Hermione était à la maison, et prenait le thé de son côté. Ils ne s'étaient pas parlé depuis cette nuit-là. De temps en temps il demandait à Harry si elle allait bien et Harry hochait toujours la tête pour dire oui. Ron n'en demandait jamais plus.
Elle n'eut pas l'air particulièrement surprise de le voir.
« Du thé ? Je viens juste d'en faire. »
À la sécheresse de son ton il réalisa qu'il aurait dû la contacter avant, quand il avait commencé à aller mieux.
« Non. Enfin, peut-être. »
Il avait besoin d'occuper ses mains.
« J'aurais dû venir plus tôt. Excuse-moi. »
Elle lui prépara une tasse, faisant son thé juste comme il l'aimait, et la posa devant lui avec trop de force, si bien qu'un peu de liquide coula à côté. Elle fixa un moment les gouttes sur la table mais ne fit pas un geste pour aller chercher une serviette ou quelque chose. Elle s'assit et dit d'une voix dure :
« Oui, tu aurais dû. Me mettre dans la position où j'étais forcée de demander à Rose ou Harry ce que tu devenais n'est pas correct. »
C'était un reproche et il le méritait.
« Je suis vraiment désolé, répéta-t-il, sincère. Je croyais que tu ne voulais plus me parler. Peut-être pour toujours. Cette Beuglante.
— Oh, pour l'amour de Dieu, Ron...
— Et peut-être que j'avais trop honte – après cette nuit, tu sais – pour te parler. Je vais bien. Je suis resté sobre depuis, tu sais, cette nuit. Les quatre pires mois de ma vie, mais ouais. Ça va. Je vis avec Pansy.
— Harry m'a dit, dit-elle de cette même voix dure, bougeant à peine les lèvres. »
Tout ce qui allait sortir de sa bouche allait la blesser, mais il n'avait pas été honnête depuis des années, et voilà où ça l'avait mené.
« Pansy a foutu le feu par accident une nuit où elle était ivre vu qu'elle fume comme un pompier. Elle a failli y passer et la moitié de la maison a brûlé. Je l'aide à réparer au lieu de payer un loyer. »
Hermione ne répondit rien.
« Je vois un avenir pour moi, là. »
Il s'était attendu à ce qu'elle proteste, peut-être même à ce qu'elle lui jette un maléfice. Quand elle répondit d'une voix plate : « Je veux un futur avec le Ron que je connais. Connaissais. Pas ce Ron-là » en faisant un geste fatigué de la main en direction du salon, quelque chose se cassa en lui et un poids disparut.
Hermione avait été sa jeunesse, son histoire pendant si longtemps. Il avait fait chauffer des biberons pour ses bébés dans cette cuisine, y avait découpé des rôtis et allumé des bougies d'anniversaire. Hermione était la seule personne au monde à qui il pouvait dire « Tu te rappelles quand Hugo avait ce doudou miteux dont il refusait de se séparer. Il l'emmenait même aux toilettes avec lui. » Elle était la seule personne à savoir la couleur de ce doudou et à quel point Hugo l'avait aimé. Que le premier mot de Rose avait été « livre » et le suivant « dada ». Qui savait même s'il ne pouvait l'exprimer avec des mots ce que ça voulait dire de perdre Fred.
« Je ne peux pas te promettre ça si je reste. Une partie de mon problème d'alcool c'est que je suis dans ton ombre et l'ombre d'Harry et...
— Ce n'est pas ma faute ! cria-t-elle.
— Non, mais ça me tue quand même ! cria-t-il à son tour avant de compter jusqu'à dix. »
Il remarqua avec surprise une longue mèche grise dans ses cheveux. Est-ce qu'il avait été tellement absorbé par ses propres problèmes qu'il n'avait simplement pas remarqué ou bien est-ce que c'était récent, une preuve d'à quel point cette année avait été horrible pour elle ?
Il attrapa ses mains et dit d'une voix douce :
« Quand je bois, je trouve Ron Weasley, ce qui, je sais, est complètement tordu, mais c'est comme ça. Alors il faut que je trouve Ron Weasley sans avoir besoin de me torcher pour ça. Je t'ai aimée quasi toute ma vie, et je t'aime toujours, mais si je reste dans ce mariage, je n'y arriverai pas. »
D'une voix fatiguée, vaincue, elle dit :
« Ron, quand tu as fait ça dans le salon, ça... ça a cassé quelque chose. Peut-être pour toujours. Certaines choses que tu as dites...
