Chapitre 7 - Part. 2 Encore une histoire qui tourne autour du sacrum

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« Callum ? » murmuré-je.

L'ombre se rapproche dangereusement. Je m'apprête à déguerpir dare-dare, mais c'est bien le chasseur qui sort du brouillard.

— Qu'est-ce que tu fais là ? T'étais pas censé être parti faire je ne sais quoi d'urgent ?

— Si si, mais c'est terminé. Je voulais vérifier que tout allait bien ici. Que tu allais bien...

— On va faire un tour ? lui demandé-je.

Je veux simplement m'évader. Pour une fois, j'ai envie de lâcher prise. Neveah est entre de bonnes mains. Rien ne m'empêche de m'éclipser quelques minutes. Quant à moi, je me sens en sécurité avec Callum. Le voir débarquer me ravit un peu trop à mon goût.

Il se contente de hocher la tête et de me suivre. Marchant l'un à côté de l'autre, Callum finit par briser la glace.

— Tu voulais me parler de quelque chose ?

— Pas vraiment. J'avais juste... envie de marcher. Pour tout t'avouer, je ne sais pas trop moi-même. Je suis probablement cinglée, pas vrai ?

— Tu es juste perdue. Ça arrive à tout le monde. Pas de quoi te lyncher !

— C'est que... Je suis désolée pour ce qui s'est passé. Je n'aurais pas du me jeter sur toi, comme je l'ai fait, entrepris-je, un peu gênée.

— Me résister est compliqué, je confirme, réplique-t-il ironiquement.

— T'es incroyable !

Je souris bien malgré moi.

— Je t'ai fait sourire. Tu es bien plus mignonne comme ça...

— Oui, je sais. La nuit me donne plutôt bonne mine. Dans le noir, on pourrait presque avoir envie de m'épouser !

Je ne vois pas les minutes passer et nous nous retrouvons devant l'infinité de l'océan. La lune nous éclaire dans une ambiance tamisée. Je frissonne. Il fait un peu frisquet, mais rien de bien méchant.

Je m'arrête devant les vagues qui dansent, fascinée par la beauté de l'eau où se reflète l'astre lunaire. C'est vraiment magnifique. Callum est derrière moi, il s'est assis dans le sable.

Je reste debout, face à la mer et ferme les yeux, profitant de la brise marine. Cette accalmie me fait du bien. J'ai l'impression que tout part en vrille et s'enchaîne à une vitesse folle dans ma vie. J'ai tellement besoin de souffler et de prendre du temps pour moi.

J'en oublie presque le chasseur jusqu'à ce que je sente des mains se poser sur mes hanches. Je n'ai pas la force de le repousser. En réalité, même si je ne veux pas l'admettre, Callum m'attire indéniablement.

Il me fait me retourner vers lui et s'empare de mes lèvres dans un baiser fougueux. J'ai envie de me donner à lui. Mon âme tout entière me crie de le laisser briser mes chaînes et qu'il réussira peut-être à me faire sentir vivante l'espace d'un instant.

C'est au rythme des vagues que je m'abandonne à Callum. Sur le sable humide, nos corps s'unissent. Et à vrai dire...

Je ne m'attendais pas vraiment à ça. Je n'imaginais pas que nos ébats seraient aussi brusques et extrêmes. Ils avaient un arrière-goût violent et étrange.

Je me rhabille directement l'acte conclu. Et me relève subitement. Je me sens mal.

« Il faut que j'y aille ! »

Je ne lui laisse pas le temps de réagir. Il n'essaie pas de me rattraper. Je file en courant jusque chez moi. Je croise Drummer dans le couloir.

— T'étais où, bordel ? On était morts d'inquiétude !

— Partie faire un tour...

— Et te rouler dans le sable ?

Mon estomac se serre et semble se distordre. Je grimace.

— Je ne me sens pas très bien. Désolée, je reviens.

