Chapitre 15 - Comment dompter le démon ? Part. 7

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Tatum semble à l'aise dans les couloirs du Morpheum. J'ai l'impression qu'elle connaît mieux les lieux qu'elle ne l'a affirmé, mais c'est sûrement sa naturelle assurance qui m'éblouit. Elle s'avance d'un pas décidé et Magnus n'a pas forcément l'air de mener la danse.

Nous nous arrêtons face à l'une des nombreuses portes composant cet étage. Mon regard s'attarde quelques instants sur le tableau accroché sur le mur juste à côté. Ce tableau m'est familier. Je suis persuadée de l'avoir déjà aperçu quelque part.

« Le Cauchemar, de Johann Heinrich Füssli. L'original de 1781.»

La voix de Magnus dans mon esprit ne manque pas de me faire frissonner, comme à chaque fois.

Il porte bien son nom, pensé-je.

La femme étendue sur son lit – vêtue d'un drapé blanc immaculé, le bras ballant et les yeux clos – est plongée dans un profond sommeil. Sur son abdomen, un affreux démon est installé, nous observant de ses yeux révulsés. Il me donne la chair de poule. Pas plus que l'horrible cheval démoniaque qui se rince l'œil. Je trouve ce tableau particulièrement dérangeant.

« L'un de nos ancêtres. Rassure-toi ce n'est pas sa véritable forme. Il s'agit du fantasme de la demoiselle endormie. Discutable, tu me diras, mais... »

— Ils sont cachés là derrière ? questionne Tatum.

Je suis contente que la berserker interrompe l'incube qui semble attristé de ne pas pouvoir continuer son histoire macabre.

— Effectivement, se contente d'articuler Magnus.

— Tu ne sors pas ton trousseau de clés ? râle Tatum.

— Pas besoin de clé, répond son interlocuteur.

La chasseuse reste sur ses gardes. Elle me jette un coup d'œil.

— Quand je te disais de les garder enfermés, je pensais plutôt que tu les avais emprisonnés dans un donjon, une prison, ou un truc du genre, brisé-je le silence d'un ton sarcastique.

— Un vrai boute-en-train, ma dulcinée, répond Magnus.

Le visage de Tatum se crispe en une grimace de dégoût en l'entendant me donner un autre surnom affectif. Pour ma part, je m'y suis presque habituée.

— Je vais vomir... marmonne-t-elle.

— Je ne vais pas t'expliquer comment ouvrir une porte déverrouillée, si ? Je sais que les berserkers ne sont pas connus pour leur jugeote, mais quand même, reprend Magnus.

Elle va sûrement finir par le tuer. Et je vais finir par croire qu'il est suicidaire. Il faut beaucoup de self-control à Tatum pour ne pas lui arracher la langue. Au lieu de ça, elle empoigne fermement la poignée et s'engouffre dans la pièce plongée dans l'obscurité. Nous la suivons de près.

Je pensais être rassurée quand la lumière éclairerait la salle. J'étais loin du compte. Devant nous, deux rangées d'anciens lits sont installés de part et d'autre, laissant un couloir entre eux où nous nous avançons. Sur ces derniers sont allongés les onze. J'ai l'impression de me retrouver dans un vieil hôpital de film d'horreur. Alors que je me rapproche de l'un des corps, je remarque que sa cage thoracique bouge. Il respire. Mes yeux suivent les nombreux tuyaux qui l'entourent, je remarque que l'un d'entre eux est une sonde urinaire en voyant la pochette transparente accrochée au bas du lit. Il semblerait que du sang leur soit prélevé également.

Je recule, écoeurée et me tourne vers Magnus.

— C'est encore pire que le donjon, finalement. Qu'est-ce que tu leur as fait ?

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