Chapitre 5 : Xyloglossie (1/2)

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Quand elle découvrit le groupe à ses côtés, Magdelaine se leva en catastrophe. Elle ne s'était pas attendue à les voir arriver si tôt et pensait avoir le temps de se plonger dans un livre ou deux avant la rencontre. Ou encore de réfléchir à ce qu'elle allait bien pouvoir leur dire...

La jeune femme rougit. Aux dernières nouvelles, aucun d'eux ne pouvait voir Sidh... L'avaient-ils entendue lui parler ? Si cela avait été le cas, ils eurent la politesse de ne pas s'attarder sur le sujet.

La jeune femme mit cette pensée de côté et se redressa, arborant un air aussi sérieux qu'elle le put. Elle sortit son médaillon et le laissa reposer bien en vue sur sa poitrine. Les autres firent de même. La rencontre pouvait commencer.

― Bien, si vous êtes ici, c'est que vous avez reçu le message de mon familier, commença-t-elle.

Des têtes se hochèrent. Magdelaine avait face à elle les sorcières et sorciers en qui elle avait confiance ainsi que ceux qui bénéficiaient d'une certaine renommée locale.

Une femme fit un pas en avant, se détachant du groupe. Elle paraissait avoir la cinquantaine, était vêtue d'une robe toute simple sur laquelle reposait un châle. Ses cheveux blanchissants étaient retenus en chignon et à son cou pendait une pierre marron de la même couleur que ses yeux. Il se dégageait d'elle une aura d'assurance qui se sentit également dans sa voix quand elle prit la parole :

― Puis-je, mademoiselle Morglas ? fit-elle.

Magdelaine haussa un sourcil. Elle connaissait la femme. C'était une cliente fidèle de la librairie où elle travaillait et l'une desdites figures locales de la communauté des sorcières. Elle était en outre la mère de sa meilleure amie.

― Je vous écoute, madame Le Gall.

― Je comprends votre inquiétude concernant le bien-être de la cité et de ses habitants, je suis certaine que nous la partageons tous, mais est-il vraiment nécessaire de prêter main-forte à ces rustres de l'Inquisition ? Qui sait ce qu'ils nous réservent une fois cette affaire conclue ?

Les sorcières qui lui faisaient face échangèrent des regards inquiets et dégoûtés. Magdelaine repensa à la discussion de la veille entre Christophe et ses subordonnés et soupira. Et bis repetita, songea-t-elle. Elle se souvint des paroles de l'inquisiteur et de leur effet sur son audience.

― Ma décision est irrévocable, déclara-t-elle.

Contrairement au silence qu'avaient suscité ces mêmes mots à l'abbaye, les siens se heurtèrent à l'autorité et à la renommée dont jouissaient son opposante.

― Mademoiselle Morglas, dit-elle sur le ton utilisé pour sermonner un enfant, j'ai bien peur que vous ne compreniez pas très bien la situation actuelle. Vous siégez certes à l'Assemblée et, pour votre jeune âge, croyez bien que vous êtes digne de notre respect à tous. Cependant, cela ne fait qu'un an que vous remplissez cette fonction suite à la disparition de votre père et vous semblez encore ignorer quelles sont les limites du pouvoir dont vous jouissez.

Magdelaine croisa les bras sans laisser apparaître le moindre trouble. En réalité, elle avait l'impression qu'un saut d'eau glacé venait de lui être jeté sur la tête. Quand elle avait dit à Christophe qu'il bénéficierait du soutien des sorcières, elle avait menti. Ou plutôt, elle ne lui avait pas dit toute la vérité. La jeune femme avait bel et bien obtenu l'accord de ses consœurs et confrères siégeant à l'Assemblée pour former un front commun avec l'Inquisition. Cela n'avait pas été bien difficile, étant donné que ces derniers n'avaient pas à s'impliquer directement dans la lutte. Ceux sur qui elle souhaitait compter, c'étaient les membres communauté locale.

La Malédiction de la Sorcière au Corbeau (50%)Où les histoires vivent. Découvrez maintenant