Les détours du hasard
Point de vue d'Amira
— Bonjour.
— C'est pour ?
— C'est pour l'entretien.
— Entrez.
— Merci.
J'entre. L'endroit est tellement mignon, presque kawaii, je kiffe trop.
— Bonjour, madame.
— Bonjour. Vous devez être Amira, c'est bien ça ?
— Oui.
— Bon...
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Point de vue de Kyllian
Je sors de ma douche et enfile un jean noir, un polo noir et mes Nike noires. Oui, j'aime le noir. Je descends et je tombe sur ma mère... et, non, je rêve... l'idiote est là aussi. Avec Ana, ma sœur.
— Idiote.
— Toi.
Irma (ma mère) fronce les sourcils.
— Vous vous connaissez ?
— Malheureusement, oui.
Ana éclate de rire.
— C'est beau, l'amour !
— Ta gueule, répondis-je.
Puis une autre voix retentit.
— Bonjour, bonjour tout le monde ! Ah, elle est là...
Irma : — Bonjour, Britanie.
Brie (ma cousine) : — Qu'est-ce qu'elle fait ici ?
Irma : — Je l'ai engagée.
Amira : — Je suis engagée ?
Moi : — Tu l'as engagée ?
Brie : — Vous l'avez engagée ?
Ana : — Elle est engagée !
Je me retiens de crier.
— Pourquoi tu me fais ça, maman ?
Irma : — Vous venez demain à 14h.
Elle m'ignore, en plus.
— Et toi, tu l'accompagnes.
— Non.
Amira : — Ce n'est pas la peine.
Irma : — Pas de discussion. Britanie, tu viens ?
Toujours les ordres. Ma mère me saoule.
— Tu te ramènes, dis-je à Amira.
Elle me suit sans broncher et on monte dans ma voiture. Silence pesant. J'ai horreur de ça. Je conduis... jusqu'à ce que je rate un feu. Freinage brutal. Moi je gère, mais elle, elle se cogne. Nez en sang. La poisse.
— Ça va ?
— Je saigne...
— C'est pas grave.
Comme si ça suffisait pas, un flic approche. Génial.
— Bonjour, madame, vous allez bien ?
— Je vais bien, merci.
— Vous saignez.
Je soupire intérieurement. Je vais regretter ce que je vais dire, mais tant pis.
— En fait, c'est ma fiancée. On allait à l'hôpital. Elle saigne, je suis inquiet. C'est pour ça que j'ai grillé le feu.
— Je comprends. Je suppose que la famille va s'agrandir ?
De quoi il se mêle, lui ? pense-t-elle.
— Oui, oui. Bon, excusez-nous.
— Bonne journée à vous.
— Merci, dit-elle.
Ouf. Sauvé. Mais l'idiote est furax.
— Ton nez, ça va ?
— De quoi tu te mêles ?
— T'es vénère à cause de cette petite histoire ?
— Je déteste les mensonges. Descends-moi ici.
⸻
Point de vue d'Amira
Conscience : Tu détestes mentir ? Mon œil...
Moi : La ferme, conscience.
Je descends. Pas envie de rentrer direct. Je file voir Anaïs à l'hôpital. Son état a empiré.
— Bonjour, je cherche Mlle Anaïs ******.
— Chambre 15B.
— Merci.
Je la trouve assise, jean noir déchiré, pull bleu ciel à capuche.
— Ça va ?
— Oui, maintenant.
— Qu'est-ce que les docteurs ont dit ?
— Hausse de tension.
— Tension ? 😱
Mon téléphone vibre. Appel vidéo. Fatou et Amara.
— Salut, les filles.
— Salut !
— T'es où ? demande Fatou.
— À l'hôpital.
— T'es malade ? s'inquiète Amara.
— Non, je vois une amie.
— Tu nous as remplacées ?
— Pourquoi je ferais ça ?
— Tu nous la montres ?
— Bien sûr.
Je tourne la caméra.
— Écoute-moi bien, brunette, déclare Amara, les amis d'Amira sont aussi nos amis.
— Bienvenue dans le groupe des folles, ajoute Fatou.
— Merci, répond Anaïs, un peu gênée.
— Elles sont folles, mais tu t'y habitueras, je dis.
— À bientôt !
— Ciao !
Je raccroche.
— Bon, je te laisse, Anaïs.
Je rentre. Dans la chambre, Mara est sur son lit, pyjama, téléphone en main.
— Salut.
— Wesh, salut. T'étais où ?
— À l'entretien.
— Et t'es prise ?
— Bien sûr.
Je file à la salle de bain. À ma sortie, elle se tait, l'air bizarre.
— Qu'est-ce qu'il y a, Mara ?
— Rien. Bonne nuit.
— OK... bonne nuit.
Pourquoi ça me fait mal au cœur ? On n'a jamais eu une vraie relation de sœurs, mais là, son silence me pèse. J'essaie de dormir. Impossible. Alors j'enfile mes chaussures et je sors.
Il est tard, mais tant pis. Je marche, le nez vers les étoiles. Je rêve... je me perds. Banlieue animée. Des rires, des enfants qui courent, des lumières partout. Ça me rappelle mon pays. Il me manque.
Un enfant me bouscule. Une petite fille aux nattes perlées, sourire craquant.
— Désolée.
— Oh, t'inquiète pas, ma puce. T'es toute seule ?
— Non, mon frère est pas loin.
— Layla !
Un grand type s'approche. Un vrai BG. Peau mate, carrure imposante. Moi, à côté, je suis un moustique.
— Salut.
— Salut, dis-je gênée.
— Lui c'est mon frère Jamal, dit la petite. Et elle c'est...
— Amira.
On discute. Il est drôle, un peu idiot, mais attachant. Ses fossettes ressortent quand il sourit. Trop beau.
— Vous n'avez pas de famille ?
Il s'étouffe presque avec son cornet de glace.
— Mon père nous a laissés avant la naissance de Layla. Ma mère est morte l'an dernier. Alors je m'occupe d'elle. Mais dans ce monde, y'a pas beaucoup de place pour les gens comme nous. Ce quartier, c'est celui des laissés-pour-compte. J'essaie juste de donner à ma sœur une enfance normale. Mais c'est pas facile quand tout le monde te rejette.
Je baisse la tête.
— Je suis désolée, j'aurais pas dû demander...
Il pose sa main sur mon épaule. Son regard marron accroche le mien.
— Hey, t'inquiète. T'étais pas censée savoir. Puis il sourit. — T'es grave ouf, toi. Bon, je dois rentrer, il est déjà 23h. À la prochaine, Amira.
Et il disparaît dans la foule. Moi aussi, je dois rentrer.
À la maison, ma mère m'attend au salon.
— Où étais-tu, bon sang ?
— Je prenais l'air.
— À une heure pareille ?
— Oui. Et toi, tu viens de rentrer, non ? Je ne fais que suivre ton exemple.
Elle écarquille les yeux.
— Qu'est-ce que tu viens de dire ? Répète.
— Je suis fatiguée. J'ai cours demain.
Je monte.
— Amira, reviens tout de suite !
Mais je ne l'écoute plus. Je suis déjà allongée, lessivée.
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AMOUR TOXIC
RomanceAmira part en France avec sa famille pour finir ses études et faire soigner son père. Elle y rencontre Kyllian blanc et surtout raciste, ce qui entraîne de nombreuses épreuves et rebondissements dans leur relation. Parviendront-ils à surmonter le...