— Je ne m'en rappelle pas, avoua-t-il. Mais je suis sobre maintenant, et quoi que j'aie pu dire cette nuit-là, c'était l'alcool qui parlait. Je ne rejette pas la faute sur toi. J'aimerais vraiment ne pas me sentir comme ça – un type de troisième-rang, au mieux – mais j'y peux rien. »
Il pointa le salon du menton.
« Je ne veux pas que tu sois mariée à ce type. C'est un branleur égoïste qui a vraiment un gros problème avec l'alcool. »
Elle lui avait résisté jusqu'alors, essayant d'arracher ses mains à sa prise, mais quand il dit « branleur » elle eut un petit sourire, se détendit et serra ses mains à son tour.
« Je ne veux pas être mariée avec lui non plus, murmura-t-elle. »
L'espace d'une seconde, il se retrouva dans le marécage de dégoût de soi et de haine qui avait alimenté son alcoolisme, comme si les murs de la maison en eux-mêmes étaient un genre de sable mouvant émotionnel. Ce n'était pas étonnant qu'il s'en soit pris à eux à coups de poings. Non, il n'allait pas revenir à ça. Même pas pour Hermione. Il entrelaça leurs doigts, un geste qu'il avait fait des centaines de fois.
« J'ai trente neuf-ans, bordel, et pas la moindre idée de qui est Ron Weasley. Je me sens comme le fils qui n'égalera jamais de moitié Fred ou Charlie ou Bill ou George, comme le faire-valoir d'Harry Potter, et... »
C'était ce qui était le plus douloureux à dire :
« Comme le mari d'Hermione Granger.
— Tu n'es pas ça pour moi, protesta-t-elle.
— Je sais. Les seuls moments où ça me rend pas dingue, c'est quand je descends une pinte. On a eu des bons moments, Hermione, mais il est temps pour toi maintenant de trouver quelqu'un qui aime l'opéra et qui pense que des vacances passées à visiter des musées en Italie sont géniales. Quelqu'un qui ne se moquera pas à chaque fois que tu mentionneras L'histoire de Poudlard. »
Il éleva la voix pour se faire entendre par-dessus les sanglots d'Hermione.
« Quelqu'un qui lira vraiment les livres que tu lui recommandes au lieu de vaguement feuilleter le dernier chapitre. Qui t'achèteras un abonnement au ballet pour ton anniversaire et qui ne ruinera pas le cadeau ensuite en se plaignant que c'est chiant. Parce que tu mérites cette personne, Hermione. Quelqu'un qui ne traîne pas un complexe d'infériorité de la taille du Pays de Galles. Qui t'aimera parce que tu es la femme la plus intelligente et la plus belle qu'il ait jamais connu, pas un pauvre type qui ne peut pas s'empêcher de t'en vouloir parce qu'il n'a pas la moitié de ton génie et qu'il ne peut pas se pardonner pour ça. »
***
Il transplana dans le salon et Malefoy était là, à tenir Pansy dans ses bras. Ils étaient assis sur le canapé, ses faibles sanglots étouffés contre l'épaule de Malefoy. Elle releva la tête en entendant le pop du transplanage. Bon sang, elle avait une mine atroce. Les yeux tout rouges et bouffis, le visage complètement blême.
Il leva le pouce vers lui.
« Je m'en occupe. »
Il ignora le regard noir de Malefoy et s'assit de l'autre côté de Pansy. Il la tira dans ses bras. Il y avait des millions de raisons qui faisaient de ça une mauvaise idée, et seulement quelques unes qui faisaient que ça pourrait marcher. Elle se tourna vers lui et l'étreignit, sans qu'aucun d'eux ne fasse attention à Malefoy qui partit par la Cheminée. On aurait pu penser qu'avec sa taille – tout en bras et en jambes – et son corps à elle, petit et compact, ils n'iraient pas très bien ensemble, mais ses courbes épousèrent ses angles comme si ça faisait des années qu'ils faisaient ça. Elle sentait la fumée de cigarette et les roses.
Peut-être que ce n'était pas la personne avec qui vous étiez qui comptait. Peut-être que c'était qui vous étiez avec cette personne.
Fin
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Électrique
ФанфикшнVoici sous vos yeux ébahis par ce pairing incongru, un mini recueil de Ron/Pansy qui comptera, a priori, 2 fics assez courtes chacune.
