Le soleil, déjà bien haut dans le ciel, traversait ma fenêtre et vint caresser mon visage. La chaleur était rassurante et réconfortante, mais la lumière était aveuglante même au travers de mes paupières closes. J'étais partagée entre le fait de rester au lit pour me reposer et de me réveiller pour plier bagage avant qu'il ne soit trop tard. En pivotant pour fuir cette clarté trop intense, mes muscles hurlèrent de douleur me forçant à émerger. La raideur de mon corps m'indiquait que certains effets du poison étaient encore présents. Heureusement, ça ne devrait pas durer trop longtemps.
Je poussais la couverture et je me rendis compte que la fraîcheur de la nuit avait laissé place à une douceur printanière. Au travers des vitres, le chant des oiseaux me rappelait la clairière qui se situait en face de chez moi. Un peu plus et j'aurais pu penser que j'étais à Sidéris, aux côtés de ma famille, mais la réalité était tout autre. Je me dirigeais vers la salle de bain ou j'ouvris le robinet en priant pour que ça m'aide à faire fuir les raideurs restantes. Le son de l'eau jaillissant du pommeau me donna un sentiment de réconfort et je me hâtais de me glisser sous le jet. La chaleur détendit les tissus de mon corps et la pression repoussa les dernières traces de la nuit. Je revivais. Lorsque j'appliquais le savon à la lavande déjà présent dans la douche, je me rendis compte que je me sentais sale de l'agression que j'avais vécue deux jours auparavant. Je frottais donc jusqu'à faire rougir ma peau. Au niveau de mon mollet, je découvris une blessure cicatrisante en forme de demi-lune. Je me rappelais les crocs de ce monstre plantés dans ma chaire et je grattais de plus belle. Peu importait que cela me marquât à vie, j'avais simplement besoin d'effacer les traces qu'elle m'avait laissées. Une fois que la douleur fût intenable, je stoppais mon nettoyage. Je quittais avec regret les volutes de vapeur qui s'étaient créées et je m'enveloppais dans une serviette.
La porte de la salle de bain s'ouvrit subitement, Sira croisa mon regard et je fus surprise de le voir débouler comme ça. Je serrais davantage le tissu qui couvrait ma nudité. Il remarqua la tenue dans laquelle je me trouvais et il détailla mes courbes. Rapidement, il prit conscience de la situation et sembla mal à l'aise.
- Heu... Par..Pardon...je ne savais pas...
Il s'emmêla dans ses explications et abandonna de se justifier. Il reprit une certaine contenance et me fixa sans cligner des yeux ni en déviant le regard.
- Je venais voir si tout allait bien, on t'a appelé plusieurs fois sans réponse de ta part. Lilith s'inquiétait.
Je hochais la tête, ne sachant pas quoi dire.
- Peu importe, nous allons passer à table, rejoins-nous une fois que tu seras prête.
Sans attendre ma réaction, il rebroussa chemin.
- Attends ! criai-je subitement.
Il se figea sans se retourner.
- Est-ce que je pourrais emprunter des habits ? Mes vêtements sont arrachés et le pyjama que m'a prêté Lilith n'est pas assez couvrant.
- Je t'apporte ça.
Et il quitta la pièce. Sa gêne me fit sourire et tout à coup je le trouvais moins impressionnant et plus sympathique. Je reconnus également quelques traits de caractère qu'il partageait avec sa sœur. Peut-être était-ce une identité propre aux démons, mais ce qui était sûr, c'était que leur honnêteté et leur naturel me plaisaient fortement.
Mes pensées dérivèrent sur notre histoire, sur cette guerre qui avait été la raison du mur qui nous séparait. Si toutes les créatures de ce monde étaient comme Lilith et Sira, je ne comprenais pas pourquoi un affrontement avait fini par éclater. Que s'était-il passé pour atteindre une telle extrémité ? Certes, tous les immortels n'étaient pas bienveillants, mais pourquoi priver nos deux peuples de vivre ensemble. Quel pouvait en être le motif ?
