CHAPITRE 17 - Will the Wise Part. II

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2 Novembre 1984.

— Jo ?

— Salut, Joyce.

Jo avait passé une nuit affreuse, remplie de souvenirs cauchemardesques et de visions étranges qui l'avaient entraînée tellement loin que c'est Steve qui était venu la réveiller après avoir entendu son réveil sonner pendant plus de quinze minutes. Elle s'était levée en nage, avec l'impression de ne pas être totalement dans la réalité, d'évoluer sur un plan parallèle. Quand ils étaient arrivés devant le lycée, elle avait tourné les talons au moment où son frère l'avait laissée, quittant l'enceinte bruyante d'un pas rapide qui l'avait conduite jusqu'à la maison des Byers.

Plantée devant la silhouette pâle de Joyce qui se tenait dans l'entrebâillement de la porte entrouverte, Jo esquissa un petit sourire timide en triturant la bague en argent à son index, pas vraiment sûre de ce qu'elle faisait là. Le ciel était chargé d'une couverture grisâtre et impersonnelle, et le vent frais roulait dans l'atmosphère, soulevant des guirlandes de feuilles colorées à son passage par intermittence.

— Je venais juste voir si Will allait mieux, elle déclara enfin.

Ce n'était pas la première fois que Jo passait chez les Byers. Elle avait passé plusieurs après-midi ici avec Jonathan, deux ans plus tôt, quand elle s'était prise de passion pour la photographie et que le garçon lui avait appris ce qu'il connaissait. Et sur l'année écoulée, elle s'était souvent arrêtée pour prendre des nouvelles de tout le monde le temps d'un café, souvent avant le début de ses cours.

Joyce savait que Jo avait été plus marquée que les autres par les événements de l'année précédente. Malgré son caractère résilient et fort, la jeune femme était quelqu'un de particulièrement sensible, et ça depuis toute petite. Elle s'était souvent confié à Joyce—voyant peut-être en elle l'image de la mère attentionnée qu'elle n'avait jamais eu—sur ses cauchemars récurrents et sur cette impression de ne plus évoluer totalement sur la même ligne de temps que le reste du monde depuis les sinistres événements. Joyce avait toujours considéré Jo comme une amie de la famille, et elle n'avait jamais hésité à lui accorder son temps quand la jeune femme semblait en avoir besoin. Et il était plutôt clair que Jo en avait besoin en ce moment, vu ses traits tirés et les cernes sous ses yeux.

— Il est encore au lit, déclara enfin Joyce en faisant un pas de côté pour la laisser entrer. Ça va, toi ? elle ne put s'empêcher de demander en notant les traits pâles et fatigués.

— Mauvaise nuit, répondit Jo en levant une main inconsciente à sa cicatrice pour la frotter, comme si elle la démangeait, ses iris parcourant le salon d'un regard fuyant.

Elle avait l'impression de voir la pièce entièrement rénovée en filigrane, le présent et le passé se juxtaposant au fond de ses rétines. Les guirlandes de Noël au plafond et le trou béant ouvert sur une pellicule visqueuse qui en laissait sortir un monstre sans visage, la batte de baseball posée sur la table, Nancy qui braquait son arme sur Steve...

— Toujours ces cauchemars ? demanda Joyce en notant le front plissé de la jeune femme.

Jo hocha distraitement la tête en réponse, suivant ensuite la mère de famille qui l'invitait d'un bras à aller à la cuisine sur la gauche.

— Tu en as parlé à Miss Kelley ?

— Pas vraiment, avoua Jo en la regardant prendre deux tasses propres près de l'évier et les remplir de café frais.

Elle s'installa à une chaise autour de la petite table, posant ses avant-bras sur le bois éraflé avant de remercier Joyce d'un sourire quand cette dernière posa une des tasses fumantes devant elle. Le grand cendrier posé au milieu de la table regorgeait déjà d'une dizaine de mégots écrasés nerveusement.

She's Lost ControlOù les histoires vivent. Découvrez maintenant