Ennuyé, fatigué, Louis qui était en train de sécher des verres à bière dans le bar où il passait ses soirées, regarda l'heure sur son téléphone. 18h37. Réalisant qu'il devrait essuyer des verres pendant deux longues heures encore, Louis soupira. Il n'avait qu'une envie, se laisser tomber sur le clic-clac taché de son appartement, et dormir jusqu'à la fin des temps.
L'hiver semblait avoir aspiré toutes ses énergies positives, il n'était plus bon qu'à aller en cours, sécher des verres et dormir. Il ne lisait plus, il n'écrivait plus, il ne sortait plus. Et travailler sur sa thèse chaque jour lui semblait être une épreuve. Entrevoir le printemps dans les derniers jours de février était certainement la seule chose qui le poussait à se lever le matin.
Louis rêvait d'été, de jours remplis de lumière et de chaleur. Il souhaitait sortir à nouveau et retrouver une inspiration neuve, une qui ne soit pas engluée de froid.
Toujours était-il que le printemps ne se montrerait pas si facilement, il allait falloir peiner encore un peu avant de voir des filament d'été percuter les rues bétonnées de New York. Il allait falloir endurer la fin de l'hiver pour sentir la tiédeur monter dans les rues encombrées.
Louis reposa le verre qu'il avait dans les mains depuis dix bonnes minutes, il se demandait comment le bar pouvait être si vide. Enfin, il fallait dire qu'il faisait froid, très froid même, et qu'en ce lundi soir, Louis n'avait aucun mal à imaginer que peu de personnes soient assez vaillantes pour sortir. Il y avait tout de même quelques personnes déjà installées sur les banquettes devant des verres de bières, mais rien qui ne puisse réellement perturber le calme.
Quelques minutes plus tard, quelqu'un fit tinter la clochette de la porte d'entrée. Louis se retourna, aperçut un jeune homme qui s'approchait du bar. Il portait un gros appareil photo autour du cou et tout son être semblait englouti par une multitude de vêtements chauds. Il s'assit juste en face de Louis et se débarrassa de son surplus de textile. En dessous de toutes ces couches, il y avait bien un jeune homme. Louis aurait juré qu'il était plus jeune que lui, portant encore sur ses joues rondes les marques de l'adolescence. Ses pommettes étaient roses, tachées par le froid. Ses cheveux étaient bruns et bouclés et retombés au milieu de ses oreilles dans un mouvement fluide. Et sous l'éclairage jaune et brûlant des ampoules nues qui se balançaient au plafond, les yeux du jeune homme étaient vert, un vert marin qui tirait vers le bleu.
Il était beau, cet inconnu qui semblait étranger aux lieux. C'était comme s'il ne connaissait pas encore la ville mais que déjà, il l'a possédait.
« Bonsoir, tu pourrais me servir un bière s'il te plaît, un truc léger », demanda l'inconnu d'une voix rauque, éraillée, qui semblait ne pas avoir été utilisée depuis un certain temps. Un accent britannique se fit aussi entendre dans ces quelques mots. C'était un accent lourd et qui portait une prestance lointaine, que Louis n'entendait presque plus, maintenant qu'il vivait ici.
Louis songea à lui demander sa carte d'identité pour vérifier son âge, puis renonça. Il ne sut vraiment pourquoi.
« Bien sûr, je fais ça tout de suite », Louis se dépêcha de servir une bière et la posa sur le comptoir juste devant le jeune homme. « Ça fera six dollars s'il te plaît ».
L'inconnu déposa six dollars sur le comptoir juste à côté de son verre et Louis retourna à son occupation passionnante qui consistait à essuyer des verres. Il lançait de petits coups d'œil discret à l'inconnu qui semblait absorbé par l'écran de son appareil photo.
Louis s'ennuyait, et il lui restait encore une heure et demi à souffrir. Le jeune homme continuait de scruter l'écran minuscule de son appareil photo tout en sirotant sa bière, les sourcils froncés de ce que Louis devinait être de la concentration.
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Far Away.
FanfictionLouis connait New York, il y connait les rues et les stations de métro et la démarche des gens. Il y connait l'hiver, froid et gris et interminable. Infernal. Louis aimerait y mettre fin, à cet hiver qui frissonne jusque dans ses méninges, glaçant...
