Epilogue

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Spencer,

Auras-tu le courage d'ouvrir cette enveloppe et lire cette lettre ? Tu es l'un des premiers à qui j'ai eu envie d'écrire mais j'ai sans cesse repoussé, ne sachant réellement quoi dire. Je ne sais pas depuis combien de temps Karl me retient ainsi prisonnière mais il ne s'est pas passé une seule seconde sans que je ne pense à toi.

Je suis désolée Spencer, désolée de te replonger dans ce cauchemar après toutes ces années, alors que toi et Diana avez déployé tant d'énergie pour me tirer de cet enfer. Je n'ose même pas imaginer la pression que tu dois avoir sur les épaules en ce moment-même. J'espère que toute cette histoire ne t'aura trop coûté et que tu me pardonneras d'avoir préféré garder le silence et, par conséquent de te l'avoir imposé.

Mais au-delà d'excuses, je dois sincèrement te remercier. Te remercier de m'avoir abordée ce jour-là, d'être venu m'aider pour ces poubelles, puis de m'avoir proposé des vêtements, de la nourriture et des soins quand ma mère m'avait mis dehors. Merci d'avoir osé faire ce que tout le voisinage n'a jamais fait. Merci de m'avoir tendu la main. Merci de m'avoir appris à aimer et être aimée.

Grandir dans un foyer hostile n'est jamais un bon départ pour tout individu et personne ne pourra jamais dire comment les choses auraient tournées pour moi si tu n'avais pas été là à cette époque. Toi et Diana m'avez véritablement sauvé la vie. A deux reprises : d'abord en me faisant définitivement partir puis ensuite en me prenant sous votre aile et en me montrant que le monde pouvait aussi être composé de sourires et d'amour. Merci pour tous ces moments de tendresse absolue qui m'ont aidé à garder la tête hors de l'eau, merci d'être aussi adorable quand tu es gêné, merci pour ton enthousiasme quand tu parles d'un sujet qui te passionne. Merci d'être toi.

J'ai toujours eu peur de tout... mais plus que n'importe quoi j'avais peur de mourir. De mourir seule. De mourir triste. Aujourd'hui je suis certainement plus proche de la mort que je ne l'ai jamais été ces dernières années et pourtant cette peur a changé. Elle est toujours là, primaire, viscérale. Mais elle n'a plus les mêmes causes. Je sais que je ne suis plus seule. J'ai été accompagnée et aimée, grâce à toi.

C'est certainement le pire moment pour le dire... mais je crois que je suis tombée amoureuse il y a des années de cela. Amoureuse de toi, de ton innocence, de la tendresse que tu m'apportais. J'aime tout chez toi. Ton sourire, tes yeux, ta douceur et ta gentillesse.

Mais ça ne restera qu'une utopie. Toi et moi. Si on essayait, ça marcherait pendant un moment et puis ça nous détruirait. Tous les deux. Car le problème est que je ne peux t'aimer qu'au travers de mon prisme d'enfant. Et je ne peux pas me permettre de t'y emprisonner. Ce serait égoïste et cruel. Alors finalement, pourquoi ne pas simplement dire je t'aime. Simplement je t'aime. Et c'est tout.

C'est un des plus gros paradoxes de ma vie. Ce job dans lequel on voit les pires horreurs, on traque les pires criminels, m'a appris à aimer. Il m'a appris à ressentir, éprouver, transmettre et aimer. Vous m'avez appris tout ça. Tu m'as appris tout ça.

Je n'ai jamais espéré de fin heureuse. Alors je me suis contentée de savourer chaque jour, chaque instant. Et c'est ce que je retiens aujourd'hui. J'ai peur mais j'ai vécu du mieux que j'ai pu. J'ai dépassé le stade de la survie pour pouvoir vivre pleinement. Et ça n'a pas de prix. Les happy ending n'existent pas, du moins pas pour moi, c'est aussi pour ça que je me suis autant investie dans ce job. J'ai transposé pendant de si longues années, on sait tous pourquoi j'ai choisi de travailler avec des enfants. J'espérais, au fond, que sauver des petits me permettrait de me sauver moi-même. Et on sait tous que ça ne marche pas comme ça. Mais dans le fond je suis heureuse de tout ce que j'ai accompli et de tous les enfants que j'ai sauvé.

Profileuse [Esprits Criminels]Des histoires addictives. Découvrez maintenant