Chapitre 16 - A Ashley Seaver

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Seaver rentra dans son appartement. Une fois la porte fermée, elle verrouilla les deux verrous et vérifia par trois fois que tout tenait bien. Fébrile, elle sortit son arme et fit ensuite le tour complet de son lieu de vie, s'arrêta derrière chaque porte, alluma chaque lumière. Une fois qu'elle fut certaine d'être seule, elle s'effondra. Assise dans l'encadrement de la porte de sa chambre, elle pleura.

Ensuite elle redescendit dans sa cuisine. Elle se fit un thé et s'assit sur le canapé, elle alluma la télé et lança un programme auquel elle n'attribua que peu d'intérêt. Les yeux fixés sur un point imaginaire, elle laissa son thé refroidir sans même y avoir touché. Elle pleura encore.

Elle finit par s'endormir. Son sommeil fut léger et elle ne cessait de se réveiller, assaillie par des images de Karl qui riait à gorge déployée devant elle, le visage d'enfant d'Alicia qui implorait son père du regard de la laisser alors qu'il lui écrasait la main sur la vaisselle brisée tout en la filmant, la moue de mépris que lui avait adressé Debrah... Seaver se réveilla une énième fois, hantée par ce regard dédaigneux et essuya une larme qui continuait de couler sur sa joue. Prise d'une répulsion soudaine, elle arracha le pendentif doré qu'elle portait autour du cou. Les mots de Debrah tournaient en tête dans son esprit... elle ne cessait de repenser à l'enfance terrible qu'avaient subi cette famille et commençait à tout remettre en question. Qui était-elle pour prétendre essayer de rendre le monde meilleur ? Que pouvait-elle faire à son échelle ?

Ashley,

Petite nouvelle au sein de notre équipe, j'aurais tellement aimé pouvoir te connaître plus. Malgré le peu de temps que nous aurons passé ensemble, je suis honorée et rassurée de savoir qu'il existe toujours des personnes de ta trempe et de ta foi pour rejoindre cette équipe.

Je sais que tu as peur, peur de ne pas être à la hauteur, peur de ne pas être capable d'encaisser, peur de te laisser submerger, peur de te perdre. Cette peur, on l'a tous vécue à notre arrivée. Il faut que l'acceptes et que tu l'affrontes, mais rassure-toi, tu n'es pas seule. Les membres de l'équipe seront là pour t'aider à y faire face et te rassurer. Accepte tes cauchemars et accepte le fait que tout le monde soit passé par là au début. Parles-en aux autres, ils sauront t'aider.

Du peu que j'ai eu l'occasion de voir je peux tout de même t'assurer que tu es faite pour ce boulot et ton avenir est prometteur. Quelle que soit la voie que tu choisiras, quelles que soient les opportunités que tu croiseras, je sais que tu feras le meilleur choix pour toi et que tu réussiras haut la main.

Surtout ne fuis pas qui tu es, ne te nies pas en espérant pouvoir changer pour ce boulot. Notre travail ne vaut pas que nous nous détruisions. Ce n'est pas notre job qui fait ce que nous sommes, c'est nous qui faisons ce job comme il est.

Et ne renies pas non plus ton passé. Quand j'ai appris qui était ton père... j'ai hésité à venir te parler mais je me rends compte que j'ai eu raison de ne pas le faire. Qui suis-je pour oser donner des conseils après tout ? Tout ce que je peux néanmoins dire maintenant, c'est d'accepter ce que tu ressens : peur, haine, amour, dédain, nostalgie... Tout ce que tu ressens ne fait pas de toi quelqu'un de mauvais ou de méprisable, cela fait de toi quelqu'un d'humain. Et nous avons grandement besoin d'humains dans ce monde Ashley.

Pendant ces quelques semaines, j'ai vu en toi ce qui pourrait se rapprocher d'une petite sœur. J'ai eu envie de te prendre sous mon aile et te protéger, je pense qu'en réalité je me suis revue en toi. Moi et ma volonté de prouver au monde entier ce que je valais, de prouver qui j'étais, de savoir qui j'étais. N'hésite pas à prendre du recul, ce boulot n'est pas qui tu es et ce n'est pas en sauvant des vies et arrêtant des tueurs que tu le sauras. Tu comprendras qui tu es au contact de ton équipe et tu construiras la personne que tu veux devenir aux yeux du monde.

Je te souhaite bonne chance Ashley,

Alicia.

Seaver replia la lettre. Deux petites marques circulaires humides marquaient le bas de la feuille, à côté du nom de la profileuse. Elle ne pensait pas qu'elle serait aussi émue en lisant la lettre d'adieu d'une femme qu'elle connaissait depuis à peine quelque mois. Mais Alicia avait toujours su trouver les mots justes pour lui parler. Non, maintenant qu'elle y repensait, elle n'avait même souvent pas besoin de parler. Alicia avait toujours été de nature discrète, affichant son soutien et son affection dans des gestes et des regards plus que dans des mots. Son langage était réservé aux affaires en cours, pour délivrer un profil ou arrêter un suspect et quand elle parlait à ses collègues en dehors des bureaux, c'était en tant qu'amie, ses mots étaient précieux et lourds de sens.

Elle essuya ses yeux humides et souffla longuement. Elle reposa la lettre sur la table de son séjour et but une gorgée de son thé froid. Elle resta ainsi assise pendant plusieurs minutes, les yeux perdus dans le vide, ses ongles tapotant la tasse par intermittence. Elle posa ensuite son regard sur le collier qu'elle avait arraché précédemment et fit couler la chaîne entre ses doigts. Avec l'âge, elle avait appris à détester ces marques d'affection de la part de son père, ces cadeaux qu'il lui faisait alors qu'il torturait et tuait des femmes innocentes à côté d'elle, ces cadeaux destinés à alléger sa conscience. Pourtant, elle continuait d'apprécier ce pendentif. Et elle continuait d'aimer son père. Elle replia le fermoir derrière sa nuque et l'ajusta autour de son cou, elle joua un instant avec puis le reposa et l'aplatit contre son torse. Elle saisit ensuite son téléphone et lança un morceau de musique classique pour se détendre. Elle finit par plonger dans un sommeil sans cauchemars, un sommeil qui la mena loin de tout.

Profileuse [Esprits Criminels]Des histoires addictives. Découvrez maintenant