Point de vue Amira
Encore une journée. Une de plus. Parfois, j'ai l'impression que la vie s'acharne contre moi, qu'elle me pèse sur les épaules comme une montagne invisible. Aujourd'hui, je commence les cours à 7h30, bien trop tôt à mon goût, alors qu'Anaïs ne débute qu'à 9h. Quelle injustice ! Pourquoi ai-je toujours l'impression d'hériter du pire horaire ? À contrecœur, je quitte la chaleur rassurante de mon lit, file sous la douche, puis enfile une tenue simple mais correcte. Pas question de me compliquer la vie avec des artifices. Je choisis l'efficacité, un style passe-partout qui ne trahit ni mes pensées ni mes blessures.
En descendant, je ressens déjà ce poids familier dans ma poitrine, ce mélange d'angoisse et de fatigue qui ne me quitte jamais vraiment. Pourtant, je me force à avancer. Les trottoirs sont encore humides de rosée, l'air du matin me glace un peu les joues, mais au moins il m'aide à rester éveillée. L'école est à la fois une routine et une prison : je m'y rends machinalement, sans vraiment y trouver de joie.
J'arrive à 7h22. La cour est encore calme, presque vide. Les autres n'arriveront que dans quelques minutes. Je pousse la porte de ma salle de classe, prends place au fond, et laisse mes pensées dériver. Le tableau est encore immaculé, le silence règne, mais à l'intérieur de moi, c'est une tempête.
Mon esprit s'accroche à mes problèmes comme si je ne savais pas penser à autre chose. D'abord, il y a mon père. Les médecins disent que son état s'est amélioré et qu'il sera rétabli dans trois jours. Cette nouvelle devrait m'apaiser, et en un sens, elle le fait. Mais la peur reste. Et puis, il y a ce fichu travail. Plus précisément, le fils de mon patron. Celui-là me hait pour des raisons que je n'arrive toujours pas à comprendre. Il se prétend supérieur, me regarde avec dédain, et se comporte comme si ma simple existence le dérangeait. On murmure qu'il est raciste. Je trouve ça ironique, puisque son père est égyptien : ses propres racines le relient à l'Afrique. Quelle hypocrisie.
Tout ce que je sais, c'est qu'il se croit le centre du monde, et que je commence à suffoquer. À force d'accumuler les humiliations, j'ai l'impression d'être sur le point de craquer. Mais si je tiens encore, c'est parce que je sais que je ne suis pas totalement seule. J'ai mes amis. Anaïs, Fatou, Anis, Jamal, Amara... et peut-être Idriss. Eux, ce sont mes piliers, mes repères, mes bouées dans cette mer agitée. Sans eux, je serais déjà tombée bien bas.
Alors que je me noie dans mes pensées, une présence me tire brusquement de ma torpeur. Je relève la tête... et mes yeux croisent ceux de Kyllian. Il est là, debout devant moi, me fixant d'un regard étrange, presque indéchiffrable. Je fronce les sourcils, méfiante. Puis il s'approche et prononce, d'une voix calme :
— J'ai besoin de te parler. On se retrouve après les cours, devant le bâtiment.
Et sans me laisser le temps de répondre, il s'éloigne. Je reste figée, interdite. Est-ce que je viens de rêver ? Kyllian, celui qui ne rate jamais une occasion de me rabaisser, vient de m'adresser la parole... sans une seule insulte ? Mon cerveau refuse d'y croire. C'est impossible.
La matinée s'écoule lentement, mais je ne retiens rien du cours. Mes pensées tournent en rond. Ses mots résonnent encore dans ma tête. Pourquoi moi ? Qu'est-ce qu'il manigance ? À la fin des cours, je me rends quand même devant le bâtiment principal. Je veux en avoir le cœur net.
Dix minutes passent. Personne. Mon cœur se serre. J'aurais dû m'en douter. J'ai rêvé, ou alors il s'est amusé à me faire attendre pour rien. Quelle idiote je fais.
Puis une voix retentit derrière moi :
— Amira.
Je me retourne brusquement. Et non, je n'ai pas rêvé. Il est bien là. Kyllian.
VOUS LISEZ
AMOUR TOXIC
RomanceAmira part en France avec sa famille pour finir ses études et faire soigner son père. Elle y rencontre Kyllian blanc et surtout raciste, ce qui entraîne de nombreuses épreuves et rebondissements dans leur relation. Parviendront-ils à surmonter le...
