POV Amira
Le réveil sonne, mais je suis déjà debout. Il est huit heures, mes cours ne commencent qu'à neuf, j'ai le temps. Aujourd'hui, chose rare, je prends un vrai petit-déjeuner. Mon esprit, lui, est resté coincé à hier soir. Quelle journée pourrie... Quand Anaïs m'a déposée, j'ai croisé Jamal.
Flashback
Anaïs venait de me laisser à quelques pas de l'immeuble. Je marchais en levant les yeux vers le ciel. Il paraissait tellement vaste, lointain, et pourtant si proche. C'est là que quelqu'un m'a bousculée. Layla. La sœur de Jamal. Donc forcément, lui aussi n'était pas loin.
— Layla, tu ne peux pas faire attention ? dit-il en arrivant.
— Désolée !
— Dans toute ma phrase, tu n'as retenu que ce mot ?
— Oui.
— Quelle galère...
Je souris en le voyant.
— Salut.
— Salut, Amira. Qu'est-ce que tu fais dehors à cette heure ?
— Et toi ?
— J'allais chercher ma sœur chez une amie.
Je hausse les épaules.
— Moi je rentre du boulot. Au fait, t'es dans quel lycée ?
Un petit sourire s'étire sur son visage.
— Tu trouves que j'ai encore l'air d'un lycéen ?
— Ah bon ? Tu as quel âge alors ?
— Vingt-cinq.
— Tu es bien plus vieux que moi. Bref, ça va avec Layla ?
Je me baisse pour caresser les cheveux de la petite. Elle me répond timidement.
— Ça peut aller, dit Jamal. Bon, on te laisse. Dis au revoir, Layla.
— Au revoir, Layla.
— Tu le fais exprès, toi.
— Bah quoi, j'ai répété.
J'éclate de rire.
— Bye, vous deux.
Je leur souris une dernière fois avant de rentrer. La suite ? Quelques reproches à la maison, rien de nouveau. Alors j'ai filé sous la douche, enfilé mon pyjama et me suis glissée au lit.
Le lendemain
Aujourd'hui, je me réveille avec du retard et surtout une énorme flemme. Je me traîne jusqu'à la salle de bain, je profite d'un bain bien chaud, puis je m'habille. Un coup de brosse dans mes cheveux et je descends.
Maman est déjà sortie. Ma sœur déjeune tranquillement. Mara, comme toujours, a choisi une tenue qui lui va bien.
— Salut, ça va ? je lui lance.
— Oui, ça va. Toi aussi, debout tôt ? Il se passe quoi ? fait-elle semblant de s'étonner.
— Je vais voir... papa.
Mes mots tombent lourdement.
— J'aurais aimé venir, mais j'ai cours tôt, dit-elle avec les yeux brillants.
— Ça fera bientôt un an. Il me manque.
— Moi aussi.
Ses sanglots pointent. J'essaie de la rassurer.
— Ne t'inquiète pas, il sortira bientôt de là, et on rentrera tous au pays.
— Bon, j'y vais, je vais être en retard... encore à cause de toi, rigole-t-elle maladroitement.
— À ce soir, bisous.
— Oui, bisous.
Elle sort en vitesse. Je prends aussi le chemin de la sortie peu après. Mes cours ne commencent qu'à treize heures, alors j'en profite pour travailler ce matin. Mais d'abord, je fais un saut à l'hôpital.
Le médecin m'annonce que l'état de papa s'améliore. Mon cœur se réchauffe rien qu'à l'idée de le serrer bientôt dans mes bras.
Enfin, j'arrive au boulot. Un défilé approche, la nouvelle collection de vêtements pour femmes.
— Bonjour, Lya.
— Bonjour, Amira. Bien dormi ?
— Oui, ça va. Irma est déjà là ?
— Non, mais tu peux l'attendre dans son bureau.
— D'accord, merci.
Je marche dans le couloir... et percute quelqu'un. Un grand homme. Son regard, un peu insistant, me trouble.
— Je suis désolée, je ne vous avais pas vu...
— Pas de souci. Mais je comprends mal ce que tu dis. Toi, qui es-tu ?
— Je... je travaille ici.
— Et ton nom ?
— Pardon ?
— Tu n'as pas de nom ?
Je bafouille, confuse.
