Le père Claude quitta la pièce pendant que la jeune femme aux cheveux frisés s'occupait de Magdelaine.
― Je m'appelle Anne, se présenta-t-elle en l'aidant à défaire le laçage au devant de sa robe. Et vous ?
― Magdelaine.
Malgré le fait qu'elle fît confrontée à ce qui aurait dû être une blessure mortelle pour un humain, Anne n'apparaissait pas vraiment alarmée. Elle sortit d'une petite trousse à sa ceinture des bandes de tissu roulées et les posa sur le lit.
― Le père est parti chercher le Premier Dévot. Je vais m'occuper de votre blessure en attendant, expliqua-t-elle.
Magdelaine acquiesça et tendit une main vers son collier qu'elle tenta d'enlever discrètement avant de dégager la blessure, ne souhaitant pas affoler sa bienfaitrice. Cette dernière remarqua son geste et sourit.
― Laissez ça en place, donc, la rassura Anne en portant une main à son cou.
Elle sortit de sous son tablier blanc une pierre brillant d'une lueur verte.
Magdelaine en resta bouche bée et comprit l'absence d'inquiétude de son interlocutrice : cette dernière savait parfaitement ce qu'elle était et qu'il fallait beaucoup plus qu'une épée fichée dans le cœur pour la terrasser.
― Vous êtes une sorcière ? s'étonna Magdelaine. Mais que faites-vous ici ?
Anne rangea son collier.
― Sorcière des plantes ! annonça-t-elle fièrement. J'aide le père Claude à soigner les gens. Je fais des... médicaments pour les malades. Le père Claude est très gentil. Quand je suis arrivée ici, je n'avais rien envoyé avec moi. Il m'a logée avec les Visitandines au couvent d'à côté et il m'a appris à parler le français.
Les formulations particulières qu'utilisait la jeune femme déstabilisaient quelque peu Magdelaine dont le cerveau eut le plus grand mal à tout déchiffrer, fatigué comme il l'était après sa nuit blanche et l'assaut dont elle avait été victime.
― Donc un prêtre vous a trouvé un logement ? Et vous l'aidez ? Sait-il que vous êtes...
La perspective qu'un homme d'Église et une sorcière puissent travailler ensemble lui paraissait complètement folle. Elle-même venait de forger une alliance avec l'Inquisition, mais la situation désespérée à laquelle ils étaient confrontés ne leur laissait pas vraiment le choix. Pourtant, à peine eut-elle commencé à poser sa question qu'Anne hochait déjà frénétiquement la tête.
― Bien sûr, il sait ! Il est très gentil ! Mais attention, il est le seul. Il faut faire attention aux autres, ceux-là, ils peuvent être dangereux.
La jeune femme découvrit Magdelaine pour examiner la blessure. Le sang commençait à coaguler autour de la plaie qui ne paraissait déjà plus si profonde.
― Vous avez arrêté le sang, c'est très bien. Elle est pratique, la magie de l'eau. Vous auriez sans doute dormi pendant plusieurs heures le temps que la blessure se referme, sinon. Pouvez-vous nettoyer autour de la plaie, s'il vous plaît ?
La sorcière de l'eau acquiesça et posa une main sur son pendentif. Des gouttes se formèrent sur son autre paume et s'agrégèrent pour former une boule d'eau qu'elle dirigea contre sa peau. Elle grimaça en sentant le liquide froid contre sa poitrine et les picotements qu'il provoquait au niveau de la blessure. L'eau se teinta peu à peu de rouge à mesure que le sang s'y mêlait. Anne lui tendit ensuite une bassine en cuivre dans laquelle Magdelaine laissa tomber l'eau souillée. Avec un bout de tissu, la sorcière des plantes nettoya ce qu'il restait de sang séché puis aida sa consœur à se redresser et la banda.
― Voilà qui est mieux, soupira-t-elle une fois sa tâche achevée. Cela devrait être guéri bientôt. Vous avez encore mal ? Je peux vous donner quelque chose à prendre avec la douleur.
Magdelaine secoua la tête et remit sa robe en place en grimaçant, invoquant une nouvelle fois sa magie pour nettoyer le tissu comme elle le pouvait.
― Cela ira, merci.
Anne l'aida à refaire le laçage de sa robe puis s'écarta du lit, les yeux fuyants, tortillant ses doigts. Magdelaine la fixa avec insistance, l'encourageant à se lancer.
― Vous... Vous êtes ici à cause de... du... Mort... de feu, n'est-ce pas ?
― La « Mort de feu » ? La Sorcière Primordiale du feu, vous voulez dire ? demanda Magdelaine pour s'assurer qu'elles parlaient bien de la même personne.
― Ah oui, la mort... marmonna-t-elle pour elle-même avant de poursuivre d'une voix plus forte. Oui... Oui, c'est ça... C'est à cause d'elle ?
La sorcière de l'eau acquiesça. Sa consœur perdit toutes couleurs tandis que l'horreur se peignait sur son visage. Elle marmonna quelques mots dans sa langue maternelle dont Magdelaine ne désira pas connaître la traduction. La petite sorcière sembla sur le point d'ajouter quelque chose quand on frappa à la porte. Elle s'empressa alors d'aller ouvrir et s'effaça aussitôt dans un coin, la tête baissée.
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La Malédiction de la Sorcière au Corbeau (50%)
Fantasy⚠️ 𝐒𝐞𝐮𝐥𝐞 𝐥𝐚 𝐩𝐫𝐞𝐦𝐢𝐞̀𝐫𝐞 𝐦𝐨𝐢𝐭𝐢𝐞́ 𝐝𝐮 𝐫𝐨𝐦𝐚𝐧 𝐞𝐬𝐭 𝐝𝐢𝐬𝐩𝐨𝐧𝐢𝐛𝐥𝐞 Royaume de France, début du XVIIIe siècle. Lorsque la redoutable Sorcière au Corbeau s'éveille après plusieurs décennies de sommeil, Magdelaine Morglas, d...