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POV Anaïs
Enfin, ce n'est pas trop tôt ! Mon père rentre aujourd'hui, il est déjà 22h passé et j'appréhende sa réaction. Je lui ai dit que j'avais des amies qui dormiraient à la maison, et là, j'ai peur qu'il le prenne mal. J'entends sa voiture, il est enfin arrivé. Je descends les marches trois par trois et l'attends dans le hall.
— Bonsoir, père.
La voix résonne dans le hall comme un écho froid. Les clés grincent, la porte se referme. Il est revenu plus tôt que prévu, ou peut-être ai-je seulement l'impression que le temps s'est accéléré pour me précipiter vers ce moment. Mon cœur bat trop vite, la gorge serrée ; j'essaie d'aligner mes phrases avant qu'il n'ait le temps d'en prononcer une. Je sais déjà comment ça va finir : une réprimande, un décret, la clôture d'une porte qu'on croyait entrebâillée.
— Bonsoir, Anaïs, répond-il d'un ton sec.
Je sens son regard m'accrocher, peser sur moi. J'inspire profondément, espère trouver dans ma voix quelque chose d'assuré.
— À propos des amies qui dorment ici... je voulais te prévenir, fais-je, cherchant à transformer l'appréhension en explication.
— Je t'écoute.
Le silence s'étire comme un ressort qu'on tend. Je cherche à formuler l'avalanche de raisons et d'excuses en une phrase claire.
— Ce sont des amies étrangères ; elles n'avaient nulle part où aller, alors je les ai proposées chez nous, dis-je, le cœur battant.
Un battement de trop. Sa mâchoire se contracte. La maison, notre maison, son territoire, vient de se transformer en champ de batailles invisibles.
— Tu t'entends parler ? Des étrangers ? Ma maison n'est pas une auberge. Tu n'héberges pas qui te chante sans mon accord, tranche-t-il.
— Mais père... je commence, cherchant déjà à recoller les morceaux.
— Pas de « mais ». Demain, je ne veux plus les voir ici. Est-ce clair ?
Il y a des mots qui ne se négocient pas. Sa décision tombe, lourde. Une colère froide se faufile le long de ma colonne, me glace les veines.
— Si elles partent, alors moi aussi je m'en vais, dis-je plus fort que je ne le souhaite, parce que je refuse l'humiliation de chasser des gens parce qu'ils ne lui plaisent pas.
Sa face se durcit, comme si je venais de franchir une ligne invisible.
— Qu'est-ce que tu racontes encore ? rétorque-t-il, incrédule.
— Je t'ai dit la vérité, je répète. Si tu veux qu'elles s'en aillent, je partirai aussi.
Un instant, il est immobile. Ses yeux fouillent mon visage, cherchent une faille, une provocation. Puis, d'une voix qui ne laisse rien paraître de tendre :
— Elles peuvent rester. Mais ne me dis pas que je suis ton père parce que tu m'as désobéi.
Comme s'il avait barré une case dans un dossier, il quitte la pièce. La porte claque. Le silence retombe. Je glisse le long du mur jusqu'au balcon et m'assois, comme si les planches de bois pouvaient soutenir la fatigue qui me noue la poitrine. Les larmes montent sans bruit. J'ai vingt ans et j'ai toujours l'impression d'être encore une enfant qui doit prouver qu'elle existe.
— Je peux ? souffle une voix douce derrière moi.
Je me redresse, essuie mes joues d'un geste maladroit. Fatou se tient là, la capuche relevée, les yeux rougis. Elle a entendu la scène, comme je le craignais.
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AMOUR TOXIC
CintaAmira part en France avec sa famille pour finir ses études et faire soigner son père. Elle y rencontre Kyllian blanc et surtout raciste, ce qui entraîne de nombreuses épreuves et rebondissements dans leur relation. Parviendront-ils à surmonter le...