— Ah oui, Amira.
— Ravi de te rencontrer, Amira. Idriss.
Je souris un peu, soulagée.
— J'ai affaire à un gentleman, alors.
Pour une fois, je ne me sens pas gênée avec un inconnu. Il est afro-américain, un mélange d'Algérie et des États-Unis. Il parle mieux anglais que français. Moi et l'anglais, ça fait deux, mais je m'accrocherai.
— Je suis surpris que tu travailles ici, avec Kyllian, dit-il. Il n'a jamais été très ouvert aux personnes de couleur.
— Pourquoi il nous déteste ?
— C'est une longue histoire...
Il semble pensif.
— Avoue que tu ne veux pas me dire, je fais la moue.
— Raconte-moi plutôt ton histoire.
— Pourquoi ?
— Bon, je te laisse. À plus tard.
— À plus.
PDV Kyllian, une heure plus tôt
Le réveil, la douche, un jean noir, un t-shirt blanc, des baskets blanches. Routine. Je descends, salue tout le monde, embrasse ma mère.
— Et moi, j'ai pas droit à un bisou ? dit Ana.
— Pas ce matin. Tu m'énerves déjà.
Ma mère me foudroie du regard. Je l'ignore. Je termine vite mon petit-déj et rejoins Andrew au fast-food.
— Salut, ça fait un bail !
— On s'est vus hier en cours.
— Ouais, hier, mais aujourd'hui est un autre jour.
Je lève les yeux au ciel. La serveuse arrive, noire. Je la fixe trop longtemps. Elle tremble, presque prête à renverser l'eau.
— Faites attention, quand même.
— Je... désolée.
— Pas grave, dis-je sèchement.
Andrew me regarde, inquiet.
— Frère, le problème n'est pas elle, c'est toi. Ton attitude.
Je souffle. C'est vrai. Cette couleur de peau... elle me rappelle trop quelqu'un.
— Ça fait deux ans, Kyllian, dit Andrew calmement. C'était un accident. Oublie.
— Un accident ? Ils l'ont tuée.
Je m'énerve. Le téléphone sonne. Brie.
— Quoi ?
— Je voulais juste entendre ta voix.
— Sérieux, Brie, qu'est-ce que tu veux ?
— Tu sembles tendu. Parlons...
— Laisse-moi tranquille.
— Donc pour toi je suis rien qu'une distraction ? (sa voix tremble)
— Tu veux vraiment une réponse ?
— Oui.
— J'ai pas le temps pour ça.
Je raccroche. Andrew soupire.
— Elle encore ?
— Elle me fatigue. Et maintenant, Idriss est là, ça m'énerve.
— Tout t'énerve. Même Amira.
— Elle est noire.
Andrew éclate de rire.
— T'es sérieux ? Elle est canon, mec.
— Arrête tes conneries.
À ce moment, Idriss nous rejoint.
— Salut les gars.
— Salut, Idriss.
— Alors, de quoi on parle ?
— De ton coup de cœur, dit Andrew en me pointant.
Je me crispe.
— De qui tu parles ?
— D'Amira, évidemment.
— Comment tu la connais ?
Je me lève brusquement. Idriss lève les mains.
— Calme. Je l'ai croisée au boulot. C'est tout.
Andrew me regarde.
— Ton problème, c'est pas Amira. C'est Elvira.
Je le fusille du regard.
— Je t'interdis de prononcer son nom.
Je quitte la table, furieux, et monte dans ma voiture. La tête contre le volant, je murmure :
— Peut-être qu'ils ont raison. Il faut que je t'oublie.
Mais je n'y arrive pas. Tu es là, partout. Je frappe le volant, épuisé. Quand je relève la tête, je vois Amira, de l'autre côté du trottoir, devant l'entreprise. Elle parle avec Lya, mais ses yeux accrochent les miens, juste un instant. Puis elle détourne le regard.
Je démarre. J'ai cours dans vingt minutes. Une nouvelle journée commence.
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AMOUR TOXIC
RomanceAmira part en France avec sa famille pour finir ses études et faire soigner son père. Elle y rencontre Kyllian blanc et surtout raciste, ce qui entraîne de nombreuses épreuves et rebondissements dans leur relation. Parviendront-ils à surmonter le...
