Après la visite de Sira, j'étais rapidement tombée dans un sommeil, et ce, jusqu'à l'aube. J'avais manqué le dîner et désormais mon ventre me suppliait de le nourrir. Les émotions de la veille m'avaient bien remuée, mais le calme du soir m'avait permis d'y voir plus clair.
Le cœur allégé, je sortais de mon lit et accueillais la fraîcheur matinale qui fit disparaître les dernières traces de la nuit.
Je me dirigeais vers la fenêtre pour observer le soleil qui pointait le bout de son nez. Il semblait plus chaleureux qu'habituellement, peut-être m'encourageait-il dans la quête de mon existence. Je fermais les yeux et savourais les premiers rayons qui venaient caresser ma peau, mais rapidement, mon estomac interrompit le moment et râla une énième fois. J'ai compris, je vais te nourrir.
Seulement vêtu du pyjama que Lilith m'avait prêté. Je n'étais pas particulièrement à l'aise, mais la faim me poussait à me hâter en direction de la cuisine. Je priais intérieurement pour qu'à cette heure tout le monde soit en train de dormir.
La pièce était vide et plongée dans les premières lueurs du jour, de petites particules de poussière flottaient, unique preuve que le monde s'éveillait. Le silence était réconfortant et c'est donc le plus discrètement possible que je sortis de quoi me faire un petit déjeuner. Je repérais la confiture de pissenlit et une miche de pain posée sur le plan de travail. Je pris également quelques fruits pour faire une salade et en proposer à Sira et Lilith plus tard.
Les premières bouchées apaisèrent la colère de mon ventre et c'est non sans surprise que je lâchais un râle de satisfaction. Feren fit son apparition dans l'encadrement de la porte et me rejoignit pour se glisser sur la table où je me trouvais.
- Salut toi !
En réponse, il croisa mon regard et secoua ses feuillages.
- Bien dormi ? Tu en veux un peu ?
Je tendais un morceau de mie, imbibée de confiture. Il approcha son nez et renifla. Une fois convaincu, il prit le pain entre ses petites pattes et apporta l'intégralité à sa bouche. L'infime bruit aigu qui suivit exprimait sa satisfaction. Ses yeux emplis d'un espoir de se rassasier me déclenchèrent un léger rire.
- D'accord, d'accord, voilà pour toi.
Je lui servais une tartine conséquente et à peine ai-je eu le temps de la poser qu'il s'en empara et fila pour la manger en paix. Il disparut dans l'autre pièce, me laissant seule avec moi-même.
Le carillon, présent à l'extérieur, tintait au rythme que lui imposait le vent. Le son léger et mélodieux me transporta auprès de mes parents, de Laïa qui devait attendre mon retour, mais ils allaient devoir faire preuve de patience, car plus que jamais, un espoir venait de renaître. Leur inquiétude devait être inimaginable, mais je savais qu'ils comprendraient mon choix et ne m'en voudraient pas. Du moins, je l'espérais.
- Tu es déjà réveillée ?
La voix de Sira me surprit et je lâchai ma tartine qui embrassa le sol violemment. Bien entendu, il fallait qu'elle tombe du côté de la confiture, la rendant immangeable. Je lâchais un soupir de déception et reportais mon regard sur Sira. Il avait troqué sa tenue formelle, contre un pantalon ample et un t-shirt basique. Ses cheveux noirs étaient en bataille et il avait encore la marque de son oreiller sur la joue.
Dans un geste naturel, il les ébouriffa davantage et bâilla l'instant d'après en s'étirant. Tous ses muscles se contractèrent et tendirent le tissu de son haut. À cet instant, la puissance de cet homme me frappait en plein visage. Il était clair qu'il avait été formé pour être une machine de guerre et je comprenais mieux pourquoi il faisait partie de l'armée. À côté de lui, j'étais fluette et peu visible, je n'étais pas spécialement musclée et le manque de pouvoir me rendait d'autant plus faible. Je me raclais la gorge et détournais mon attention vers mon petit déjeuner.