Je retournais dans ma chambre et découvris une tenue posée sur le bout de mon lit. Elle était composée d'un haut ajusté qui ne laissait guère la place à l'imagination. Il était de couleur vert émeraude et des détails dorés donnaient une allure distinguée au tissu. Le pantalon était tout aussi moulant et dans les mêmes teintes. Je n'étais clairement pas à l'aise. Mes robes amples me manquèrent à cet instant. Heureusement, une grande cape venait compléter l'ensemble et elle me permettait de cacher un peu mes formes. J'enfilais une paire de bottes en daim et descendis rejoindre Sira et Lilith.
Ils avaient déjà entamé leur repas et les tensions de la vieille semblaient s'être dissipées. Ils rigolaient de bon cœur et se chamaillaient légèrement.
Lorsque je passais la porte, ils cessèrent de rire et ils paraissaient surpris.
- Aerin tu es ... Lilith laissa sa phrase en suspens.
Je fixais Sira en espérant comprendre ce qu'il
n'allait pas. Malgré sa peau rouge, je pouvais jurer qu'il avait pris deux ou trois teintes de plus au niveau des joues. Avais-je quelque chose sur le visage ? Par réflexe, je regardais ma tenue et tâtais mes cheveux pour trouver le problème. Sans succès.
- Qu'est-ce qui cloche ?
- Tu as juste l'air si différente. Sira hocha la tête à la réflexion de sa sœur. Il semblait avoir perdu toute faculté de communiquer.
- Comment ça ?
- Malgré ta peau claire de Fae, tu ressembles étrangement à une démone. Je peux essayer quelque chose ?
Cette fois-ci, c'est moi qui acquiesçais sans trop savoir ce qu'elle préparait. Elle se leva et s'approcha. Une fois à ma hauteur, elle agita ses mains au niveau de ma chevelure.. Des particules de magie s'en échappèrent. Je ne voyais pas ce qu'elle faisait, mais l'expression de Sira me confirmait que c'était surprenant. Il tourna la tête légèrement sur le côté tout en continuant de manger. Tout à coup, ses yeux s'arrondirent et il cessa de mastiquer. Lilith recula de quelques pas et me scruta avec un sourire éclatant. Elle semblait satisfaite de ce qu'elle venait de faire.
- Incroyable. Commenta-t-elle.
- Qu'as-tu fait ?
- Je te laisse voir par toi-même. Elle désigna le miroir situé sur l'un des murs.
Je la regardais avec méfiance et m'avançais lentement vers l'endroit indiqué. À la vue de mon reflet, mes yeux s'arrondirent également. Au-dessus de ma tête se trouvaient désormais deux magnifiques cornes. Elles étaient impressionnantes et puissantes. Je tentais de les caresser et je fus étonnée de la dureté.
- C'est une illusion, m'expliqua-t-elle.
Une illusion ? Elle était extrêmement réaliste. Je ne savais pas quoi dire et je ne pouvais m'empêcher de les toucher. Elle avait raison, malgré la clarté de ma peau, je ressemblais fortement à une démone. Mes cheveux couleur feu me rappelaient la carnation de Lilith et Sira.
- Je pense qu'il vaut mieux que tu les gardes. Ça te permettra de te fondre dans la masse.
- De me fondre dans la masse ?
- Oui, nous devons nous rendre en ville, rencontrer l'une de nos connaissances, elle saura nous indiquer l'emplacement d'une brèche.
Sira ne semblait pas enchanté, mais il ne fit aucune remarque.
- Avec ces cornes, reprit-elle, tu passeras inaperçue. Ensuite, nous t'accompagnerons jusqu'à la barrière. N'est-ce pas Sira ?
- Prions pour que tout se déroule sans encombre.
Il débarrassa son assiette et quitta la pièce. Je ne comprenais pas son comportement lunatique. Soit il était dur, soit il était aussi timide qu'un enfant.
- Quel rustre !
Lilith sourit à cause de sa réflexion et lorsqu'elle vit mon visage s'illuminer, elle éclata de rire. J'en fis de même et ce sentiment de légèreté me mit de bonne humeur.
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Entre deux mondes
FantasieAerin, jeune Fae dépourvue de pouvoirs magiques, vit dans un monde qui en est remplit. Sur le chemin vers la boutique où elle travaille, elle fait la rencontre d'une créature bien mystérieuse. D'où vient-elle ? Qui est-elle ? Avec son amie Laïa, e...
