derrière moi, elle me fait comprendre que ce n'est pas comme cela que les traces Mikaïla.
-Tes traits sont plats, regarde bien la photo. Il faut que tu les arque plus !
Et je recommence, encore et encore, pendants des heures. Mes doigts n'en peuvent plus, ils tremblent, et finalement, ces traits trouvent grâce aux yeux d'Ingrid.
-Ce sera tout pour aujourd'hui. On reprendra demain, dit-elle avant de prendre la porte.
Mon dos me crie sa souffrance, et pour un tant soit peu l'apaiser, je me courbe en posant ma tête sur mon avant bras, posé sur cette coiffeuse. Mes fesses n'en peuvent plus elles aussi. Alors, doucement, je me laisse tomber par terre. Je suis allongée quand la porte s'ouvre sur Mélanie.
-C'est l'heure ! On y va !
Je me relève comme je peux et je la suis. Nous quittons cette pièce pour le fond du salon, où l'on s'installe autour de cette table à manger qui me sert d'écritoire depuis bientôt deux mois. C'est l'heure de la calligraphie Mikaïlienne, il faut à tout prix que j'écrive comme elle, que je signe comme elle. Mes doigts usés s'y mettent, jusqu'à ne plus pouvoir garder ce stylo.
-Je n'en peux plus Mélanie, s'il te plaît, laisse moi au moins prendre une pause.-Nous n'avons pas le temps. Continue !
Elle n'a pas besoin de se répéter, Boris attend juste derrière que je fasse un faux pas pour se délecter de ma souffrance. Alors, je continue, même si mes doigts me brûlent, même si mon esprit s'enflamme de colère, même si mon cœur a atrocement de peur dans ma poitrine, je continue.C'est une heure plus tard que Mélanie décide que c'est tout pour aujourd'hui. Marie vient déposer sur cette table, le maigre dîner qui correspond à ceux que prend Mikaïla. Je me contente de manger sans me soucier du reste, quand une violente tape fait chauffer mon dos. Je gémie de douleur et de surprise.
-Le dos bien droit, relève le montant. Mikaïla se tient toujours droite. Alors quand tu manges souviens toi de rester droite, me crie Ingrid.
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improbable
RomanceMalaïka, une jeune femme de vingt ans, après avoir perdu Hervé l'amour de sa vie et ses parents lors d'une guerre civile, se voit forcer d'être une autre. Le destin complique encore plus sa vie en la plaçant au sommet d'un triangle amoureux. Cover...