Chapitre 14

43 11 26
                                        




Après la discussion avec ma mère, nous avons parlé de tout et de rien. L'ambiance s'était apaisée et nous n'avions pas remarqué que le temps filait, dès lors où la nuit était tombée. 

J'étais épuisée par les derniers événements, mais en quelque sorte, j'étais aussi soulagée. J'avais l'impression de mieux connaître mes parents, et même si je ne pardonnais pas ce qui s'était produit, j'étais quand même heureuse qu'elle se soit confiée à moi.

J'étais curieuse de savoir ce qu'avait vécu mon père, mais si lui-même n'arrivait pas à en parler à sa femme alors ce n'est certainement pas avec moi qu'il le ferait.

- Maman ? Sur le chemin du retour, ma mère contemplait Feren qui sautillait autour d'elle. Les couleurs étaient plus présentes sur son visage et ses traits étaient moins crispés.

- Mmmh ?

- Même si papa ne t'a jamais rien dit, tu n'as jamais eu d'hypothèses sur ce qu'il s'était passé ?

- Hypothèses, je ne sais pas, mais ce qui est certain, c'est que je me suis imaginée beaucoup de choses.

- Comme par exemple ?

- Je me suis dit qu'il s'était battu, que peut-être, il appartenait à un groupe et qu'il avait été chassé, mais rien ne semblait tenir la route.

- Pourquoi cela ?

- Car tout ce que j'imaginais était trop doux pour la terreur qui habitait son regard. Je ne sais comment le dire, mais il ne s'agissait pas là d'un simple traumatisme. Il a fallu qu'il épuise toutes ses forces pour qu'il souhaite s'accrocher un minimum à la vie.

Tout me semblait surréaliste, mon père qui d'ordinaire, semblait si distingué et maître de ses émotions avait été l'ombre de lui-même. Que s'était-il passé ? Toute cette histoire m'intriguait énormément. Peut-être n'avait-elle aucun rapport avec Lilith où mon absence de magie, mais quelque chose me poussait à en savoir plus.

- Où était-il lorsque tu l'as rencontré pour la première fois ?

- Je ne sais pas ma chérie, ça remonte à il y a si longtemps.

Elle sembla chercher dans sa mémoire et malgré le silence que je lui laissais pour trouver l'information, rien ne vint. Elle ne devait vraiment pas s'en souvenir.

Des gardes patrouillaient non loin de nous, car nous nous approchions de la barrière magique. C'était le seul chemin pour rejoindre la maison et nous sentions toute la tension qui émanait de ces immortels.

Feren s'agita et les feuilles en son sommet tremblaient. Quelque chose le perturbait et l'agaçait. Il plaqua ses petites pattes sur ses oreilles, mais ça ne semblait pas fonctionner. Je me baissais pour le prendre dans mes bras, mais lorsque mes mains étaient à quelques centimètres de lui, il s'enfuit.

- Feren !

Mon cri avait interpellé les gardes qui s'étaient tournés en notre direction. Instinctivement, je lui courais après pour tenter de le rattraper.

- Feren revient !

Il s'enfonça dans les bois et l'obscurité qui y régnait m'empêchait de voir les obstacles qui s'y trouvaient. Malgré tout, je poursuivais ma course. Des branches fouettaient mon visage et mes bras. Au son de mes vêtements et à l'air qui chatouillait ma peau, je comprenais que j'avais arraché le tissu de ma robe à certains endroits. On s'approchait dangereusement de la barrière et je compris rapidement qu'il se dirigeait vers elle.

- Feren ! Non ! Ne va pas par là !

Mes cris ne le dissuadaient pas et, arrivé à la lisière de ce voile magique, il se stoppa, j'étais à une dizaine de mètres de lui et je sentais l'air brûler mes poumons. J'étais à bout de souffle et certains endroits me piquaient légèrement. Je devais m'être coupé. À son approche, je ralentis pour ne pas l'effrayer. Il fixait un point invisible et lorsque j'étais à quelques centimètres de lui, je tentais de le calmer.

- Hey là ! C'est tout, ma fripouille, tu as eu peur, mais tout va bien.

Il se tourna surpris de ma présence et prit une position de défense.

- Feren, c'est moi, Aerin.

Ses yeux se dilatèrent, signe distinctif qu'il me reconnaissait enfin. Je franchis la distance qui nous séparait pour le recueillir dans mes bras, mais une fois de plus, lorsque j'étais à sa portée, un élément extérieur m'empêcha de le récupérer.

- Halte-là, arrêtez-vous, n'avancez pas davantage.

Les gardes m'avaient suivi et lorsque Feren baissa le regard sur eux, il feula et sauta devant lui, puis disparut. Sans trop réfléchir, je le suivis et la chair de poule qui glissa le long de mon échine m'indiqua que j'étais passé à travers quelque chose.

- Noooooon !

La voix de ma mère résonna en moi et quelques secondes plus tard, j'atterris à quatre pattes, sur un sol dur. La douleur qui émanait de mes genoux m'indiqua que je m'étais blessée. Je regardais l'étendue des dégâts et effectivement, je saignais. Foutu corps fragile.

Feren se frottait à ma hanche, réclamant des caresses, il semblait apaisé.

- Tu vas bien ?

Il me sourit et se blottit contre moi, signe que c'était terminé.

- C'est bon mama...

Mais lorsque je me retournais pour rassurer ma mère, elle avait disparu ainsi que les gardes. J'étais seule dans une forêt qui m'était différente de celle que je connaissais.

- Maman ?

Je me redressais et je revins sur mes pas, mais arrivée à une certaine hauteur, je rencontrais un mur invisible.

- Qu'est-ce que ?

Je posais les mains devant moi et rapidement, elles rencontraient une surface solide. C'est là que j'ai compris, j'étais passée au travers de la barrière magique.

Entre deux mondesDes histoires addictives. Découvrez maintenant