- J'avais faim, je me suis permis de me servir.
- Tu as bien fait.
Il entra dans la pièce et se versa un café. Il se posa sur le bord du plan de travail et sirota sa tasse tranquillement.
Le silence était devenu pesant et une gêne grandissait lentement en moi. Par chance, la table camouflait mes jambes nues.
- Tu veux
- Tu as ...
Nous avions parlé en même temps, ce qui n'aidait pas à briser le malaise. Il se racla la gorge et reprit calmement.
- Tu as pris ta décision ?
Je hochais la tête, tout en fixant ma salade.
- Par quoi commençons-nous ?
Surprise, je me retournais pour le regarder dans les yeux. En réalité, je ne distinguais aucun trait de son visage, car il était en contre-jour.
- Comment sais-tu que je veux rester et ...
- En apprendre plus ?
Une fois de plus, je lui fis signe que oui. Il poursuivit :
- Pour tout te dire, je n'en étais pas sûr, mais ton regard m'a convaincu.
- Mon regard ?
- Tu sembles plus déterminée.
Je le fixais, ne comprenant pas bien ce qu'il pouvait lire dans mes yeux.
- Alors ? Par quoi commençons-nous ?
- Pour moi, nous devons d'abord en apprendre plus sur la barrière magique. Comme l'a dit Telthona, c'est elle qui a influencé Feren pour que je traverse.
- Pas bête. Nous pourrions nous rendre à la bibliothèque royale.
Il s'approcha de moi et posa sa tasse non loin de ma salade. Il s'appuya et parut réfléchir à la meilleure stratégie pour y accéder.
- Nous irons de jour, de préférence aujourd'hui.
- Où allons-nous ?
Lilith venait de faire son entrée. À l'inverse de son frère, elle était fraîche et rayonnante. Le peu de tissu qui couvrait son corps parfait me fit monter le rouge aux joues. Elle était à l'aise avec ses courbes et Sira ne sembla pas gêner le moins du monde, contrairement à moi.
- À la bibliothèque du palais. Là-bas, nous pourrons trouver des informations sur l'histoire de notre peuple et de la barrière magique.
- Excellente idée !
Elle sautillait et nous rejoignit à table. Son frère lui servit une tasse de café qu'elle apporta immédiatement à ses lèvres.
- Quel est le plan ? Elle regarda Sira qui visiblement était le maître guerrier pour établir des plans sans faille.
- Lilith, tu reproduiras les cornes, elles doivent être impeccables. Moi, je m'occuperais de transformer sa peau en la rendant plus rubis. Elle passera plus inaperçue. Ça me prendra plus d'énergie pour maintenir l'illusion et faire en sorte qu'elle épouse chacun de ses gestes. Je ne pourrais donc pas vous protéger à l'aide de ma magie.
- Et que faisons-nous des gardes ? Même si Aerin est camouflé, les bras droits les plus redoutables sentiront que quelque chose n'est pas habituel ?
- C'est pour ça que nous devons agir aujourd'hui. La reine Nwalcian est en déplacement. Les guerriers les plus puissants l'accompagnent pour cette expédition, mais nous devons nous méfier de son frère Azaelias. Lui sera présent et s'il nous repère, je ne donne pas cher de notre peau.
Il nous regarda tour à tour en attente d'éventuelles questions. Lilith, avait adopté un air sévère et semblait être plongée dans ses pensées. Quant à moi, le plan était clair et j'avais hâte d'en apprendre davantage.
- Bien ! Départ dans 1h, soyez prêtes.
Sira quitta la pièce et nous ne tardions pas à en faire de même.
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Entre deux mondes
FantasyAerin, jeune Fae dépourvue de pouvoirs magiques, vit dans un monde qui en est remplit. Sur le chemin vers la boutique où elle travaille, elle fait la rencontre d'une créature bien mystérieuse. D'où vient-elle ? Qui est-elle ? Avec son amie Laïa, e...
