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10 OCTOBRE 2014

2 MOIS PLUS TARD

Je rigole avant de souffler mes 23 bougies. Mes amis se mettent à applaudir, ce qui me met légèrement mal à l'aise. Je ne sais pas exactement comment réagir dans cette situation alors je me contente de sourire. Un regard persistant sur moi me met encore plus mal à l'aise mais je l'ignore.

Je porte une belle robe aujourd'hui, j'ai fait l'effort pour mon anniversaire car j'ai tendance en ce moment à ne porter que des survêtements.

J'emmène ensuite mon gâteau dans la cuisine où je vais le couper puis distribuer à mes invités, qui se composent de Youssef, Manël et certains des gars

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J'emmène ensuite mon gâteau dans la cuisine où je vais le couper puis distribuer à mes invités, qui se composent de Youssef, Manël et certains des gars. Obtenir l'accord de mes parents pour inviter des hommes à ma « fête » d'anniversaire n'a pas été facile mais j'ai réussi grâce à l'aide de mon frère.

La porte de la cuisine s'ouvre sur Tarik qui me regarde de haut en bas avant de sourire mais il ne m'adresse pas la parole et il se pose à la fenêtre pour fumer.

- Tu viens quand même plus tard ou ça va être chaud? demande-t-il après avoir fini sa clope.
- Je viens, répondis-je tout en continuant de m'occuper de mon gâteau.

Manël et moi avons passé la matinée à faire mon gâteau et suis impatiente de le goûter. J'ai choisi de faire un gâteau framboise-passion parce que je n'aime pas le chocolat et je ne voulais pas faire quelque chose de trop simple.

Ça m'a fait plaisir de partager ce moment avec Manël, lorsqu'elle a emménagé chez nous on s'est ironiquement éloignées mais je suis contente parce que c'est redevenu à peu près comme avant entre nous. Peut-être que mon secret avec Tarik est également une source de notre éloignement...

Quand je sens une main effleurer ma hanche, je ferme les yeux quelques secondes pour reprendre mes esprits. Je sens mon rythme cardiaque accélérer mais je tente de respirer normalement afin qu'il ne l'entende pas.

- Je suis impatient de goûter, chuchote-t-il dans mon oreille.

Je me retourne et je lève les yeux au ciel.

- Allez, prends ces assiettes et distribue-les au salon, dis-je en mettant des assiettes dans ses mains.

Il ronchonne mais il le fait quand même. Je soupire un bon coup une fois qu'il est loin. Je crois qu'il a compris qu'il m'attirait et j'ai l'impression qu'il en joue beaucoup en ce moment.


*
* *


La routine nous tuera. Chaque soir depuis août, Tarik et moi sommes assis à ce même endroit où on attend des clients pour leur vendre la mort.

La plupart du temps, il ne parle pas. J'arrive parfois à lui tirer les verres du nez parce que je m'ennuie mais si le sujet de conversation ne lui plaît pas, il me lance simplement un regard de travers et ne répond pas.

- C'est un truc de dingue comment t'es différente quand tu portes une robe, dit-il en me regardant.
- Pourquoi?
- Bah tema ce truc, dit-il en touchant mon jogging. Ça te met pas en valeur.
- C'est le but, dis-je en haussant les épaules.

Il hoche la tête et tire sur son joint. Je tends la main pour essayer de piquer le cône entre ses lèvres mais le maghrébin me lance un regard noir.

- Commence pas Emna, je suis déjà gentil de rien dire pour les clopes. Abuse pas, dit-il sévèrement.
- J'ai envie de tester.
- Ouais bah non.

Je souffle et croise les bras.

- On se fait chier ici.
- Ouais, c'est la vie.
- Ça fait combien de temps que tu bibi toi?
- J'sais pas, trop longtemps...

Je le regarde et je suis étonnée par la tristesse qui semble l'habiter.

- Tu penses que ça va marcher le rap, pour Nabil et toi?
- Ouais, on a des grands projets. On ne peut que réussir, il suffit que les gens comprennent notre délire. On bosse beaucoup, ça va marcher.

Je souris.

- Quand j'aurai assez de thune, j'arrêterai de bicrave pour faire du rap et toi, tu partiras d'ici.
- Ouais, c'est le projet.
- Tu sais déjà où tu veux partir?
- Ouais, Milan. Je veux faire mon master là-bas et idéalement y trouver du boulot.
- C'est bien ça.

Je hausse les épaules. Je commence à perdre espoir, malgré toutes ces nuits à traîner, je n'ai pas l'impression de voir ma somme d'argent augmenter.

- Tu vas laisser ta famille ici et partir? s'étonne-t-il.
- Oui, ils sont pas intéressés par ma carrière, ils veulent simplement que je me marie avec un imam.
- Mais c'est pas dans tes projets, conclue-t-il.
- Non, l'Islam ça m'intéresse pas. Surtout pas la manière dont ma famille le pratique.
- T'es surprenante comme meuf, finit-il par me dire.
- J'sais que tu comprends pas, dans votre famille vous êtes soudés. Mais moi je les aime pas.
- T'as raison, je comprends pas vraiment. Mais je suppose que t'as tes raisons.
- Ouais, exactement.

PAS D'JASMINE POUR JAFAR - ADEMOOù les histoires vivent. Découvrez maintenant