Je monte à l'étage me réfugier dans la salle de bain. Je vomis... Encore. Mais qu'est-ce qui ne tourne pas rond chez moi ?

Je me lave et me change machinalement. Je pose un masque invisible sur mon visage : celui d'une Athalia forte et incassable. J'adopte une attitude qui se veut sereine. Je prends une profonde inspiration et rejoins les autres dans la chambre de ma mère.

— Alors, vous avez trouvé un sort capable de déceler nos ennemis ?

Ils m'observent d'un drôle d'air. Neveah finit par répondre, enjouée :

— Oui ! Tu arrives juste à temps !

Des bougies blanches sont disposées sur le sol, formant un rang ondulant. Des pétales rouges en décorent le pourtour. Je ne reconnais pas les autres ingrédients.

Neveah m'indique où je dois m'installer. Je suis en face de Drummer et à côté de Théa. Nous sommes deux par deux, de part et d'autre du rang de lumières.

— Je donne mes mains à Théa. Et Drummer, tu prends les mains de ma sœur.

— OK, répond mon meilleur ami.

Il soutient mon regard, semblant avoir oublié sa colère envers moi. Je pose mes paumes dans les siennes.

« Nous allons tous fermer les yeux. Je vais réciter une incantation. Vous la répéterez avec moi, plusieurs fois. Quand les flammes disparaîtront, nous connaîtrons l'identité des agresseurs », nous informa Neveah, semblant bien plus mature et sérieuse qu'à son habitude.

Tout le monde acquiesce. Je ne suis vraiment pas sûre que ça fonctionne, mais je décide de jouer le jeu pour faire plaisir à ma sœur. Je clos mes paupières.

« Athéna, déesse de la perspicacité,
J'implore ton intervention,
Que l'adversité soit divulguée,
Que la vérité soit légion,
Que notre ennemi soit démasqué,
Ainsi cessera l'adversité,
Et l'offense recevra son talion. »

Nous suivons Neveah qui décortique la formule, phrase par phrase que nous répétons plusieurs fois. Un souffle d'air frais s'empare finalement de la pièce, et nous ouvrons les yeux. Les bougies sont éteintes. Les pétales se sont dispersés dans la pièce formant deux lettres : AD. Des initiales ?

Ça avait fonctionné. Enfin, en quelque sorte.

— Je crois qu'Athéna veut jouer aux devinettes, plaisanté-je.

— Ça ne vous dit rien, AD ? demande Neveah, déçue.

— Athalia Donuts ? balance Drummer en prenant un ton d'homme préhistorique.

Je pouffe de rire, mais me retiens en voyant la tête de Neveah, qui me dévisage en mode « Chucky ». Vous savez, la poupée tueuse ?

— Peut-être Abats les Démons ? suggère Théa.

— Je ne sais pas vous, mais moi je fatigue. Tu peux dormir dans mon lit, Anthithée. Fais comme chez toi. Drummer, t'as l'habitude du canapé où tu veux dormir ici ?

— Le canapé, ça me va. Pas d'humeur à dormir dans la chambre d'une sorcière. Je vous avoue que tout ça me fait un peu flipper...

Après s'être souhaité une bonne nuit – ou plutôt une bonne grâce matinée –, chacun rejoint sa place respective. Quant à moi, je ne suis pas véritablement pressée de dormir malgré le sommeil qui pèse sur mes pauvres paupières. J'ai trop peur de rencontrer l'incube.

Personne ne m'a reparlé de mon absence, et c'était tant mieux. Je n'avais pas envie de me justifier. Callum et notre fusion restent cependant dans mon esprit. Comment va-t-il gérer la situation ? Allons-nous faire comme si de rien était ? Va-t-il revenir vers moi ?

Pour empêcher mon cerveau de travailler, je décide de me plonger dans un livre de sorcellerie. Je finis par m'endormir, bien malgré moi, serrant le médaillon de tantalite dans ma main.

Odd AmethystOù les histoires vivent. Découvrez maintenant