Chapitre 15

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La panique m'envahissait. Voilà plusieurs minutes que je cherchais une faille, mais mes mains ne rencontrèrent qu'un éternel mur invisible. Je me retournais et me laissais glisser le long de la paroi remplie d'un désespoir naissant. Feren se posa entre mes jambes et porta sur moi un regard plein d'inquiétude.

- Ça va aller, n'est-ce pas ?

Moi-même, j'avais du mal à croire ce que je disais. Je balayais la zone autour de moi. La forêt semblait similaire et à la fois totalement différente de ce que je connaissais. L'ambiance était pesante et malsaine. L'air était lourd et humide et la fraîcheur de la nuit commençait à imprégner mes vêtements.

Les picotements des blessures avaient cessé et de petites croûtes étaient apparues sur ma peau, mais mon genou saignait toujours et la chair à vif me brûlait. Il fallait que je la rince avec de l'eau claire, car de la boue se mélangeait au sang.

Je me relevais et j'époussetais ma robe par réflexe. Je tendis mes bras en direction de Feren pour lui indiquer de venir. Sans plus attendre, il grimpa le long du tissu et rejoignit ma poitrine. Sa chaleur transperça mes vêtements et me rassura légèrement.

D'un pas léger, je m'enfonçais dans la forêt dense, tout semblait froid et dénué de vie. C'était étrange, une sensation de malaise me suivait et j'avais l'impression d'être observée, mais l'obscurité m'empêchait de voir au-delà de quelques mètres.

Les branches craquaient sous mon poids et je sentais mon cœur battre la chamade. Je serrais davantage Feren pour me rassurer. Tous mes sens étaient en alerte.

Je percevais le son d'une rivière et décidais de me diriger vers elle. Au moins, je pourrais nettoyer ma plaie et m'hydrater, car la course pour rattraper mon esprit avait asséché ma gorge.

Les arbres s'espaçaient de plus en plus et il était à présent plus simple de voir où je posais les pieds. Le ruisseau se trouvait à quelques pas de moi et avant de me précipiter, j'observais les alentours, car la zone était trop dégagée. Lorsque j'étais sûr que la voie était libre, je me dirigeais vers la source. Feren descendit et je plongeai mes mains dans l'eau. Elle était gelée, mais claire, ce qui était bon signe. Je la portais à mes lèvres pour la goûter. Elle était potable et j'en profitais pour apaiser ma soif. Feren en fit de même. Une fois hydratée, je plaçais mon genou au plus proche de la rivière et aspergeais la blessure. L'eau qui entra en contact devint instantanément marron-rouge et le liquide coula le long de mon mollet, provoquant un frisson sur ma jambe. Les picotements s'atténuèrent et la fraîcheur endormit la sensation à vif que je ressentais.

Il fallait que je réfléchisse à ce que je devais faire pour retourner chez moi. Lorsque j'ai rencontré Lilith, elle nous avait dit que des failles pouvaient apparaître, la preuve en est, car je me trouvais de l'autre côté, mais je ne pensais pas qu'elle se serait fermée tout de suite après mon passage. Elle devait être présente depuis un moment, ou bien, il n'y avait pas de règle et dans ce cas, ça serait plus problématique pour en repérer une qui ne se refermera pas sur moi. Je ne connaissais pas la puissance de cette magie ancienne, mais si elle empêchait toute traversée, alors j'imaginais qu'elle n'aurait pas de difficulté pour scier mon corps en deux. Cette pensée me terrifia, mais je n'avais pas vraiment le choix. Je ne devais pas rester ici, dans un monde que je découvrais et où je ne pouvais pas me défendre.

En levant les yeux de l'eau, mon regard fut attiré par deux points lumineux vert clair sur la rive opposée. Qu'est-ce que ça pouvait bien être ? C'était immobile et le temps d'une fraction de seconde, ils disparurent pour réapparaître l'instant d'après. Je tentais d'ajuster ma vue pour voir ce que c'était et lorsque je percevais mieux les détails, un nœud se créa dans ma poitrine et dans mon ventre, l'angoisse m'envahit. Ce n'était pas de simples points lumineux, il s'agissait d'yeux qui m'épièrent. Camouflée entre les feuillages du rivage, la créature au corps humanoïde était accroupie et me fixait sans bouger. Elle avait de longs cheveux sombres et lisses qui cachaient une partie de son profil et la couleur de sa peau était d'un gris profond. Entièrement nue, elle ne cillait pas et lorsque je sentis ma respiration s'accélérer, un sourire terrifiant déforma les traits de son visage. Ses dents étaient noires et pointues et la même lumière qui émanait de ses yeux, se diffusait de sa bouche. Elle humait la peur que je ressentais et elle s'en délectait. Lentement, elle enfouit une jambe dans l'eau sans me quitter du regard. Le froid mordant ne lui fit rien et de la même façon elle plongea son autre membre dedans, désormais, je voyais son corps en entier et je fus surpris de découvrir qu'elle était dépourvue de sexe, mais au vu de son torse plat et squelettique, je me demandais ce qu'était cette créature. Elle s'approchait de moi, trop près de moi et là, Feren se plaça entre nous pour lui lancer un misérable jet d'eau destiné à la repousser. Visiblement, ça ne lui plaisait pas qu'il interfère et le cri qui suivit pour montrer son mécontentement en fut la preuve. Le son strident agressa mes tympans malgré mes mains qui protégeaient mes oreilles. Son visage était déformé par la colère et un liquide noir visqueux couleur de sa bouche. Je retins un haut-le-cœur et cette vision me suffit pour prendre mes jambes à mon cou et courir, mais à peine j'avais parcouru quelques mètres qu'on m'agrippa la cheville, me faisant ainsi trébucher. J'amortis ma chute à l'aide de mes bras. Une douleur aiguë remonta le long de mon mollet et lorsque je tournais la tête pour observer la scène, je vis la créature qui plantait ses crocs dans ma chair. Je hurlais, la sensation était insupportable. Sa salive n'aidait en rien, j'avais l'impression que des lames de rasoir avaient remplacé le sang qui coulait dans mes veines, m'arrachant un nouveau rugissement. Feren tapa le monstre, mais il ne parvenait pas à le blesser. Mon visage était inondé de larmes et je sentais mes forces disparaître. Il fallait que je me dégage de sa mâchoire. Je fouillais le sol humide, à la recherche d'un quelconque objet qui pourrait me servir d'arme. Mes doigts rencontrèrent la dureté d'une pierre. Je m'en saisis et portais mon coup sur le crâne de cette immondice. Ça avait eu le mérite de lui faire lâcher prise. Je réitérais mon geste en y mettant toute la force qu'il me restait. Son sang noir gicla sur mon visage à la suite de l'impact et la créature s'effondra. Au mieux, je l'avais tué et au pire elle était juste assommée.

J'abandonnais la pierre, mes mains tremblaient et la douleur ne faisait que croître. Je ne pus m'empêcher de hurler et de pleurer. Je comprimais ma chair pour bloquer le liquide qui se propageait, mais rien n'y faisait, mes muscles me lâchaient. Ma tête tournait et me donnait l'envie de vomir, puis plus rien, le silence et l'obscurité m'envahirent.  

Entre deux mondesDes histoires addictives. Découvrez maintenant