À moitié plein - 2

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« Ecoute, Ron. Tu veux zapper cette mission ?

— Non, je veux pas zapper cette mission. Je vais bien, rétorqua-t-il. »

C'était juste un raid comme un autre. Ça serait pas un problème. Putain, il avait mal au crâne. Deux gorgées de potion anti-gueule de bois lui avaient permis de se sortir du lit, c'est-à-dire de se tenir sur ses pieds et d'arriver à marcher, mais c'était à peu près tout. Même ses cils lui faisaient mal. Le dernier Black and Tan, moitié Guiness, moitié blonde, n'avait pas été une bonne idée.

Harry l'observa quelques secondes avant de hocher la tête.

« Ok. Les dernières rumeurs prétendent qu'il y existe une nouvelle version du Stupéfix, diabolique, qui bloque les poumons de la victime. Le contre-sort habituel fonctionne toujours, mais il faut le jeter immédiatement ou la personne suffoquera. »

***

Ron laissa ses pieds le guider jusque dans la pièce. Refusant de lever les yeux ou de saluer quiconque, il prit la première chaise devant laquelle il n'y avait pas de jambes. Il resta assis pendant ce qu'il savait être l'habituelle litanie des présentations, laissant son tour se rapprocher de plus en plus. Finalement, ce fut à lui. Il pouvait agiter la main pour indiquer que, non, il n'était pas prêt, mais sérieusement ? On n'en était plus là.

Les yeux fermés et de la plus petite voix possible, il dit :

« Mon nom est Ron et je suis alcoolique. Je me disais à moi-même que l'alcool c'était mon problème et celui de personne d'autre mais, heu, j'ai merdé et j'ai failli causer la mort de mon patron et meilleur ami parce que j'avais une gueule de bois. Ma magie ne fonctionnait plus et je ne pouvais pas jeter le sort dont j'avais besoin. Alors ouais. Je suppose que je me racontais des salades. »

Terrifié n'était pas un mot suffisant. 

Ron Weasley avait fait face à Voldemort, avait combattu en duel contre Lucius Malefoy et Bellatrix Lestrange, avait dit à sa mère que Fred n'avait pas survécu à la bataille, et avait passé les vingt dernières années à être un Auror. Tout cela n'était rien comparé à lever la tête et ouvrir les yeux pour faire face au groupe qui se trouvait dans la salle. Ces gens savaient qu'il était un Auror, savaient que son « patron » et « meilleur ami » était Harry Potter. Le monde sorcier était petit, et il s'était fait connaître avec son rôle dans la guerre. Juste une fraction de la gloire que Harry avait eue, mais sa photo avait été assez souvent en première page de la Gazette ces dernières années. Il releva les yeux. Pansy Parkinson le regardait. Elle tira une bouffée sur sa cigarette.

***

« Tu viens ici souvent ?

— Plutôt. C'est bâti d'après la version moldue des Alcooliques Anonymes, mais vu que les sorciers ne croient pas en Dieu ou en un pouvoir supérieur, on a fait en sorte que ce soit plus orienté vers la communauté. On n'a pas douze étapes, juste huit. L'idée c'est plus de faire attention les uns aux autres et admettre pourquoi on boit. Faire face à nos démons et toutes ces conneries. Apprendre à se pardonner.

— J'ai reçu un Ordre de Merlin. Première classe, appuya-t-il. Je n'ai pas besoin de me pardonner quoi que ce soit. »

Elle leva les yeux au ciel.

« Essaye encore. Voilà le deal. Je me suis portée volontaire pour être ta tutrice. »

Elle lui jeta un regard noir.

« Tu as un problème avec ça ? demanda-t-elle. »

Il haussa les épaules parce que plus rien n'avait vraiment d'importance désormais. Alors que son meilleur ami était en train de mourir en s'étouffant, tout ce qu'il avait pu faire était appeler à l'aide parce que sa magie était tellement pourrie qu'il n'aurait pas pu faire apparaitre une putain de cuillère à café s'il avait essayé. Et pour combler le tout, c'était ce connard de Smith qui avait sauvé Harry, il avait déboulé en entendant les cris de Ron et avait jeté le contre-sort. Une fois de retour au Ministère, Ron avait envoyé un mémo à Harry pour faire la demande d'un emploi de bureau, ce qu'il haïssait, mais vu que comme son premier geste le matin était de plus en plus souvent d'attraper la potion anti-gueule de bois, il ne pouvait pas continuer à partir en mission la conscience tranquille s'il n'était même plus capable de jeter des sorts basiques.

Elle continua à le regarder d'un air menaçant jusqu'à ce qu'il hausse à nouveau les épaules sur un :

« Nan, c'est bon. »

Bon sang, quelle garce.

« Bien, dit-elle. Rappelle-toi de...

— Tu as un tuteur ?

— Kingsley Shacklebolt. Comme je disais – elle lui jeta encore un regard mauvais – rappelle-toi de l'esprit de communauté. Tu m'appelles tous les matins à sept heures. Ça s'appelle la vérification. »

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