chapitre XLIII

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Trois mois plus tard

Trois mois avaient passé. Tant de choses s'étaient déroulées.

D'abord, Karel et Elvira avaient été condamnés ; on ne les reverrait pas de sitôt. Amara aussi avait été jugée : malgré son aide à la fin, elle avait commis des actes répréhensibles et écopa de cinq ans de prison ferme. Avant d'être incarcérée, elle devait d'abord accoucher — elle était enceinte de Lysandro. Angel fut également condamné.

Lysandro avait été enterré. Je n'avais jamais vu Amara aussi au fond du gouffre ; j'aurais tant voulu l'aider, mais je me sentais impuissante. La mort de Lysandro était si soudaine que j'avais parfois l'impression que la fusillade datait d'hier.

Ensuite, avec tout ce qui s'était passé, je n'avais pas pu terminer mes cours : j'ai fait une année blanche et je reprendrai l'année suivante. J'avais besoin de temps pour réfléchir à ma vie. Quant à Kyllian, je n'étais plus sûre de ce que je voulais. Ce que j'avais vécu m'a appris que demain ne nous appartient pas : je vivais tranquillement et tout a basculé si brusquement. Je me suis retrouvée au milieu d'une guerre de mafia, j'ai rencontré des ex, tout ça en moins d'un an.

La mort de mon père m'a aussi fait comprendre que j'avais besoin d'une pause. Je suis rentrée au Cameroun. Il y a deux mois, j'ai demandé à Kyllian une pause. Je suis rentrée accompagnée d'Amara, bien sûr surveillée pendant sa grossesse. Revoir mon pays m'avait manqué.

Il n'y avait pas que des mauvaises nouvelles. Par exemple, Jamal a retrouvé Layla ; il a décidé d'abandonner la mafia pour devenir un homme droit. Il travaille maintenant dans une bonne entreprise et vit avec Anaïs — je leur souhaite tout le bonheur du monde. Lya vit sa meilleure vie en Floride avec Andrew ; ils ont choisi de s'éloigner pour raviver la flamme. Hyzia et Kenzo ont fait pareil. Bref : tout est bien qui finit bien, autant que possible.

— Amara, tu viens manger ? appelai-je.

Elle était assise sur le carrelage, le regard dans le vide. Ces épisodes lui arrivaient souvent : elle s'enfermait dans sa chambre et restait immobile sur le sol.

— Lève-toi, tu vas attraper froid.

— J'ai envie de mourir, répondit-elle.

La voir dans cet état me brisait le cœur.

— Qu'est-ce que tu veux que je fasse pour toi ? demandai-je.

— Tu peux me ramener Lysandro.

Je restai sans voix.

— Non, tu ne peux rien faire, continua-t-elle. Je n'arrive plus à dormir. J'entends sa voix partout, j'ai l'impression de devenir folle, Amira. Je ne pourrai pas supporter de vivre comme ça.

— Amara... je suis désolée, murmurai-je.

Après cet échange, j'ai essayé de la distraire. C'est ainsi que nous sommes arrivées au neuvième mois de sa grossesse. Le jour J était arrivé : elle devait accoucher. J'étais avec elle à l'hôpital ; j'avais prévenu Anis et les autres.

— Alors, qu'est-ce que le docteur a dit ? demandai-je.

— Ils vont provoquer l'accouchement, dit-elle. Je n'ai toujours pas de contractions. Amira... tu veux rester avec moi pendant l'accouchement ?

— Même si tu ne me l'avais pas demandé, je serais restée. Tu es stressée ?

— Un peu, répondit-elle, mais ça ira.

L'infirmière revint.

— Mademoiselle, vous êtes prête ?

Elle me regarda intensément, puis répondit « oui ». L'infirmière fit une injection. Après une demi-heure, les contractions commencèrent. On appela le docteur ; on la conduisit en salle d'accouchement.

Je lui tenais la main — une main qu'elle semblait prête à arracher — et je l'encourageais. Une demi-heure plus tard, on entendit des cris.

Les choses dégénérèrent vite.

— Je veux voir mon enfant ! s'écria-t-elle.

— Tenez. Félicitations, madame, dit le médecin.

Dès qu'elle prit le bébé, elle se mit à pleurer à chaudes larmes.

— Elle lui ressemble tellement... ma petite Lyane. Maman t'aime si fort, murmura-t-elle, et ferma les yeux.

Un bruit sourd emplit la pièce. Une infirmière me tendit le bébé ; j'avais du mal à réaliser. Puis le médecin cria :

— Faites vite, on est en train de la perdre !

— Non, ne meurs pas, suppliai-je.

Mes larmes se mirent à couler sans retenue.

— S'il vous plaît, faites quelque chose, docteur ? implorai-je.

— Je suis désolé, répondit le médecin d'une voix brisée.

— Non, ne dites pas ça, m'exclamai-je. Elle vient à peine d'accoucher. C'est impossible.

On prit le bébé et l'emmena en couveuse.

— Mademoiselle, veuillez sortir de la salle, me demanda une infirmière.

Je n'entendais plus rien. Tout devint noir.

Je me réveillai plus tard, la tête me lançant. J'étais dans une chambre. Une infirmière s'approcha.

— Restez allongée, le docteur va venir vous examiner, dit-elle.

— Où est le bébé ? demandai-je d'une voix rauque.

— Dans la couveuse. Vous êtes sa tutrice ? demanda l'infirmière.

— Euh... j'étais une amie de sa mère.

Elle partit chercher le docteur, me laissant seule. Je remarquai que toutes mes affaires étaient sur la table de chevet. Je pris mon téléphone et appelai Anis.

Conversation téléphonique.

— Alors, comment vont-ils ? demanda-t-il.

— Je suis désolée, murmurai-je.

— Qu'est-ce qui se passe ? Il est arrivé quelque chose au bébé ? s'inquiéta-t-il.

— Non, le bébé va très bien, répondis-je, mais ma voix tremblait.

— Pourquoi tu pleures, Amira ? Tu me fais peur. Dis-moi ce qui se passe.

— Amara... Elle est morte, dis-je d'une traite.

Un silence glacé au bout du fil.

— Très drôle, ta blague, répondit-il, incrédule.

— Je suis désolée, répétai-je.

— Amira ?? Tu plaisantes, hein ? insista-t-il.

Je restai muette. Sa voix monta :

— AMIRA ? DIS-MOI QUE TU MENS, S'IL TE PLAÎT ! s'époumona-t-il.

— Je suis désolée..., murmurai-je, incapable d'ajouter quoi que ce soit d'autre.

AMOUR  TOXICOù les histoires vivent. Découvrez maintenant